John Kerry a parlé hier de l’Irak. C’était pour débiter les habituelles banalités sur un plan susceptible de mettre fin à la crise, dont on attend toujours les détails précis. Aujourd’hui, ce sera au tour du président sortant d’aborder le thème, et il y a fort à parier qu’il n’aura pas de révélations sensationnelles à faire. Ce qui permet de constater que la semaine américaine s’ouvre ainsi sur le non-événement que constitue désormais une guerre devenue au fil des semaines de plus en plus embarrassante pour ceux qui l’ont déclenchée. Faut-il s’en étonner, s’en inquiéter, tourner le dos à la réalité ? L’histoire des cinquante dernières années est là pour confirmer une amère réalité : les candidats à une présidentielle US n’ont jamais eu la moindre idée sur la manière dont ils pourraient régler les problèmes, qu’il s’agisse de la Corée ou du Vietnam. Tout se passe comme si, en décidant de se décharger officiellement, dès juin dernier, du dossier au profit de l’équipe locale en place puis en fixant à janvier prochain la date des élections législatives, la Maison-Blanche avait pris ses distances et considéré que désormais, toute l’affaire était du seul ressort des Irakiens eux-mêmes.
Face à la débandade officielle, ce sont les sénateurs, républicains dans leur grande majorité qui ont pris la relève. Inquiétant, leur diagnostic. Ainsi, Lindsay Graham et Jon Kyl se rejoignent pour juger, le premier que « la situation va se détériorer avant de s’améliorer », le second pour dire que « parfois, cela empire avant la victoire finale », aucun des deux ne se hasardant à préciser la nature des catastrophes à venir, encore moins à avancer une date pour l’heureuse et hasardeuse issue prévue. Autant de prises de position qui ne sont pas sans rappeler le « dernier quart d’heure » de la guerre d’Algérie ou encore les « escarmouches décisives » au plus fort de la bataille de Saigon. Plusieurs membres de l’auguste assemblée font valoir en outre que sur les 18,4 milliards de dollars de crédits alloués à la reconstruction, un seul milliard ont été dépensés, alors que l’Administration US vient de réclamer que trois milliards du montant global soient consacrés à l’entraînement des forces de sécurité locales.
Le tableau est moins idyllique encore quand on aborde le sujet de la consultation populaire théoriquement prévue pour janvier 2005 dans les dix-huit départements que compte le pays. D’ici là, le commandement militaire américain a prévu – sur le papier... – que le pouvoir central aura rétabli son autorité, notamment dans ce qu’il est convenu d’appeler « le triangle sunnite », en commençant par Falloujah. Une date a même été fixée pour l’offensive : tout débutera, a fait savoir l’état-major de la coalition, en novembre-décembre, suivant un scénario en cours d’élaboration. Il n’en reste pas moins que pour l’heure, Ramadi, capitale d’al-Anbar, et Baaqouba, chef-lieu de Diyala, continuent d’échapper à l’emprise de Bagdad, de même que nombre de villes importantes.
Le Premier ministre Iyad Allaoui est bien le seul à faire montre d’un incurable optimisme, estimant dans une interview à la chaîne de télévision ABC que « le scrutin se déroulera conformément au programme prévu » , que la Central Intelligence Agency a eu tort de parler d’un risque élevé de guerre civile et que « nous sommes en train de gagner”. Une assertion que ne confirme pas, bien au contraire, la situation sur le terrain. Ainsi, tout au long du mois d’août passé, on aura enregistré une moyenne quotidienne de 87 attaques de diverses sortes et un nombre sans cesse grandissant d’enlèvements. Plus grave encore : à quelques heures d’intervalle hier, on annonçait que deux religieux sunnites, membres du Comité des ulémas, avaient été enlevés dans des quartiers chiites de la capitale et retrouvés assassinés peu après. Le chef du gouvernement lui-même a révélé avoir échappé à quatre tentatives d’assassinat en moins de trois mois.
Où va l’Irak ? Nul pour l’heure, et les Américains moins que quiconque, n’est en mesure de le dire. Journaliste et historien, Jim Harrison rappelle à cette occasion une phrase terrible de Winston Churchill : « Les États-Unis ne prennent les décisions justes qu’après avoir épuisé toutes les autres possibilités. » Mais peut-être que toutes les mesures prises à ce jour l’ont été en prévision d’un prochain départ en catastrophe. Après tout, le traumatisme somalien n’est pas loin.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats John Kerry a parlé hier de l’Irak. C’était pour débiter les habituelles banalités sur un plan susceptible de mettre fin à la crise, dont on attend toujours les détails précis. Aujourd’hui, ce sera au tour du président sortant d’aborder le thème, et il y a fort à parier qu’il n’aura pas de révélations sensationnelles à faire. Ce qui permet de constater que la semaine américaine s’ouvre ainsi sur le non-événement que constitue désormais une guerre devenue au fil des semaines de plus en plus embarrassante pour ceux qui l’ont déclenchée. Faut-il s’en étonner, s’en inquiéter, tourner le dos à la réalité ? L’histoire des cinquante dernières années est là pour confirmer une amère réalité : les candidats à une présidentielle US n’ont jamais eu la moindre idée sur la manière dont ils...