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LE POINT Sous le signe de Dieu

Membre de l’Église méthodiste unie, l’un est un pur produit de la « Bible Belt » qui se plaît à raconter comment Dieu l’a sauvé de l’alcoolisme et propulsé à la Maison-Blanche. Le mois dernier, il s’étonnait devant Larry King que l’on puisse séparer sa foi de sa fonction de président. Catholique – même si, aujourd’hui encore, 43 pour cent de ses coreligionnaires ignorent qu’il est l’un des leurs –, mais descendant d’un grand-père paternel qui fut juif avant de se convertir, l’autre vient de ce Nord-Est où la religion est une affaire bien trop personnelle pour être affichée « sur les manches ». La séparation entre le spirituel et le temporel, se plaît-il à répéter, a été voulue par les pères fondateurs comme une protection contre l’arrogance au nom du Tout-Puissant. Le premier affirme volontiers que sa relation avec le Seigneur « est quelque chose de très personnel ». À quoi le second, citation de l’Évangile de Matthieu à l’appui, rappelle volontiers la nécessité de « se méfier des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis et qui, au-dedans, sont des loups. » Même lors de cette première qu’aura été, en 1960, l’élection du très catholique John Fitzgerald Kennedy, la foi ne s’était pas invitée dans la campagne électorale d’aussi insistante manière. Ce qui ne signifie nullement qu’elle n’était pas présente, comme d’ailleurs constamment, à travers les grandes périodes de l’histoire du pays. Il y a trois cents ans de cela, John Winthrop parlait déjà de l’Amérique en faisant appel à saint Matthieu (toujours lui) : « Une ville ne peut se cacher, qui est sise au sommet d’une montagne. » Mais il a fallu attendre le mandat de George W. Bush pour vivre une irruption aussi fracassante et quotidienne. Au point qu’un de ses détracteurs les plus acharnés a eu à son égard ce commentaire acerbe : « Quelqu’un ferait bien de lui rappeler qu’il est le commandant en chef et non pas le pasteur en chef. » Qu’est-ce donc qui explique une telle religiosité, souvent poussée à un degré paroxystique ? D’abord, bien entendu, le climat universel ambiant qui confirme la prédiction – à tort, dit-on, prêtée à Malraux – suivant laquelle « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». De fait, l’exacerbation et la généralisation des conflits sont telles aujourd’hui qu’elles suffiraient à justifier les pires appréhensions des partisans de la célèbre thèse huntingtonienne. Mais il existe une autre raison, plus prosaïque celle-là puisqu’il faut la rechercher dans les chiffres, des fréquentes références au Livre saint dans la bouche des participants à la course présidentielle. Ainsi, entre 8 et 10 pour cent des évangéliques (soit 4 millions de personnes) et des catholiques (près de six millions sur les 65 millions que comptent les USA, ce qui représente un quart de la population totale US) n’ont pas encore fait leur choix en prévision du 2 novembre. En outre, dans les sondages, le président sortant devance son adversaire par une marge de sept points (40-33) chez les catholiques et par une différence du simple au double (60-30) chez les protestants. Pour le candidat démocrate, l’enjeu est de taille, représenté par les millions d’indécis que comptent la Floride, l’Ohio et l’Illinois. Il faut dire que ce croyant est aussi un fervent pratiquant, qui porte en pendentif une croix, ne manque jamais la messe dominicale et emporte dans ses déplacements une Bible et un rosaire, mais que, par pudeur, il répugnait jusqu’à une date récente à évoquer des mots comme morale, prières, conscience qui forment l’essentiel du discours bushien. Dans un pays où, aujourd’hui plus que par le passé, les croyances se font ostensibles et même agressives, le sénateur du Massachusetts se voit contraint de réussir le grand écart qui consiste à afficher ses convictions les plus intimes tout en défendant des thèses jugées trop « libérales » en cette époque marquée par un retour en force de la pudibonderie : notamment le droit à l’avortement, le recours au clonage thérapeutique ou encore l’institution du mariage gay. Autant de prises de position qui lui ont valu de la part de certains hauts dignitaires de l’Église un sévère rappel à l’ordre et même une menace d’excommunication. En d’autres temps, la bataille se résumait à une série d’escarmouches dans quelques États censés fournir leur contingent de voix de grands électeurs. Elle portait alors sur des thèmes classiques : l’économie, la politique étrangère, l’éducation, la santé. Certes, cette année aussi les grands titres sont là, mais comme relégués au second plan. Dès lors, le sens profond de l’affrontement s’en trouve dénaturé et partant l’issue même de celui-ci. On peut feindre de l’ignorer : il n’y en a pas moins péril en la demeure – américaine mais aussi mondiale. Christian MERVILLE
Membre de l’Église méthodiste unie, l’un est un pur produit de la « Bible Belt » qui se plaît à raconter comment Dieu l’a sauvé de l’alcoolisme et propulsé à la Maison-Blanche. Le mois dernier, il s’étonnait devant Larry King que l’on puisse séparer sa foi de sa fonction de président. Catholique – même si, aujourd’hui encore, 43 pour cent de ses coreligionnaires ignorent qu’il est l’un des leurs –, mais descendant d’un grand-père paternel qui fut juif avant de se convertir, l’autre vient de ce Nord-Est où la religion est une affaire bien trop personnelle pour être affichée « sur les manches ». La séparation entre le spirituel et le temporel, se plaît-il à répéter, a été voulue par les pères fondateurs comme une protection contre l’arrogance au nom du Tout-Puissant. Le premier affirme...