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Actualités - Opinion

Le point L’Europe des débats

Romano Prodi a toutes les raisons d’afficher sa satisfaction. « De l’Indonésie à l’Afghanistan, de la Géorgie au Guatemala, vient-il de rappeler, l’Union européenne n’a cessé de jouer un rôle crucial. » Et Roland Dumas est bien inspiré quand il rappelle François Mitterrand décrétant : « J’ai voté et voterai toujours les projets européens, malgré leurs insuffisances, car l’Europe est l’affaire de notre génération. » Quand aussi il dénonce « le cartelito des non » au référendum sur la Constitution appelé à se tenir dans le courant de l’année prochaine. C’est qu’elle est à tous les points de vue proprement exaltante, l’édification de la maison Europe entamée le 1er novembre 1993, hier encore simple communauté économique et demain nation grande entre les plus grands, pour peu qu’entre-temps, elle résiste au danger d’un gigantisme qui déjà en effraie plus d’un, répercuté par une multitude de discussions qui agitent et parfois divisent partis politiques, cercles économiques et, bien entendu, opinions publiques. En réalité, c’est de deux débats qu’il s’agit : l’un portant sur le traité fondamental qui doit entrer en vigueur à l’aube de 2009, l’autre – autrement plus délicat – ayant pour objet une éventuelle adhésion de la Turquie dans le club des 25 qui interviendrait, si tout se déroule normalement, en 2015. Sur le premier sujet, chacun ou presque a d’ores et déjà fait connaître ses positions, au risque de bousculer des positions que l’on croyait bien établies depuis plus de dix ans. C’est le cas notamment du Parti socialiste français, menacé d’éclatement par la rébellion de Laurent Fabius. Sur la candidature de la république héritée d’Atatürk, présentée il y a deux décennies, les divisions sont plus nettes encore, aggravées par les motivations affichées par les partisans et les adversaires d’une telle présence. Ainsi, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing parle d’« une différente culture, d’une différente approche, d’un différent mode de vie », s’agissant d’un pays, estime-t-il, qui n’est laïque que de nom. Un effort louable a été entrepris par les trois présidents : Pat Cox (Parlement), Romano Prodi (Commission européenne) et Peter Straub (Comités des régions). Sous le titre « 1 000 débats », les élus et les représentants des diverses autorités sont invités à discuter du texte et à l’expliquer aux citoyens. Il y a, certes, une autre motivation, inavouée celle-ci, portant sur l’irruption dans le grand marché en gestation d’une nation de 70 millions d’âmes aux énormes capacités mais aux exigences plus énormes encore. Un simple calcul a permis à certains de conclure que s’il venait à être admis demain comme membre à part entière du nouveau club, le gouvernement de Recip Tayyip Erdogan serait en droit d’obtenir de l’UE, même après déduction de sa part dans le financement du budget communautaire, des crédits annuels de l’ordre de 25 milliards de dollars. Alors même que le poids des dix nouveaux pays admis le 1er mai 2004 se révèle bien lourd au regard des possibilités offertes dans l’immédiat, ce qui suscite appréhensions, hésitations ou même nettes reculades de certains membres. Réuni en congrès annuel à Brighton, le Labour de Tony Blair en est encore, lui, à s’interroger sur l’attitude à adopter – à ce jour faite de petits pas timidement esquissés en avant et en arrière – et sur l’opportunité de rejoindre le grand concert des nations en cours d’élaboration. Qu’il s’agisse de la mise au point par l’industrie pharmaceutique de médicaments spécifiquement destinés à un usage pédiatrique ou de la forme de chaque pomme de terre produite, en passant par les mesures d’hygiène, les normes industrielles et les dispositions fiscales, les mesures édictées à ce jour ou en passe de l’être rebuteraient le plus zélé des europhiles. Elles représentent un fouillis inextricable dans lequel bien malin est celui qui s’y retrouverait. Comme pour en rendre la lecture plus difficile encore, le président de la CE a reconnu, dans son adresse de clôture de la conférence qui vient de se tenir à Bruxelles sur la coordination économique, la nécessité de certaines améliorations du système en place. Ce qui représente un surcroît de travail pour les experts détachés par leurs gouvernements respectifs auprès de l’auguste assemblée et qui n’en demandaient pas tant. Nul n’irait jusqu’à contester à l’Europe le droit de grandir, encore moins de présenter un front uni face aux problèmes qui se posent à elle. Encore lui faudrait-il, pour cela, prendre le recul nécessaire et surtout éviter l’écueil que représente l’utilisation de son nom à des fins purement partisanes. Rude tâche pour José Manuel Durao Barroso, son nouveau président. Christian MERVILLE
Romano Prodi a toutes les raisons d’afficher sa satisfaction. « De l’Indonésie à l’Afghanistan, de la Géorgie au Guatemala, vient-il de rappeler, l’Union européenne n’a cessé de jouer un rôle crucial. » Et Roland Dumas est bien inspiré quand il rappelle François Mitterrand décrétant : « J’ai voté et voterai toujours les projets européens, malgré leurs insuffisances, car l’Europe est l’affaire de notre génération. » Quand aussi il dénonce « le cartelito des non » au référendum sur la Constitution appelé à se tenir dans le courant de l’année prochaine. C’est qu’elle est à tous les points de vue proprement exaltante, l’édification de la maison Europe entamée le 1er novembre 1993, hier encore simple communauté économique et demain nation grande entre les plus grands, pour peu...