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Actualités - Opinion

Le point Charlotte, Frances, Jeanne et Ivan

Il n’est plus possible de l’ignorer : dans la course à la Maison-Blanche, George W. Bush traîne désormais quatre casseroles qui ont noms Charlotte, Frances, Jeanne et Ivan. Et qui risquent de lui coûter la Floride, c’est-à-dire sa réélection peut-être, si tout se passe comme le craignent les caciques de son parti. Explications : entre les mois d’août et de septembre, les cyclones répondant à ces doux prénoms se sont abattus sur l’État, faisant une centaine de morts et des dégâts évalués à plusieurs milliards de dollars, essentiellement dans des régions qui sont autant de bastions républicains. Aujourd’hui, les habitants de ces comtés, trop occupés à se faire rembourser par les compagnies d’assurances et à reconstruire leurs maisons, ne semblent nullement pressés de se rendre aux urnes au matin du 2 novembre. Quelques exemples ? La circonscription de Charlotte, qui avait voté en 2000 à 50,5 % en faveur du candidat républicain, est aujourd’hui à moitié rasée après le passage de Charlotte. À Indian River, qui vient de subir les vents violents de Frances puis de Jeanne, la proportion avait été de 55,5 %. Idem pour Escambia et Santa Rosa, où le rapport Bush-Gore s’était inscrit à 2-1. Pour compléter le tableau, on relèvera que les zones « en bleu » atteintes par le déchaînement estival de Dame Nature comptent un nombre relativement restreint d’électeurs et que deux fiefs démocrates, Miami-Dade et Browards n’ont pas subi de sérieux dégâts. C’est à croire que Dieu est du côté de John Kerry... Tous ces chiffres n’inspirent pas, loin de là, l’optimisme. À l’époque dont nous parlons, l’actuel locataire de la Maison-Blanche avait enlevé de justesse l’État, avec un écart infinitésimal de 537 voix et seulement après que la Cour suprême eût décidé d’arrêter le décompte, qui en était à son trente-sixième jour. Entre-temps – mais cela, c’est pour la petite histoire – 19 120 bulletins avaient été invalidés pour double poinçonnage, l’ultraconservateur Pat Buchanan s’était découvert 3 000 partisans inconditionnels dans une circonscription nettement démocrate et le GOP avait ouvertement mené campagne en faveur d’un électron libre appelé Ralph Nader, lui permettant ainsi d’enlever de précieuses voix au vice-président sortant Al Gore. Cette année, grande nouveauté censée crédibiliser les opérations, le scanner optique remplacera les machines semi-automatiques. Ce qui n’empêche pas Scott Maddox, responsable démocrate de la région, d’affirmer : « Nous ne pouvons pas nous permettre une arrivée dans un mouchoir de poche, parce que si nos adversaires peuvent tricher, ils le feront. » Plus diplomatiquement, Jimmy Carter écrit dans le Washington Post : « Nous allons probablement assister à une réédition de la précédente présidentielle. » À cette différence près que, cette fois, les hommes du président n’ont rien laissé au hasard. Le nombre de leurs volontaires, ces jeunes gens qui font du porte-à-porte pour mettre à jour les listes électorales, est passé de 20 000 à 70 000. Le chef de l’Exécutif est retourné hier lundi en Floride, où il restera aujourd’hui encore après un bref détour, samedi, par West Palm Beach, suivi le lendemain dimanche par son adversaire, qui a également visité Orlando. Durant le week-end, M. Bush a annoncé la promulgation d’une loi destinée à recenser les actes antisémites dans le monde, un geste qui devra lui valoir bon nombre de voix dans un État qui passe pour avoir, après Israël et New York, la troisième population juive au monde, principalement des retraités. Le président sortant réserve d’autres surprises aux Américains. Dans une interview au New York Times Magazine on Sunday, il annonce son intention de « frapper fort après l’investiture, avec une réforme fiscale, une réforme du droit civil et la privatisation des soins médicaux. » En clair, a aussitôt jugé son adversaire, cela se traduira par une baisse de 45 % des prestations sociales, dont seront victimes les classes les plus défavorisées, et un creusement du déficit public de l’ordre de 2 000 milliards de dollars sur dix ans. Son jugement, implacable : « Je vois, a-t-il dit, des personnes âgées qui coupent leurs cachets de médicament en deux pour pouvoir survivre. » Après le rêve, le cauchemar américain. Lucides, par vocation autant que par nécessité, les grands journaux du pays ont dans leur immense majorité apporté leur soutien au sénateur du Massachusetts, « impressionnant par ses connaissances étendues et sa pensée claire », selon la formule d’un quotidien, pour lequel les quatre années passées ont été « désastreuses ». Apparemment, l’opinion publique ne suit pas la grande presse puisque les derniers sondages viennent de créditer le président d’une avance de huit points. Avec une marge d’erreur de quatre points, ce qui ramène l’écart à zéro. Christian MERVILLE
Il n’est plus possible de l’ignorer : dans la course à la Maison-Blanche, George W. Bush traîne désormais quatre casseroles qui ont noms Charlotte, Frances, Jeanne et Ivan. Et qui risquent de lui coûter la Floride, c’est-à-dire sa réélection peut-être, si tout se passe comme le craignent les caciques de son parti. Explications : entre les mois d’août et de septembre, les cyclones répondant à ces doux prénoms se sont abattus sur l’État, faisant une centaine de morts et des dégâts évalués à plusieurs milliards de dollars, essentiellement dans des régions qui sont autant de bastions républicains. Aujourd’hui, les habitants de ces comtés, trop occupés à se faire rembourser par les compagnies d’assurances et à reconstruire leurs maisons, ne semblent nullement pressés de se rendre aux urnes au matin du 2...