Elle s’est éteinte comme une fleur se referme quand le soleil se couche. On l’a vue vivre, on ne l’a pas vue mourir. Sa discrétion était un trait de sa nature autant qu’un choix, ce n’était pas de l’effacement, c’était de la force et de la grâce. Noha el-Radi était un peintre irakien de grand talent. Peintre : insufflant âme, couleur, émotion à la toile ? Pas seulement. Elle savait créer du sens et de la vie à partir de matériaux qui, en apparence, n’en avaient pas. Des rebuts : un morceau de taule rouillée, un fil de fer, des clous, un bout de bois mort... Ses doigts d’artiste faisaient de tous ces petits riens un univers miraculeux, à mi-chemin du jouet et de la sculpture. Quelque chose de simple et d’essentiel comme sont les questions des enfants auxquelles on ne peut répondre.
Atteinte d’une maladie grave, Noha savait, jour après jour, que chaque jour était en danger. Elle a su faire de ce danger une émotion accrue, un privilège, un supplément d’être. Elle a vécu son dernier temps de vie avec une intensité rare, plus attentive aux autres qu’à sa propre douleur. Pour nous qui avons eu la chance de la connaître, de la côtoyer, de l’aimer, cet héritage n’a pas de prix. Elle ne voulait ni de notre pitié ni de nos angoisses à son sujet, elle voulait inventer la vie jusqu’à la dernière minute. Elle a réussi. Elle nous a éblouis.
Bagdad Diaries, son journal écrit depuis son pays, l’Irak, est un livre rare. Il faut le lire. La folie de la guerre vue à travers elle revêt tout son sens tragique et dérisoire. Noha était une femme libre. Elle n’avait pas peur, elle ne mâchait pas ses mots, elle ne se réfugiait derrière aucune façade : elle affrontait d’une même voix la corruption de l’Orient, l’arrogance et le mépris de l’Occident. Son courage était mieux qu’une leçon, il était beau à voir. C’est peu dire qu’elle va nous manquer. Que son œuvre, connue par tant, méconnue par d’autres, connaisse à présent le destin qui est le sien : celui de vivre à jamais.
Soha BSAT BOUSTANI
Elle s’est éteinte comme une fleur se referme quand le soleil se couche. On l’a vue vivre, on ne l’a pas vue mourir. Sa discrétion était un trait de sa nature autant qu’un choix, ce n’était pas de l’effacement, c’était de la force et de la grâce. Noha el-Radi était un peintre irakien de grand talent. Peintre : insufflant âme, couleur, émotion à la toile ? Pas seulement. Elle savait créer du sens et de la vie à partir de matériaux qui, en apparence, n’en avaient pas. Des rebuts : un morceau de taule rouillée, un fil de fer, des clous, un bout de bois mort... Ses doigts d’artiste faisaient de tous ces petits riens un univers miraculeux, à mi-chemin du jouet et de la sculpture. Quelque chose de simple et d’essentiel comme sont les questions des enfants auxquelles on ne peut répondre.
Atteinte d’une...
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