Ce n’est pas le gouvernement de ses rêves – et encore moins un gouvernement de rêve – que vient de former Omar Karamé, et d’ailleurs il n’a aucune difficulté à l’admettre. On créditera en revanche le Premier ministre d’un flegme imperturbable, non dénué d’humour, ce qui mieux est, face au flot de critiques qui a accueilli la naissance de ce cabinet. Toute traversée du désert est source de pugnacité : mais aussi, voudrait-on croire, de sagesse et de sérénité.
Pour modeste que soit la longévité annoncée de son équipe de transition, Karamé se promet de livrer une guerre sans merci à la corruption étatique. Ce travail de titan, toute une vie n’y suffirait sans doute pas, mais Omar Karamé aurait bien mérité de la patrie s’il commençait par donner un premier, un sérieux coup de pioche dans la gigantesque termitière. Non moins aléatoire paraît être la volonté d’ouverture en direction de toutes les parties libanaises, chaque jour réaffirmée pourtant par l’homme du Nord.
Car il est clair que la politique de la main tendue ne peut suffire, par son seul énoncé, à combler le fossé creusé par la prorogation du mandat présidentiel, la résolution 1559 de l’Onu et les contraintes qui ont entouré la formation du nouveau gouvernement. Mais du moins peut-on formuler le mince espoir que le Premier ministre pourra continuer de se soustraire à la dangereuse ambiance de chasse aux sorcières, aux mœurs politiques d’autres temps et d’autres lieux que pratiquent avec un sinistre entrain certains de ses collaborateurs au sein du gouvernement. L’espoir, oui, que l’homme du Nord émergeant de près d’une décennie d’opposition saura garder, face à ceux qui se trouvent aujourd’hui de l’autre côté de la barricade, une retenue verbale, un style, une attitude, un comportement d’homme d’État plus conformes aux traditions de ce pays.
Omar Karamé est sans l’ombre d’un doute l’allié de la Syrie. En totale harmonie avec ses amitiés, Omar Karamé répudie la résolution 1559 de l’Onu qui ne vise guère en réalité, selon lui, à protéger l’indépendance du Liban, mais à sanctionner le soutien syrien à la résistance palestinienne et au Hezbollah. Il reste que Omar Karamé, tout prosyrien qu’il soit, n’insulte pas ceux qui ne partagent pas cette opinion. Il ne les qualifie pas de « retournés » ou de traîtres, il ne professe pas à leur adresse des menaces à peine voilées ; il ne leur brandit pas le poing au nez, quand bien même la main tendue ne serait en réalité que pure tactique...
Ces dangereux excès pourtant, c’est un parti siégeant d’autorité dans son gouvernement, la branche locale du Baas, qui dans un virulent communiqué s’y adonne avec frénésie à l’encontre de Walid Joumblatt. Mieux, un de ses ministres (récidiviste en la matière) relançait de vive voix hier une campagne d’intimidation qui, sous d’autres cieux, eut encouru les foudres de la loi. Omar Karamé – et cela ne l’honore pas trop – s’est tu. La veille encore pourtant, le chef du gouvernement repêchait prestement une autre énormité de la même veine, proférée celle-là par son ministre de l’Information, lui aussi un proche de Damas, qui par la suite a dû rectifier tant mal que bien le tir. Assem Kanso, Élie Ferzli : le style peut être différent, le message reste le même, le préposé à la propagande officielle ayant même cru bon d’en faire bénéficier la presse, au même titre que les chefs de l’opposition. À savoir qu’à l’heure de la 1559 et en vertu d’une bien singulière logique, la ligne dite « nationale » est... la syrienne, quelles que soient les ingérences de Damas dans les affaires libanaises ; et que contester ces mêmes ingérences, réclamer un Liban souverain, c’est se faire – consciemment ou non, merci tout de même pour la nuance – le complice de l’étranger !
Jamais deux sans trois : c’est de la justice que nous vient cette perle-là, et avec elle même de quoi confectionner tout un ravissant collier. Le nouveau ministre de la Justice s’est donné la peine d’administrer aux journalistes un magistral cours de droit constitutionnel public pour leur expliquer qu’il ne pouvait décemment continuer d’exercer parallèlement sa charge de procureur général de la République : laquelle cependant, et par la grâce de l’intérim, lui sera gardée bien au chaud jusqu’au jour où il réintégrera le corps judiciaire. Dans l’intervalle, Adnane Addoum « essaiera » de mettre la justice à l’abri d’ingérences politiques dont il ne saurait nier (et il est idéalement placé pour le savoir) qu’elles existent. La recette miracle est d’une simplicité enfantine : ces interférences, manœuvres d’approche et autres pressions, c’est au juge d’y faire obstacle, tout seul, comme un grand...
C’est tout de même beau, le règne de la loi.
Issa GORAIEB
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Pour modeste que soit la longévité annoncée de son équipe de transition, Karamé se promet de livrer une guerre sans merci à la corruption étatique. Ce travail de titan, toute une vie n’y suffirait sans doute pas, mais Omar Karamé aurait bien mérité de la patrie s’il commençait par donner un premier, un sérieux coup de pioche dans la...