Le roi Norodom Sihanouk a invité hier les Cambodgiens à se choisir un nouveau souverain pour éviter « tout chaos » dans un pays déshérité qui continue à panser ses plaies après le cauchemar « khmer rouge ». La prise de position du monarque, âgé et malade, est intervenue quelques heures après un communiqué du Premier ministre, Hun Sen, sur la nécessité de faire un choix dès cette semaine au cas où la décision d’abdiquer de Sihanouk se révélait irrévocable. Le roi, qui a annoncé la semaine dernière sa décision d’abdiquer en invoquant son âge (81 ans) et la maladie, a reçu son fils, le prince Norodom Ranariddh, venu à Pékin samedi pour une mission jugée à ses yeux impossible de convaincre son père de revenir sur sa décision. Mais pour Hun Sen, les chances de voir le roi revenir sur sa décision rendue publique le 7 octobre paraissent minces et, en vertu d’une législation adoptée la semaine dernière, un nouveau monarque doit être désigné d’ici à jeudi. « Si nous échouons à choisir un nouveau roi d’ici au 14 octobre, certains pourraient se prononcer contre le choix d’un nouveau monarque parce que ce ne serait pas légal. » La Constitution stipule en effet que le roi règne toute sa vie et que le Conseil du trône doit choisir un successeur de rang royal dans la semaine qui suit la mort du roi. La loi fondamentale ne prévoit pas l’abdication mais le Parlement a voté dans la hâte vendredi un texte permettant au Conseil du trône, fort de neuf membres, de fonctionner et de désigner un successeur. « En cas de non-désignation du nouveau monarque, le Cambodge deviendra une république», explique-t-il. Hun Sen a précisé que son choix se porterait sur le prince Norodom Sihamoni, le demi-frère de Ranariddh, en cas d’abdication irrévocable du souverain actuel. Ce chorégraphe âgé de 51 ans formé à Prague et ancien ambassadeur à l’Unesco est aussi, semble-t-il, le choix de Sihanouk. Ranariddh, chef de parti politique et président de l’Assemblée nationale, a annoncé samedi qu’il tenterait de convaincre son demi-frère, également dans la capitale chinoise, de monter sur le trône au cas où Sihanouk persiste dans son choix de se retirer. Le Cambodge semble, quant à lui, se préparer à l’idée du retrait de son roi, qui aura 82 ans le 31 octobre, même si d’aucuns pensent que toute l’affaire n’est qu’un subterfuge politique. Pour certains analystes, le roi actuel pourrait simplement vouloir régler le problème de sa succession avant sa mort plutôt que de laisser la monarchie s’éteindre avec sa disparition.
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