Sur la rampe de lancement des JO, il y avait l’arbre tutélaire de la Méditerranée. Un olivier plusieurs fois centenaire, transplanté là, sur l’esplanade blanche, un olivier comme on n’en a jamais vu d’aussi beau qui couvait de ses branches et de ses sages auspices l’événement le plus fédérateur de la planète. Ainsi, les inventeurs de la Cité avaient également inventé le village mondial avant l’heure. Et cet olivier qui saluait de ses branches une foule qui le saluait de rameaux parlait aux hommes d’une histoire commune et charriait dans sa sève des élixirs de paix.
Jusqu’à ce soir, il nous a été donné de voir en direct l’extrême limite, mais aussi l’extrême pouvoir d’un corps humain. D’Olympiades en Olympiades, les records avancent, de quelques millimètres, de quelques centièmes de seconde. Presque rien. Mais des années d’entraînement, des morphologies pliées au service de la performance, sculptées pour toucher, pour glisser, pour porter, pour lancer, pour courir, faites sur mesure pour franchir l’infranchissable et narguer la gravité.
On aura beau jeu de croire que la performance est individuelle, les athlètes défendent les couleurs d’un pays. Aux yeux du monde, ce sera le pays le plus vite, le pays le plus loin, le pays le plus haut. Dans quelques années, la médaille pendra sur un mur, parmi quelques photos. On retiendra des noms qui évoqueront de grands transports collectifs, souffle coupé, cœur tendu, bonheur de savoir qu’un autre peut le faire, que j’aurais pu, que n’importe qui aurait pu s’il y avait, comme eux, consacré sa vie. Et puis on oubliera les noms et l’on verra les drapeaux. Ce moment où le drapeau se lève, où se joue l’hymne national ; où coulent les larmes du soulagement et de la fierté, de la tristesse animale qui suit l’exaltation et de la paix qu’apporte l’accomplissement, c’est le moment où l’on comprend toute la dimension de notre besoin d’appartenance. L’athlète est un corps au service d’un pays. Il est l’aboutissement d’une longue lignée d’hommes et de femmes que rien ne décourage, ni la chaleur, ni le froid, ni la douleur, ni la fatigue, ni l’échec. Qu’il gagne un millimètre et c’est toute une nation qui s’envole. Parce qu’il y a en elle cette pulsion qui dit : « encore un effort, encore un peu, un petit peu. » Croire en ce petit peu pour dépasser le mur de la souffrance comme le mur du son laisse exploser derrière lui les rumeurs amassées. Et puis filer sur le silence absolu du miracle. Atterrir. Observer comme en un rêve le record qui s’affiche, la foule qui se lève. Recouvrer ses sens interrompus, tout entiers à leur cible, et voir, et entendre d’un même coup la vie qui vous porte et le bonheur offert. Qui songerait un instant à interrompre la fête ? Les productions de l’esprit demeurent : on les serre dans des musées, dans des bibliothèques, que sais-je. Mais des exploits du corps, cette périssable merveille, il ne reste que le souvenir d’une fête universelle. Définitivement, les JO nous donnent un supplément d’éternité.
Fifi ABOUDIB
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Jusqu’à ce soir, il nous a été donné de voir en direct l’extrême limite, mais aussi l’extrême pouvoir d’un corps humain. D’Olympiades en Olympiades, les records avancent, de quelques millimètres, de quelques centièmes de seconde....