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Actualités - Opinion

Le Point Round décisif

Une haine aussi féroce, de mémoire de politicien yankee on n’avait jamais vu cela depuis qu’en 1787 la constitution a vu le jour. Lors de la convention républicaine qui a pris fin la semaine dernière et au cours de laquelle il a été question beaucoup plus de John Kerry que de George W. Bush, cela volait bien bas et les injures relevaient de retrouvailles de vulgaires mafieux plutôt que d’un meeting politique. Au point qu’à deux mois du jour J – cinquante-cinq jours exactement – , la question que l’on se pose, un rien inquiet tout de même, est celle-ci : maintenant qu’ils semblent avoir épuisé leur arsenal de coups tordus, que peuvent-ils encore sortir ? Mais au fait, pourquoi donc le monde éprouve-t-il, pour la première fois sans doute de son histoire, un intérêt aussi marqué pour la présidentielle appelée à se jouer le 2 novembre ? Tout simplement parce que, dans le nouveau désordre que l’on a décidé de nous créer – soyons patients, sinon optimistes : l’entreprise n’en est qu’à ses débuts... –, l’événement concerne non seulement les Américains mais tous les Terriens, qu’ils soient libanais, papous de Nouvelle-Guinée ou mongols de Kalmoukie. Encore heureux pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche que la consultation ne se déroule pas au suffrage mondial, car on voit mal qui, à l’étranger, hormis quelques incorrigibles nostalgiques de l’American Dream, et bien entendu le tandem Allaoui-Yawer, lui accorderait sa voix. Aux États-Unis par contre, il en va tout autrement et les derniers sondages sont proprement catastrophiques pour le ticket Kerry-Edwards. Au point que les stratèges du parti, en proie à de sérieuses inquiétudes, viennent de donner à leur poulain un double conseil : montrez-vous plus combatif, lui ont-ils dit, et axez votre discours sur l’économie. Onze points d’écart au profit du président sortant dans les intentions de vote, c’est énorme. L’effet Madison Square Garden – « superbe côté théâtre », a concédé Joe Lockhart, nouveau tsar de la communication au sein de l’équipe démocrate – ne constitue pas une explication suffisante puisque Kerry, lui, n’avait pris que deux longueurs d’avance au lendemain des assises de Boston. Depuis, il évite autant que possible de parler de ses quatre mois au Vietnam, encore moins de ses vingt années au Sénat, où son palmarès est loin d’être brillant, pour axer son tir sur l’adversaire, « désormais assuré, vient-il de dire, d’être le premier président depuis la Grande Dépression à briguer un deuxième mandat sans avoir créé un seul emploi ». Voilà qui est tout de même mieux, aux yeux de ses partisans, que d’exiger une dénonciation du génocide en cours dans le Darfour. Un scrutin américain, ce n’est pas un film de Joseph Losey ou d’Ingmar Bergman mais plutôt un western, avec un bon et un méchant. Telle est du moins l’image qu’en a l’homme de la rue. Qui a toujours réclamé un ennemi : nazi dans les années quarante, communiste trois décennies durant, jihadiste aujourd’hui. Il est clair que pour l’heure, c’est « Debya » qui fait figure de leader dans une période aussi trouble de l’histoire du pays. Il peut prétendre avoir entendu « un appel venu d’au-delà les étoiles », comme il vient de le faire dans son discours d’acceptation, sans déclencher une douce hilarité dans l’auditoire mais bien au contraire un énorme rugissement d’approbation, ponctué de trois lettres répétées comme une antienne : « USA, USA, USA. » Il peut aussi se contenter de vagues promesses sur la réduction des dépenses publiques, la baisse des impôts ou l’accroissement des crédits aux écoles sans s’attirer des demandes de précision. Dès lors, il importe peu que sa carrière, assez terne au demeurant, le président l’ait entamée il y a dix ans à peine, en tant que gouverneur du Texas, qu’il ait été finalement désigné grâce aux bulletins de cinq grands électeurs seulement, puis d’extrême justesse par la Cour suprême, après avoir perdu la bataille du scrutin populaire. Ses partisans ne veulent pas voir chez lui ce refus maladif de reconnaître ses erreurs. L’important pour eux est qu’il fasse montre d’autorité, qu’il convainque les indécis, même si Brent Scowcroft, un homme fort respecté, qui fut le conseiller à la Sécurité nationale de son père, juge qu’il a réagi inconsidérément à la menace représentée par el-Qaëda, même si le sénateur Bob Graham condamne sévèrement, dans un livre qui sort aujourd’hui mardi, ses liens avec l’Arabie saoudite. À l’autre bout de l’échiquier, le néoconservateur Norman Podhoretz pense que « la doctrine Bush prend sa source dans la doctrine Truman », en vigueur au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et qu’elle a pour cible le terrorisme. Cela suffit pour convaincre. Le score pour l’instant ? Le round de juillet est allé à Kerry ; celui du mois dernier est nettement favorable au candidat républicain. À partir de là, la campagne va poursuivre sa drôle de voie, sur un parcours de montagnes russes, chacun se retrouvant à son tour sur la crête ou au creux de la vague, en un mouvement propre à donner le vertige aux sondeurs. Et aussi aux hésitants. Christian MERVILLE
Une haine aussi féroce, de mémoire de politicien yankee on n’avait jamais vu cela depuis qu’en 1787 la constitution a vu le jour. Lors de la convention républicaine qui a pris fin la semaine dernière et au cours de laquelle il a été question beaucoup plus de John Kerry que de George W. Bush, cela volait bien bas et les injures relevaient de retrouvailles de vulgaires mafieux plutôt que d’un meeting politique. Au point qu’à deux mois du jour J – cinquante-cinq jours exactement – , la question que l’on se pose, un rien inquiet tout de même, est celle-ci : maintenant qu’ils semblent avoir épuisé leur arsenal de coups tordus, que peuvent-ils encore sortir ?
Mais au fait, pourquoi donc le monde éprouve-t-il, pour la première fois sans doute de son histoire, un intérêt aussi marqué pour la présidentielle...