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Les lecteurs ont voix au chapitre

Au nom de 8 millions de Libanais du Brésil Je vous écris après avoir suivi les derniers développements politiques et le défilé de députés à Damas, convoqués par le président Bachar el-Assad. Les émigrés au Brésil et dans le monde entier ont honte de leurs représentants au Parlement. Nous sommes 8 millions de Libanais au Brésil et nous pensons d’abord au Brésil et ensuite au Liban, parce que nous respectons le pays qui nous a accueillis et qui nous permet de gagner notre pain. Un sénateur brésilien d’origine libanaise m’a posé cette question : « Pourquoi donc me suis-je rendu en 1976 aux Nations unies pour demander le retrait des Syriens du Liban ? » Nous prions pour que Dieu vienne en aide à notre pays. Charbel HADDAD Brésil En attendant un Allende Je suis un Libanais poursuivant des études de médecine à Chicago, avec le fervent désir de revenir au Liban une fois ma formation terminée. Je devais réagir d’une façon ou d’une autre, ou du moins me manifester, après avoir lu l’excellente lettre ouverte au président. Merci de nous permettre de continuer à nous battre. Je garde avec tous les amis de mon âge l’ambition de revenir faire le ménage. Le pays est à nous ; on finira par trouver un Allende dans la foule... Rony GHAOUI Exigez un référendum ! Cher peuple libanais, Exigez un référendum sur la question de l’amendement. Affirmez ainsi votre autonomie et votre maturité politique que beaucoup ont tout intérêt à vous dénier. Courage ! La démocratie est là, il ne vous manque plus que cela pour que tout aille mieux. Jacqueline PETMEZAKIS Et les 21 ans de Chirac ? Tant que le Liban sera sous occupation syrienne, il ne pourra connaître un essor économique. Cette « province » restera taillable et corvéable à merci. Le président du Liban devant être nécessairement prosyrien, j’estime qu’Émile Lahoud est le seul capable de lutter contre l’hégémonie, les magouilles et intrigues douteuses (implantation monnayée des Palestiniens entre autres). La majorité des hommes politiques prosyriens qui s’opposent à la reconduction ne sont pas tellement soucieux du respect de la Constitution mais veulent simplement avoir les coudées franches pour faire main basse sur tout ce qui peut encore les enrichir. Au moins, au terme de son sexennat, le président Lahoud ne s’est pas construit un sompteux palais et Mme Lahoud ne se pavane pas dans les soirées mondaines, parée des plus beaux bijoux. Dans les circonstances actuelles, j’accepte que l’on fasse une entorse à la Constitution et je me dis qu’après tout, Jacques Chirac a toutes les chances, espérons-le, de rester 21 ans au pouvoir. Pierre HAJJAR Atmosphère perverse Nous nous retrouvons aujourd’hui dans une atmosphère perverse, qui arrive petit à petit à transformer radicalement les fondements même de la souveraineté et de l’unité du Liban. Après avoir interdit la réunion, dans un lieu symboliquement opportun, d’une partie multiconfessionnelle de Libanais qui cherchaient à réfléchir sur une plate-forme commune, soucieuse de regrouper et de redéfinir les liens et les objectifs qui unissent les citoyens du pays du Cèdre, de réanimer, dynamiser et moderniser les fondements du Pacte national de 43, nous nous retrouvons pile poil, face à des revendications aussi choquantes qu’irrationnelles, qui dès qu’elles sont verbalisées, souhaitées, se voient appliquées sans nul débat. Disons-le clairement, l’histoire n’est pas immobile, et si les maîtres d’hier sont les esclaves d’aujourd’hui, le problème qui se pose n’est pas de savoir qui gouverne, mais de quelle manière il exerce son pouvoir. Ainsi, alors que l’intérêt des dirigeants d’hier se centrait sur le Liban, celui des dignitaires d’aujourd’hui, – ceux-là mêmes qui représentent la masse non pas parce qu’elle les a choisis, mais parce qu’elle doit survivre –, se centre sur la nécessité de garder des îlots de sécurité au Liban afin de justifier une présence incestueuse, de fermer les écoles publiques le vendredi, de remodeler le fonctionnement administratif de certaines régions comme Saïda, de pousser les jeunes à émigrer pour échapper à une mascarade longue d’un an et qui forge en eux la haine et le dégoût. Wissam KOTEIT Libanais et fiers de l’être J’éprouve un sentiment de dégoût et d’impuissance qui me met mal à l’aise et me fait regretter d’être libanais. On ne cesse de critiquer les Occidentaux pour leur souci exagéré du social et leurs occupations qui n’ont rien à voir avec nos manières à nous ainsi qu’avec nos coutumes, mais ils ont le mérite d’être unis et patriotes quand c’est l’intérêt du pays qui est en jeu. Deux journalistes enlevés en Irak et c’est toute la France qui est mobilisée, de gauche ou de droite, chrétiens ou musulmans, blancs ou de couleur, tout le monde est là pour protester et refuser de subir le chantage. Par contre au Liban c’est le peuple libanais tout entier qui est pris en otage par ses représentants chez qui l’intérêt personnel prime sur l’intérêt national, et malgré les protestations et l’opposition de diverses personnes et dignitaires, le projet de loi est passé. Je suis incapable, comme beaucoup d’expatriés en France et dans le monde, de fournir une explication aux gens qui nous demandent de commenter les événements. La seule question que je me pose tous les jours, sans pouvoir y répondre, est la suivante : l’honneur et le patriotisme existent-ils encore chez nos dirigeants ? Ont-ils encore le courage de dire pour une fois : « Nous refusons la soumission et désirons être libres dans nos choix de vie » ? Ont-ils pensé à leurs enfants et aux générations futures ? Aurons-nous un jour le courage de dire solennellement : « Nous sommes libanais et fiers de l’être »? Georges MHANNA L’indépendance, ou ce qu’il en reste Honte, dégoût, indignation, sentiment d’impuissance : quand les lecteurs ont voix au chapitre, cela donne un courrier hautement explosif. Au lendemain du Conseil des ministres et de la séance parlementaire qui a débouché sur l’amendement de l’article 49 de la Constitution libanaise et la prorogation pour une durée de trois nouvelles années du mandat du président Émile Lahoud, ils sont nombreux à avoir pris la plume – aujourd’hui, on s’installe devant son ordinateur... – pour nous dire ce qu’ils éprouvent. Le ton général, on le comprend, n’est guère favorable au gouvernement et aux députés, accusés de passivité ou, ce qui est autrement plus grave, de complaisance. « Évitons la banalisation de la soumission », écrit l’un de nos correspondants, qui juge « choquant, inexplicable » le mutisme de ses concitoyens, invités à manifester leur opposition au processus dont ils viennent d’être les victimes. De l’étranger où ils sont établis, certains promettent de continuer à se battre, alors que d’autres, apparemment résignés, tirent une bien étrange constatation des derniers événements : le Liban, à croire l’un d’entre eux, n’aura connu que trente années d’indépendance, tandis qu’un autre prend son mal en patience, en attendant, dit-il, un Salvador Allende. Et qu’un troisième, à partir du Brésil où il s’est établi, prie pour son pays d’origine. Qui jamais peut-être n’en a eu autant besoin. Trente ans de liberté Trente ans : telle aura été la durée de vie du Liban indépendant. 1945-1975 et après c’était déjà fini. La démocratie est l’aboutissement d’un processus qui s’étend dans le temps, dans la sagesse et le courage des peuples qui y aspirent. Or, chers Libanais, le courage, la sagesse et le temps sont trois ingrediénts qui vous font cruellement défaut. De plus, le système politique libanais n’a jamais été véritablement une création libanaise mais plutôt un legs de l’ancienne puissance coloniale. Une véritable démocratie par essence doit surtout émaner du peuple qui la souhaite. L’espoir dure quand même. C’est souvent grâce aux malheurs que bien des peuples ont progressé vers des régimes politiques démocratiques. Donc, l’espoir de voir leur pays se libérer donnera peut-être l’occasion aux Libanais de réaliser qu’il est temps de se battre pour lui. Mais cela ne se fera pas avec cette génération. Jean-Jacques MOLLO France Où est la dignité libanaise ? Depuis quelques semaines, je suis à travers votre journal les différentes déclarations concernant l’échéance présidentielle et je n’arrive pas à imaginer le degré de déchéance atteint par les politiciens au pouvoir. Que Damas convoque les différents responsables libanais afin de leur dicter les discours à tenir durant cette période électorale : compréhensible. Que le vice-président du Parlement libanais annonce fièrement que le nom du prochain président de la République est désigné par le régime de Bachar el-Assad : compréhensible. Qu’un grand nombre de députés passent leur temps à Anjar au lieu de le passer à écouter les revendications de leurs électeurs : compréhensible. Tout cela est compréhensible. Oui, car la vérité c’est que le Liban, depuis 1990, n’a plus de souveraineté ni de libre décision. Le processus de syrianisation, malheureusement, fonctionne à merveille. Par contre, ce que je trouve étonnant, choquant et révoltant, c’est le mutisme dans lequel est plongée notre société civile libanaise. En effet, nous avons une responsabilité vis-à-vis de notre pays et de son destin. Plusieurs actions pacifiques peuvent et doivent être entreprises afin de montrer aux responsables syriens et aux organismes internationaux que nous rejetons ce fait établi : vous nous imposez un président, OK, mais nous ne sommes pas d’accord. Les jeunes devraient effecteur des sit-in, des conférences-débats, bombarder les chancelleries de messages refusant ces pratiques humiliantes. Les émigrés libanais doivent aussi jouer un rôle important, surtout qu’un grand nombre d’entre eux occupent des postes éminents dans plusieurs domaines : politique, économique et social. Il faut qu’il y ait un sursaut de dignité. Il faut que nous nous élevions contre cette banalisation de la soumission. Nous le devons à tous ceux qui se sont sacrifiés pour essayer de préserver et défendre l’indépendance, la souveraineté et la liberté du Liban. Enfin, il faut montrer à tous que le Liban se se résume pas au tabboulé et saj, aux pubs de la rue Monot et aux plages de Jiyeh. Le Liban est une exception dans une région caractérisée par des régimes totalitaires, un contre-exemple des chocs de civilisations et surtout un message. N’oublions pas que pour exister, il faut agir. Il n’est pas trop tard. Ralph AZKOUL L’environnement, qui s’en soucie ? « Pollution », « Alerte à la pollution », « Organisme de surveillance de la qualité de l’air », « Protégeons l’environnement », « Mer bleue », « Forêt dense », « Réserves naturelles », etc. Non ce n’est pas du chinois, ce sont des mots bien français mais dont nous – libanais – n’entendons pas parler ! Je parle bien entendu du monde civilisé, et Dieu comme nous en sommes loin ! Quand, même en passant, certains médias libanais se soucient de la protection de l’environnement, aucun de nos responsables, si ce n’est pour une propagande ou durant une campagne électorale, ne se penche vraiment sur la question de la pollution de l’air, de la mer, la déforestation, et toutes les conséquences qui peuvent en découler. En voici quelques exemples : Les carrières de pierres ? Si nos chers dirigeants se soucient – en vain – de règlementer l’exploitation des carrières qui poussent comme des champignons dans nos « vertes » montagnes, ce n’est sûrement pas pour des raisons écologiques, mais plutôt pour régler des comptes politiques (surtout quand la plupart des carrières appartiennent ou sont protégées par des personnes haut placées). Le ministère du Tourisme devrait imprimer des cartes postales représentant certaines de nos carrières de pierres, puisqu’elles font partie à présent du patrimoine écologique de notre pays. La mer ? Qui se soucie de la grande bleue que tous les touristes nous envient ? Et dire qu’il y a des pays et des hommes qui, même au XXIe siècle, ne connaissent la mer que par les photos. Ici, on la pollue, on construit des complexes balnéaires, on l’utilise comme dépotoir public. Bravo quand même pour la publicité et la campagne de « Bahr Lebnan » – qui est très bien –, mais qui ne suffit pas ; il faut toute une mobilisation générale et des amendes. La pollution de l’air ? Elle existe, mais ne nous concerne pas. Aucune mesure de prévention, d’information, de contrôle. Tout le monde se contente de sentir et de voir cette pollution, mais en fait qui agit ? Qui est informé ? Qui sait combien cette pollution est nuisible à la santé de nos enfants ? Existe-t-il un contrôle des pots d’échappement des voitures ? Nos usines sont-elles bien surveillées ? En France, l’Organisme de surveillance de la qualité de l’air informe, prévient, agit et tous les citoyens se sentent concernés. Et chez nous, que fait-on ?... La forêt libanaise ? Elle existe dans les manuels de géographie, dans certains dictionnaires et surtout dans la mémoire de chacun d’entre nous. Le Liban vert ? Où est-il ? Nos responsables rétorqueront : « Il y avait la guerre. » Mais la guerre est finie depuis assez longtemps, Messieurs. Merci à certains particuliers qui ont bien voulu préserver cette nature en créant des réserves naturelles dans lesquels le cachet « nature » existe encore. N’oubliez pas, Messieurs les responsables, que le manque de verdure entraîne la sécheresse. Félicitations quand même M. le ministre pour le reboisement de la forêt de Tannourine. Espérons que cette initiative en entraînera d’autres. Fouad A. SALHA Pollueurs, c’est votre Litani Il est vrai que c’est le devoir de l’État de nettoyer le Litani, mais personne n’a essayé de voir où se situe la responsabilité des collectivités et de la population locale... Enfin, ce sont eux qui ont pollué LEUR rivière. Il est logique pour moi que le processus de nettoyage doit les inclure. Il faut amener les gens à voir plus loin que leur nez, leur expliquer que s’ils polluent la rivière, c’est l’eau qu’ils vont boire qui va être polluée et qu’ils vont faire face à toutes sortes de maladies. Ce que l’ambassadeur canadien a omis de dire, par politesse, c’est que les riverains sont sales. Marouan BARAKAT Arnaqueurs-nés Il y a deux choses que l’on ne saurait reprocher aux Libanais : leur insatiable besoin de survie, surtout depuis une demi-douzaine de décennies, et leur éternel sens du marchandage. L’arnaque, me direz-vous, est une chose normale qui existe dans tous les pays. Mais l’arnaque à la libanaise est un concept qui remplit de fierté l’arnaqueur lui-même. Le Libanais est arnaqueur de père en fils ; il apprend à arnaquer avant de passer son bac. « Arnaque, et tu ne seras jamais arnaqué » : telle semble être la devise de tous les commerçants dignes de ce nom. L’arnaque est un art qui semble passer avant tous les autres dans les us et coutumes de la vie libanaise. Les paysans descendent de leurs villages pour habiter dans les grandes villes, leur seul but étant l’arnaque, se faire du fric, se remplir les poches, profiter de la misère des autres. « La poche de ton prochain est ton avenir ». Tout le monde est arnaqueur, le plombier, le charcutier, l’épicier, le garagiste, l’assureur, le pompiste, le douanier, le restaurateur, l’artiste, du vendeur de loto au vendeur de kaek ... 10, 15 ou 40 % en plus ? C’est selon les scrupules et l’éducation... Gabriel FERNEINÉ
Au nom de 8 millions de Libanais du Brésil
Je vous écris après avoir suivi les derniers développements politiques et le défilé de députés à Damas, convoqués par le président Bachar el-Assad. Les émigrés au Brésil et dans le monde entier ont honte de leurs représentants au Parlement.
Nous sommes 8 millions de Libanais au Brésil et nous pensons d’abord au Brésil et ensuite au Liban, parce que nous respectons le pays qui nous a accueillis et qui nous permet de gagner notre pain.
Un sénateur brésilien d’origine libanaise m’a posé cette question : « Pourquoi donc me suis-je rendu en 1976 aux Nations unies pour demander le retrait des Syriens du Liban ? »
Nous prions pour que Dieu vienne en aide à notre pays.

Charbel HADDAD
Brésil

En attendant un Allende
Je suis un Libanais poursuivant des études de...