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Actualités - Opinion

Le point Dernière ligne droite

George W. Bush à John Kerry : « Vous savez, il y a un courant général dans la politique américaine et vous vous situez à l’extrême gauche. » Kerry à Bush : « Recevoir des leçons du président sur la responsabilité fiscale, c’est un peu comme si Tony Soprano me parlait de la loi et de l’ordre. » C’est là un échantillon des amabilités échangées lors de la confrontation de mercredi soir à Tempe entre les candidats à l’élection présidentielle américaine. Il est trop tôt pour connaître l’impact – négligeable, ont d’ores et déjà jugé les spécialistes – de ce débat, la course dans les trois semaines à venir devant se décider sur le terrain, ce qui signifie que son issue ne saurait dépendre que dans une bien faible mesure d’un face-à-face télévisé. C’est que les temps ont changé depuis l’époque héroïque où, face à un Richard Nixon trempé de sueur, JFK pouvait prétendre réécrire l’histoire. D’ailleurs, les statistiques prouvent que les téléspectateurs sont de moins en moins nombreux à s’intéresser à ce genre de rodéo. Ils étaient 62,5 millions à suivre le premier débat, le 30 septembre, 46,7 millions pour le second, le chiffre tombant avant-hier sous la barre des 45 millions. L’énumération des questions abordées ce soir-là ressemblerait à un inventaire à la Prévert, avec des sujets allant de la religion au... vaccin contre la grippe, avec une préférence marquée pour le social et l’économie. Sur ces deux derniers points comme d’ailleurs sur tous les autres, le fossé entre les deux hommes a paru vertigineux. Pouvait-il en être autrement, s’agissant d’hommes venus d’horizons aussi opposés et que tout sépare, à commencer par la culture et l’idéologie dont chacun se réclame ? Quand le sénateur du Massachusetts entreprend de défendre les couches les moins favorisées de la population, son adversaire l’accuse aussitôt d’être un « libéral » – suprême insulte aux États-Unis – pour justifier cette flagrante injustice : 1 pour cent des ménages ont reçu l’an dernier 89 milliards de dollars de baisses d’impôts. Quand, notant que 1,6 million d’emplois ont disparu dans le secteur privé, il fait valoir qu’il s’agit d’une première depuis Herbert Hoover, il y a soixante-douze ans, on lui reproche son peu brillant palmarès de législateur. Et quand il rappelle qu’après huit années de présidence, Bill Clinton avait laissé un excédent de 5 600 milliards, alors que depuis, le déficit de l’ère Bush se traduit par un déficit qui devrait bientôt atteindre 500 milliards, il s’entend répondre : « Un plan n’est pas une litanie de plaintes et des programmes que vous ne pourrez pas appliquer. » Profondes, les divergences le sont aussi sur le thème combien brûlant de la foi. À un moment, Bush a souligné avec force : « Dieu veut que tout le monde soit libre. C’est ce en quoi je crois et c’est ce qui guide ma politique étrangère. » Kerry, lui, est d’accord sur le fait que « tout ce que vous entreprenez dans la vie doit être guidé par votre foi ». Mais il précise aussitôt : « Sans toutefois que celle-ci soit reportée, de quelque manière officielle que ce soit, sur les autres. » Vous avez dit fossé religieux ? Dans la vie politique américaine, celui-ci a surgi dans les années soixante-dix, en même temps que des questions jusqu’alors taboues comme, entre autres, l’interruption volontaire de grossesse et les droits des homosexuels. Ces trente dernières années, il n’a cessé de se creuser, atteignant son apogée avec la mainmise des évangéliques, « born again christians » et autres néoconservateurs sur les divers rouages de l’Administration. Inexorablement, le décalage entre les deux grandes franges de la population est allé en s’accentuant, au point que certains aujourd’hui n’hésitent plus à parler de divorce. Une extrémité qu’il a été possible d’éviter parce que l’Amérique ne cessera jamais de nous étonner par l’adresse qu’elle met à frôler le gouffre sans jamais y tomber. En outre, l’énorme brassage dû principalement à l’apport hispanique et asiatique est en train de bouleverser le paysage socio-économique, tout comme la flambée des cours du brut – avec ses retombées sur la vie de tous les jours – remet en question l’ordre péniblement rétabli depuis un quart de siècle. Maintenant que les deux candidats ont sacrifié au rituel médiatique, il leur reste à s’engager dans la dernière ligne droite avant l’arrivée, au soir du 2 novembre. Fait inhabituel, ils ont choisi un même État pour continuer à porter la bonne parole : le Nevada, où ils poursuivront, à distance cette fois, leur chasse aux voix. Dans une ville, Las Vegas, que ces deux fervents croyants considèrent comme la Gomorrhe des temps modernes. Mais, pardon Pascal, la présidentielle a des raisons que la foi ne connaît point. Christian MERVILLE
George W. Bush à John Kerry : « Vous savez, il y a un courant général dans la politique américaine et vous vous situez à l’extrême gauche. »
Kerry à Bush : « Recevoir des leçons du président sur la responsabilité fiscale, c’est un peu comme si Tony Soprano me parlait de la loi et de l’ordre. »
C’est là un échantillon des amabilités échangées lors de la confrontation de mercredi soir à Tempe entre les candidats à l’élection présidentielle américaine. Il est trop tôt pour connaître l’impact – négligeable, ont d’ores et déjà jugé les spécialistes – de ce débat, la course dans les trois semaines à venir devant se décider sur le terrain, ce qui signifie que son issue ne saurait dépendre que dans une bien faible mesure d’un face-à-face télévisé. C’est que les temps ont changé...