S’il faut une exception pour confirmer la règle, alors Ariel Sharon est le vivant démenti de l’adage suivant lequel les militaires font la paix et les civils la guerre. Il est vrai que l’ancien général d’active ne semble être venu à la politique que pour mieux s’adonner à son passe-temps favori : massacrer à plaisir de l’Arabe, palestinien de préférence. Et voici qu’aujourd’hui, il est question, selon lui, de créer à Gaza une zone tampon en prévision du retrait censé intervenir d’ici à la fin de l’année 2005. Mais au rythme exponentiel où se poursuit depuis le 28 septembre au soir l’opération « Jours de repentir » – à croire que dans cette étroite bande de terre, ne vivent que les kamikazes du Hamas –, il ne restera plus grand monde bientôt à mettre à la raison.
Le Premier ministre cherche-t-il réellement à faire cesser les tirs de roquettes à partir de la zone nord du territoire palestinien, ainsi que le prétendent ses services ? On peut en douter au vu des développements négatifs qui se sont produits ces dernières semaines sur la scène intérieure israélienne. Mis en difficulté par son aile ultra, le chef du Likoud s’est tourné vers sa cible favorite, dans l’espoir qu’en isolant les extrémistes, ceux d’un camp comme de l’autre, il ferait d’une pierre deux coups. De plus, a-t-il dû penser, et pour peu que la manœuvre tarde à porter ses fruits, il serait loisible de procéder à une nouvelle escalade, ainsi que viennent de le laisser entendre les chefs militaires. L’offensive, a ainsi dit le chef d’état-major Moshe Yaalon, pourrait durer non point des jours mais des semaines. Lui faisant chorus, l’un des responsables du régiment d’infanterie d’élite Givati engagé dans l’offensive, le colonel Eyal Eisenberg, a cru bon de préciser : « Si on nous le demande, nous occuperons Jabaliya et Beit Hanoun. » Au moment même où l’intrépide colonel tenait ce langage sur les ondes de la radio militaire, deux obus s’abattaient sur Sderot, une localité du sud du pays. Y aurait-il un volontaire pour rappeler à ces fins stratèges le précédent libanais et leur expliquer qu’il ne sert à rien de grappiller des kilomètres de « zones de sécurité » en profondeur si, dans le même temps, les armes devaient gagner en portée ?
On le voit notamment depuis le déclenchement de la nouvelle intifada, il y a quatre ans de cela : la stratégie du bulldozer ne sert qu’à retarder la solution et à envenimer davantage encore les rapports palestino-israéliens. Ce n’est pas en rasant des maisons, en multipliant arrestations et humiliations, en pratiquant une politique de gauleiter que l’on facilitera un jour la coexistence. À cet égard, l’assourdissant silence de la communauté internationale n’est pas fait pour hâter la relance du dialogue. Les États-Unis réagissent à chaque nouvelle hémorragie en « déplorant », en appelant au calme, parfois – mais rarement – en condamnant « vivement » les atteintes à la paix. L’Europe, un peu plus énergiquement, elle, s’inquiète mais sans jamais aller plus loin, comme soucieuse de ne pas braquer contre elle le grand frère américain. Quant aux pays arabes, il y a longtemps qu’ils ont proprement tourné le dos au problème, trop occupés à mettre de l’ordre dans leur propre maison comme si les laves du volcan palestinien n’allaient pas les atteindre un jour.
Reprises en septembre 1999 après trois ans d’interruption, les négociations sur le statut futur de l’enclave sont au point mort depuis bientôt quatre ans, bloqués par un double extrémisme dont nul ne paraît vouloir venir à bout. La situation s’est compliquée d’un nouvel élément intervenu dimanche, quand Tel-Aviv a décidé d’ouvrir un nouveau front, contre les Nations unies cette fois, dont les ambulances sont soupçonnées de transporter des armes destinées à l’ennemi. Une accusation absurde, qui ne résiste pas une seconde à l’examen du film pris par un drone, dans lequel on voit un activiste embarquer à bord d’un véhicule onusien un... brancard. Le prétexte peut sembler gros ; il n’en a pas moins servi à creuser le fossé, déjà énorme, entre l’instance internationale et l’État hébreu.
C’est ainsi que, face à l’opinion publique internationale, au monde arabe, aux Palestiniens surtout, le Likoud s’est installé derrière l’inconfort d’un mur de plus en plus infranchissable, s’enferrant dans la logique absurde suivant laquelle le temps travaillerait pour lui.
Journaliste, touche-à-tout de génie, précurseur de ceux qu’il est convenu d’appeler de nos jours les « politiquement incorrects », Henry Louis Mencken écrivait au siècle dernier : « Pour tout problème complexe, il existe une solution simple, claire et... erronée. » Mais à qui donc pouvait-il penser ?...
Christian MERVILLE
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Le Premier ministre...