Dans un concours de célérité, le législateur libanais remporterait incontestablement le premier prix. Il suffit, pour en juger, d’aligner objectivement, sans commentaires, des chiffres, des dates et des faits.
Premier exemple :
1°) Le 5 mai 1991, des délégués plénipotentiaires libanais sont convoqués à Damas pour discuter avec leurs collègues syriens un « Traité de fraternité, de coopération et de coordination », dont le projet avait été préparé par ces derniers.
2°) En dix-sept jours, soit le 22 mai, le traité est « finalisé » et signé par les deux parties.
3°) Le texte est immédiatement transmis à la Chambre (sans même un « exposé des motifs », ou un simple rapport d’accompagnement, vu l’urgence) ; il traverse au pas de charge toutes les commissions intéressées (Affaires étrangères, Justice, Économie, Finances, etc.), et l’Assemblée nationale est convoquée dans le délai record de cinq jours, soit le 27 mai. En une seule séance, il est voté à mains levées, sans débats et à l’unanimité.
Ce texte a été (enfin) porté à la connaissance du public libanais qui, jusque-là, n’avait appris son élaboration que par de vagues bribes d’informations marginales.
C’est ce même texte que les responsables libanais et syriens invoquent aujourd’hui pour critiquer la résolution 1559 du Conseil de sécurité, alléguant que celle-ci constitue une immixtion dans les affaires intérieures d’un pays souverain, qui s’est librement lié avec un voisin par un traité « régissant les rapports des deux parties » (cf. les déclarations faites à Damas par les deux ministres libanais et syrien le 12/9 – L’Orient-Le Jour du 13/9).
Deuxième exemple :
Dès le début du printemps 2004, la propagande officielle a répercuté les bonnes dispositions des responsables pour une élection présidentielle libre en automne. Et l’on disait : « Bienvenue aux candidats éventuels ! ».
Puis le président syrien, de son côté, affirmait que l’élection de l’automne était une affaire exclusivement libanaise.
Des personnalités politiques parmi les plus valables les ont pris au mot, et sur la scène publique ont présenté chacune sa candidature à la présidence de la République. Les Libanais, croyant un moment la liberté retrouvée, proclamaient ouvertement leur volonté d’avoir un nouveau président.
Mais bientôt, les détenteurs du pouvoir ont été effrayés de voir qu’une majorité écrasante (chrétiens et musulmans confondus) était en train de se former pour déclarer son attachement à la Constitution inviolable. Cela se passait fin août.
Les « patrons », appelés au secours, réalisent l’imminence du péril. Il n’y a plus que les grands moyens : s’en prendre, une fois de plus, à la Constitution.
Un obstacle de taille est à éliminer : l’opposition du chef du gouvernement à tout amendement de la Constitution, déclarée irréductible.
Mais il n’y a rien d’irréductible devant les « patrons » :
Dans la nuit du jeudi 26 août, le chef (récalcitrant) du gouvernement libanais est appelé à Anjar (dans la Békaa). On lui demande d’acquiescer hic et nunc à la modification de la Constitution prorogeant de trois ans le mandat présidentiel d’Émile Lahoud.
Rentré à Beyrouth tard dans la nuit, le chef du gouvernement convoque les ministres « d’heure à heure » (suivant la terminologie judiciaire) pour un Conseil exceptionnel à tenir d’urgence dans la matinée du vendredi 27 août.
Le Conseil des ministres commence à 10h30 et, en 10 minutes (dix minutes, tous les journaux ont tenu à le souligner), est signé un arrêté saisissant la Chambre d’un projet de loi constitutionnelle prorogeant de trois ans le mandat d’Émile Lahoud (qui est mentionné nommément dans la loi).
Le projet est dispensé de la procédure normale, il ne passe par aucune commission parlementaire, et la Chambre, réunie en assemblée générale six jours après, le ratifie à mains levées...
La télévision, toujours présente d’habitude, a été exclue de la séance.
À voir comment se font les lois ici, qui oserait se plaindre de la lenteur du législateur libanais ?
Albert SARA
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Premier exemple :
1°) Le 5 mai 1991, des délégués plénipotentiaires libanais sont convoqués à Damas pour discuter avec leurs collègues syriens un « Traité de fraternité, de coopération et de coordination », dont le projet avait été préparé par ces derniers.
2°) En dix-sept jours, soit le 22 mai, le traité est « finalisé » et signé par les deux parties.
3°) Le texte est immédiatement transmis à la Chambre (sans même un « exposé des motifs », ou un simple rapport d’accompagnement, vu l’urgence) ; il traverse au pas de charge toutes les commissions intéressées (Affaires étrangères,...