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Le point Pour la bonne cause

Ce n’est pas Bons baisers de Bagdad, signé James Bond, agent de Sa Gracieuse Majesté mais Les Pieds nickelés chez les Mésopotamiens, avec Didier Julia dans le rôle de Filochard et son acolyte Philippe Brett dans celui de Ribouldingue. On pourrait en rire si l’enjeu, le terrible enjeu, n’était pas la vie de deux journalistes coupables d’avoir voulu accomplir leur devoir d’informer. On pourrait aussi – et nombreux aujourd’hui sont ceux qui n’hésitent pas à se livrer à un tel exercice – rappeler le précédent italien, tout frais, des deux Simona, libérées contre (probables) espèces sonnantes et trébuchantes. On pourrait enfin relever que la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot aura été annoncée un nombre incalculable de fois avant d’être reportée, presque toujours sous les prétextes les plus fallacieux – comme ces bombardements US bien vite démentis aussi bien par Washington que par Paris. Tout avait commencé vendredi dernier, quand le député UMP de Seine-et-Marne avait annoncé à partir de Damas que les otages, relâchés par leurs ravisseurs, s’apprêtaient à franchir la frontière irako-syrienne. Hélas ! Quelques heures plus tard, il fallut déchanter : la piste s’était perdue dans les sables du désert et l’on se retrouvait au cœur d’un embrouillamini rendu plus épais encore par la perte de tout contact avec cette fantomatique Armée islamique qui avait revendiqué le double enlèvement. Et puis, nouveau coup de théâtre : depuis quelques heures, on parle de la Syrie, dont le parlementaire et ses compagnons auraient été « les complices naïfs avant d’en devenir les victimes humiliées », ainsi que l’écrit Le Figaro. Il s’agirait, à en croire le quotidien, d’un acte de vengeance, l’activisme de la diplomatie française en faveur du vote par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 1559 n’ayant été que fort peu apprécié sur les rives du Barada. Plus nuancé dans son analyse, Le Monde juge que le régime de Bachar el-Assad « cherche à tirer profit d’une intervention pour libérer les otages » au moment où les relations entre les deux pays se sont dégradées, alors que les pressions US se font de plus en plus fortes. Pour un peu, on rappellerait les précédents de la guerre du Liban quand, presque systématiquement, les étrangers disparaissaient à Beyrouth pour réapparaître à Damas. Toujours est-il qu’en toute logique, la délicate partie engagée depuis quelques jours au niveau des gouvernements ne peut être appelée à se poursuivre que loin des feux médiatiques. Dès lors se justifie la position de la France, annonçant par la voix de Jean-Pierre Raffarin sa ferme détermination d’user du seul canal officiel de la diplomatie. Autant dire que, du coup, un point final est mis à toute autre démarche, secrète ou non. De son côté, le ministère des Affaires étrangères confirmait mercredi la poursuite des contacts « dans la discrétion et avec toutes les précautions nécessaires », ainsi que l’a dit un porte-parole. Mais alors comment expliquer que dans le même temps, d’autres émissaires – notamment Gilles Gauthier, émissaire du Quai d’Orsay, et l’ambassadeur de France en Irak Bernard Bajolet – prenaient langue, mardi à la mosquée Ibn Taymiya, avec cheikh Mahdi al-Soumaydaï, chef de file du très salafiste Comité pour la prédication, l’orientation et la fatwa ? Sans doute par le désir d’effacer la fâcheuse impression de désordre créée par l’« initiative Julia » et aussi d’explorer toutes les voies susceptibles de déboucher sur une issue heureuse. L’Élysée tout comme Matignon pourront toujours affirmer, à juste raison d’ailleurs, que dans une affaire comme celle-ci, toutes les initiatives, et même les plus intempestives, sont les bienvenues pour peu qu’elles permettent une lueur d’espoir. Une ligne de défense que semblent approuver les chefs de parti, unis pour une fois dans leur désir de taire, à tout le moins momentanément, les polémiques et de se mobiliser pour obtenir la libération des deux journalistes. Une impression confirmée par Jacques Chirac qui, de Hanoi où il doit participer à partir d’aujourd’hui au sommet Asie-Europe, évoquait une « France tout entière, je le sais, rassemblée autour de cet objectif ». Lorsque la tempête se sera calmée sur le double front médiatique, et demain politique, et qu’aura sonné l’heure des bilans, il sera toujours loisible de rouvrir le dossier Julia. On y découvrira peut-être que l’homme a péché par excès de naïveté, qu’il a été victime d’un Brett aujourd’hui accablé par le numéro deux du Front national Bruno Gollnisch, que la surexposition médiatique, c’est bon uniquement dans le star system. Et que, il serait judicieux de le rappeler, n’est pas Marchiani qui veut. Christian MERVILLE
Ce n’est pas Bons baisers de Bagdad, signé James Bond, agent de Sa Gracieuse Majesté mais Les Pieds nickelés chez les Mésopotamiens, avec Didier Julia dans le rôle de Filochard et son acolyte Philippe Brett dans celui de Ribouldingue. On pourrait en rire si l’enjeu, le terrible enjeu, n’était pas la vie de deux journalistes coupables d’avoir voulu accomplir leur devoir d’informer. On pourrait aussi – et nombreux aujourd’hui sont ceux qui n’hésitent pas à se livrer à un tel exercice – rappeler le précédent italien, tout frais, des deux Simona, libérées contre (probables) espèces sonnantes et trébuchantes. On pourrait enfin relever que la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot aura été annoncée un nombre incalculable de fois avant d’être reportée, presque toujours sous les prétextes...