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Actualités - Opinion

Le point L’axe du moindre mal

Pour saugrenue qu’ elle puisse paraître, la question ne mérite pas moins d’être posée : en définitive, ce programme nucléaire iranien ne fait-il pas l’affaire de tout le monde ? Que l’on en juge plutôt : grâce à lui, la République islamique pose sa candidature à l’admission dans le club, de moins en moins fermé il est vrai, des puissances qui possèdent l’arme absolue ; l’Amérique de George W. Bush, qui avait inclus le régime des mollahs dans la fameux « axe du mal », se pose en protectrice de notre planète Terre ; Israël, qui ne se porte jamais aussi bien que lorsqu’il se prétend menacé, peut exhiber ses muscles et menacer à son tour ; enfin, le monde joue à se faire peur, une sensation qu’il adore éprouver à chaque fois qu’il est sur le point de céder à l’engourdissement du confort. En réalité, le risque n’a jamais été moins grand d’une frappe préventive, israélienne ou américaine, ni plus improbable le danger de voir Téhéran lancer ses « Chahab 3 » dotés d’ogives adéquates contre l’État hébreu. Sur la mappemonde géopolitique dont les États-Unis ont entrepris de nous gratifier – hélas, on ne choisit pas ses bienfaiteurs... –, l’encerclement de l’Iran est maintenant achevé, avec l’Asie centrale au Nord, l’Afghanistan à l’Est, la région des Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite au Sud et l’Irak à l’Ouest. Certains argueront que confrontés à une telle situation, les maîtres du pays pourraient fort bien être tentés de vouloir foncer malgré tout ou, à défaut, d’aller encore plus loin dans la délicate partie qu’ils ont choisi d’engager avec Washington. Il est aisé de rétorquer que jamais par le passé l’humeur guerrière n’a été le trait marquant des tombeurs du Chah, sinon en paroles. On en veut pour exemple le fait que la longue guerre du Golfe fut déclenchée à l’initiative de Saddam Hussein. Hier encore marqués par un flou savamment entretenu, les rapports entre les diverses composantes du pouvoir commencent à être plus clairement définis. Tout au long de ces dernières années, un implacable bras de fer avait ouvertement opposé conservateurs et réformateurs, qui avait tourné à l’avantage des premiers, soutenus par le guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei. Le président de la République, Mohammed Khatami avait fini par plier pour ne pas rompre, pendant que se taillait une place sur l’échiquier national un troisième courant, emmené par l’ancien chef de l’État Ali Akbar Hachémi Rafsandjani. Celui-ci prêche pour une politique réaliste qui donnerait la priorité à l’économie et même pour l’amorce d’un dialogue avec l’Amérique. Deux dossiers qui ont, dit-on, les faveurs d’une population constituée à plus de soixante pour cent de jeunes qui n’ont ni l’allergie antiaméricaine de leurs aînés ni leur fidélité aux priorités jadis définies par Ruhollah Khomeyni. Mais alors, le programme nucléaire ?... Il répond effectivement à des nécessités civiles, mais n’en est pas moins utilisé par le pouvoir comme argument pour engranger des bénéfices, d’ordre pratique ceux-là. D’où la nette baisse de régime dans les déclarations officielles, après l’affolement causé par les propos, la semaine dernière, du ministre de la Défense Ali Chamkhani. Ainsi, il ne saurait être question, selon le chef des armées, d’attaque préventive contre qui que ce soit, et les déclarations faites avaient un but purement dissuasif. Pour son collègue des Affaires étrangères, c’est Washington qui serait à la recherche d’un prétexte pour lancer une offensive d’envergure. À cela, l’Administration US a déjà répondu indirectement en se disant plutôt favorable à l’option diplomatique, même si les contacts se poursuivent au Conseil de sécurité des Nations unies pour mettre au point un arsenal de sanctions. D’un côté comme de l’autre, on n’ignore pas qu’en année de présidentielle, tout recul serait mal vu et prendrait l’allure d’une dérobade, surtout après la débâcle de l’affaire des armes de destruction massive en Irak. Israël pour sa part, bien qu’ayant commencé à distribuer des pilules antiradiations à la population des régions proches de ses sites stratégiques, formule, mais pour la forme seulement des menaces, certain que ses protecteurs yankees ne feront rien pour encourager ses intentions belliqueuses. La Corée du Nord a fort bien saisi tout le profit qu’elle pourrait tirer de la conjoncture, elle qui s’est engagée depuis quelque temps dans une offensive qui s’apparente à un chantage pur et simple, alors que, chez elle, une famine rampante menace des millions de personnes et que se multiplient les accidents. Vous avez dit l’axe du mal ? il se porte très bien, merci. À propos, comment va l’Amérique ? Christian MERVILLE
Pour saugrenue qu’ elle puisse paraître, la question ne mérite pas moins d’être posée : en définitive, ce programme nucléaire iranien ne fait-il pas l’affaire de tout le monde ? Que l’on en juge plutôt : grâce à lui, la République islamique pose sa candidature à l’admission dans le club, de moins en moins fermé il est vrai, des puissances qui possèdent l’arme absolue ; l’Amérique de George W. Bush, qui avait inclus le régime des mollahs dans la fameux « axe du mal », se pose en protectrice de notre planète Terre ; Israël, qui ne se porte jamais aussi bien que lorsqu’il se prétend menacé, peut exhiber ses muscles et menacer à son tour ; enfin, le monde joue à se faire peur, une sensation qu’il adore éprouver à chaque fois qu’il est sur le point de céder à l’engourdissement du confort.
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