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Actualités - Opinion

Butins de guerre

À la guerre comme à la guerre. C’est bien un discours de confrontation qu’a tenu samedi Bachar el-Assad ; et comme tous les propos du genre, ceux du président syrien ne pouvaient manquer de jugements péremptoires tenant bien peu compte parfois des réalités, en l’occurrence libanaises. Plus surprenant d’ailleurs est le choix de l’audience choisie pour cette allocution de choc, un congrès d’émigrés syriens supposés être bien au fait des pratiques démocratiques, mais aussi de la conjoncture internationale, dans leurs patries d’adoption : des citoyens du monde, selon les propres termes du jeune raïs. La meilleure des défenses, disent les stratèges, peut être l’attaque ; or, si l’attaque exige certes force et détermination, le fait même d’en être réduit – d’être acculé – à se défendre ne trahit-il pas quelque part, dans le même temps, vulnérabilité et faiblesse ? La détermination syrienne, c’est, à l’évidence, celle de s’accrocher contre vents et marées à sa chasse gardée libanaise, à la défendre contre tout intrus, s’agirait-il même de l’unique superpuissance mondiale. À cette fin d’ailleurs, Damas paraît résolu à prendre tous les risques car il y va aussi de son régime : lequel, depuis des décennies en effet, n’a cessé d’investir à fond – en hommes, en temps et en énergie surtout – dans son patient projet de captation du Liban. Et cette détermination, la Syrie vient de la proclamer solennellement à la face de tous : Washington et Paris bien sûr, auxquels on doit la résolution 1559 du Conseil de sécurité ; mais aussi toutes les forces politiques libanaises qui, sans être ouvertement hostiles à la Syrie, rejettent ses ingérences dans nos affaires, précisément relevées par le texte onusien… « Qui n’est pas avec nous est contre nous » : après le diktat relatif à l’échéance présidentielle libanaise, le message s’adresse en particulier, une fois de plus, au leader druze Walid Joumblatt comme le laisse croire la très transparente allusion à son père et prédécesseur assassiné Kamal, « qui voulait anéantir les chrétiens du Liban au nom du socialisme ». Par un remarquable saut arrière par-dessus les générations, cette même accusation remonte en droite ligne au célèbre discours du 20 juillet 1976 du président Hafez el-Assad dans lequel il s’efforçait d’exposer, à l’usage surtout de l’opinion publique syrienne et arabe, le pourquoi du comment de l’expédition libanaise : laquelle, en effet, amenait dans un premier temps la Syrie à frapper durement une résistance palestinienne tenue jusque-là pour sacro-sainte. Garder Émile Lahoud à son poste, contre l’avis même de ses plus fidèles alliés locaux, valait-il vraiment tant de déboires internationaux pour la Syrie déjà sujette à l’Accountability Act américain ? C’est apparemment le même souci d’expliquer (de s’expliquer ?) qui porte l’actuel chef de la Syrie à évoquer, comme il l’a fait samedi, une sombre machination occidentale visant implacablement de toute manière, reconduction ou pas, son pays et avec lui le Liban. Mais dans son ardeur à justifier cet acte de légitime défense que fut, à l’en croire, l’extension du mandat Lahoud – et en prime l’amendement, selon lui banal et normal, de la Constitution libanaise –, le raïs n’a-t-il pas publiquement admis sa gestion des affaires libanaises en fonction des intérêts de la Syrie : accessoirement aussi, et cela dans la meilleure des hypothèses, des intérêts du Liban tels qu’évalués – précision de taille – par la même Syrie ? C’est bien là que réside le problème dans les relations syro-libanaises. Là aussi est le défaut de la cuirasse, Damas en venant à reconnaître en quelque sorte les mêmes griefs qui lui sont faits. Si tout cela n’est pas volonté d’hégémonie, alors il faudra s’essayer à mieux l’expliquer aux Libanais et au monde. Il est parfaitement vrai que le Liban n’est pas le Koweït et qu’il ne regorge pas de ressources naturelles propres à attiser les convoitises. Mais sans même parler des vieilles visions pansyriennes réfutant obstinément le fait libanais ; sans parler des fructueux trafics qu’attribue la rumeur publique à des puissants opérant des deux côtés de la frontière (et dont le Trésor syrien ne tire, c’est également vrai, aucun profit), il est clair que par sa mainmise sur le Liban, la Syrie s’est assuré une stature régionale : un poids stratégique que ne pouvait en aucun cas lui conférer la balance des forces militaires avec l’ennemi israélien. Un butin comme celui-là, cela vaut bien quelques puits de pétrole. Que la déchéance de souveraineté du Liban ait pour le moins servi à la montée en puissance de la Syrie ne console évidemment guère. Une autre victime aura été la démocratie libanaise. Pour imparfaite qu’elle était, elle aurait pu déteindre heureusement sur un système syrien que l’accession d’un jeune président paraissait promettre au changement et au progrès, et qui ne peut tout simplement plus continuer à stagner. Terribles peuvent être les prises de guerre. Surtout quand elles sont emportées en pure perte. Issa GORAIEB
À la guerre comme à la guerre. C’est bien un discours de confrontation qu’a tenu samedi Bachar el-Assad ; et comme tous les propos du genre, ceux du président syrien ne pouvaient manquer de jugements péremptoires tenant bien peu compte parfois des réalités, en l’occurrence libanaises. Plus surprenant d’ailleurs est le choix de l’audience choisie pour cette allocution de choc, un congrès d’émigrés syriens supposés être bien au fait des pratiques démocratiques, mais aussi de la conjoncture internationale, dans leurs patries d’adoption : des citoyens du monde, selon les propres termes du jeune raïs.
La meilleure des défenses, disent les stratèges, peut être l’attaque ; or, si l’attaque exige certes force et détermination, le fait même d’en être réduit – d’être acculé – à se défendre ne...