Cette simple « promenade militaire » en Irak que les Américains et leurs alliés au sein de la coalition étaient censés terminer en quelques jours, voici que, dix-huit mois après son déclenchement, elle continue d’occuper le devant de la scène internationale. Tout au long de cette semaine en effet, son ombre aura plané sur le congrès du parti de Tony Blair, à Brighton. Et aujourd’hui à Madrid, elle sera au rendez-vous des grandes assises de la droite espagnole de José Maria Aznar. Pour compléter le tableau, on pourrait aussi ajouter qu’elle était omniprésente jeudi soir dans le débat télévisé qui opposait George W. Bush et John Kerry.
« Annus horribilis » pour le Labour britannique, mais aussi pour le Parti populaire espagnol, 2004 a vu se confirmer un enlisement sur le terrain, se concrétiser une débâcle électorale et se multiplier les premiers signes d’un désamour populaire pour un fringant Premier ministre hier encore capable d’enflammer l’imagination de ses concitoyens.
Tout au long des dernières heures, les caciques de la formation travailliste, Jack Straw et Geoff Hoon en tête, avaient planché sur une déclaration formelle qui aurait inclus une date de retrait des troupes, afin de répondre à deux motions particulièrement embarrassantes pour le gouvernement en place. Finalement, la défaite a été évitée de justesse grâce au rejet d’un texte exigeant « une date rapprochée » pour le retrait des troupes, mais la question demeure posée, plus que jamais d’une brûlante actualité : en avouant – même en puisant dans son arsenal sémantique d’ancien avocat – s’être lourdement trompé sur la présence d’armes de destruction massive, le « problème de confiance » que représente Blair continue de se poser, ainsi que le reconnaît la presse londonienne. Depuis le début de la guerre, les bévues se sont multipliées, moins sanglantes peut-être que celles du grand frère américain, mais tout aussi lourdes de conséquences. Puis, sur toute cette grisaille est venu se greffer, au plus mauvais moment, le douloureux cas représenté par Kenneth Bigley, ce technicien enlevé le 16 septembre, dont le sort a ému l’opinion publique. Au point que l’affaire a éclipsé tous les efforts entrepris par la garde rapprochée du chef du gouvernement pour transposer le débat sur les thèmes intérieurs, d’abord pour éviter de demeurer sur un terrain éminemment glissant, ensuite parce que la perspective se précise d’un scrutin général, probablement en mai 2005, qui déboucherait sur un troisième mandat pour la gauche.
En Espagne, il aura fallu à la droite non moins de six mois pour retrouver son souffle et tenter de réorganiser ses effectifs, après la tornade du 14 mars qui avait vu sa débâcle, consécutive aux attentats de Madrid trois jours auparavant. Au pouvoir quinze longues années durant, Aznar va céder sa place de chef du Parti populaire – à la faveur d’un congrès qui clôturera ses trois journées de travaux après-demain dimanche – à un homme, Mariano Rajoy, qu’il avait adoubé il y a treize mois, mais dont le leadership demeure tellement chancelant qu’il lui avait fallu opérer, le 7 juillet, un rappel à l’ordre des cadres de sa formation et affirmer avec force : « C’est à moi de déterminer les orientations politiques. » Une assertion qui ne convainc qu’un nombre relativement restreint de ses partisans, dont les deux tiers continuent de penser que la formation est appelée à rester sous la tutelle de son ancien chef. D’autant plus qu’il est question de créer pour celui-ci un poste de président d’honneur qui viendrait s’ajouter à celui de président fondateur, réservé à l’ancien franquiste Manuel Fraga. Au total donc, trois têtes pour un corps qui a besoin de sérieux coups de bistouri esthétiques s’il veut résister à l’usure des sept années de vaches maigres que représentera son passage dans le camp de l’opposition.
La perspective d’un autre coup dur guette l’ancienne équipe espagnole au pouvoir : Aznar pourrait être appelé à témoigner dans les investigations en cours sur les explosions du 11 mars, a laissé entendre Paulino Rivero, président de la commission d’enquête. Une initiative qualifiée de « scandale sans précédent dans un pays démocratique » par un porte-parole du parti concerné, qui a aussitôt réclamé – mais sans l’obtenir – la comparution également de José Luis Rodriguez Zapatero.
Rares parmi les fins stratèges du « kriegspiel » anti-Saddam étaient ceux qui, au départ, prévoyaient des effets d’une telle ampleur, d’une telle intensité. Et pourtant, les avertissements n’avaient pas manqué alors, mettant en garde contre un séisme s’inscrivant au plus haut d’une échelle de Richter politique. Le mal ayant été fait, voici que chacun cherche à en limiter les dégâts. En attendant de trouver un hypothétique remède. Indigeste Irak...
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cette simple « promenade militaire » en Irak que les Américains et leurs alliés au sein de la coalition étaient censés terminer en quelques jours, voici que, dix-huit mois après son déclenchement, elle continue d’occuper le devant de la scène internationale. Tout au long de cette semaine en effet, son ombre aura plané sur le congrès du parti de Tony Blair, à Brighton. Et aujourd’hui à Madrid, elle sera au rendez-vous des grandes assises de la droite espagnole de José Maria Aznar. Pour compléter le tableau, on pourrait aussi ajouter qu’elle était omniprésente jeudi soir dans le débat télévisé qui opposait George W. Bush et John Kerry.
« Annus horribilis » pour le Labour britannique, mais aussi pour le Parti populaire espagnol, 2004 a vu se confirmer un enlisement sur le terrain, se concrétiser une débâcle...