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Actualités - Opinion

LE POINT Scénarios d’échec

Nul ne l’avait prévu, l’étrange lapin que les stratèges de la Maison-Blanche viennent de sortir de leur chapeau. À en croire les patriotes du « Swift Boat Veterans for Truth », un groupe affilié aux réseaux les plus louches du camp républicain, John Kerry est loin d’être le héros de guerre complaisamment décrit par ses hagiographes, et ses médailles militaires – tout de même, une Silver Star, une Bronze Star, trois Purple Hearts... – seraient imméritées. En langage politique américain, on appelle cela un « Big Lie », opération qui consiste à asséner indéfiniment une contre-vérité jusqu’à la faire admettre comme évidence, quitte pour cela à recourir à de faux témoignages et à des ouvrages rédigés pour l’occasion, comme c’est le cas présentement. Dans ce genre de manipulation, le « spin doctor » en chef de l’équipe en place, le machiavélique Karl Rove est passé maître, démolissant l’un après l’autre les candidats à l’investiture de l’autre camp, notamment John McCain. Avant ce qui se révèle être cette fois un faux-pas. Car il est clair que le grand manitou du président s’est trompé de talisman, sinon de cible. On ne choisit pas le thème du Vietnam pour critiquer l’adversaire quand, plutôt que d’aller au front, l’actuel locataire de la Maison-Blanche avait courageusement préféré s’enrôler dans l’aviation de la Garde nationale du Texas, ce qui était, on en conviendra, autrement plus dangereux. Encore ne s’agissait-il que de quelques petites semaines plutôt que de la durée totale de son service militaire. Surtout, on ne recourt pas à de prétendus témoins qui s’empressent, une fois confondus, de se dédire. L’entreprise est ainsi en train de tourner court, tout comme le précédent scénario, économique celui-là. C’était, il y a trois mois, quand les experts prétendaient croire ferme à l’imminence d’une relance économique et voyaient dans les moindres chiffres complaisamment publiés à intervalles réguliers autant de preuves à l’appui de leurs assertions. La convalescence dure depuis bientôt trois ans et le redémarrage se fait toujours attendre, en raison surtout de l’envolée des cours du pétrole sur le marché international. Mais longtemps, on avait prêté foi à une thèse quelque peu farfelue : l’Opep – avec laquelle le clan Bush et le Grand Old Party d’une manière plus générale entretiennent d’étroites relations – laisserait faire puis donnerait un brusque coup d’accélérateur à la production quelques jours avant l’élection présidentielle. Aujourd’hui, force est de dresser un triple constat : les installations des majors tournent à plein régime et ne sauraient pomper davantage ; et à supposer possible une telle opération, il faut un délai de plusieurs semaines (on parle de deux mois environ) pour accroître la capacité actuelle ; enfin, au sein de l’organisation, on voit mal l’Iran des mollahs et le Venezuela de Chavez voler au secours des États-Unis, encore moins admettre sans rechigner un cavalier seul de l’Arabie saoudite. De toute façon, la demande de brut est telle que rien ne pourrait arrêter la flambée des cours, ceux-ci survolant l’une après l’autre les « barres symboliques » avec une inquiétante facilité. Encouragés, il est vrai, par les multiples attentats de la résistance irakienne contre les oléoducs du pays, l’affaire Ioukos et les aléas de la conjoncture latino-américaine ou africaine. C’est d’ailleurs sur le front de l’Irak que se situe le troisième échec de l’Administration américaine. La bataille de Najaf, mais aussi d’une manière plus générale l’expédition irakienne lancée l’an dernier, illustrent les erreurs, les indécisions, les conflits entre les différents corps d’armée du commandement US. Depuis la reprise, le 5 août, de l’opération anti-Moqtada Sadr après deux mois d’une trêve qui ne voulait pas dire son nom, les Marines rongent leur frein et observent au-dessus de leurs têtes le ballet des hélicoptères qui pilonnent des cimetières. Un tel bilan ne devrait pas encourager l’électeur américain à renouveler le blanc-seing délivré il y a quatre ans à un président qui, arrivé en fin de parcours, semble dire maintenant : « Mes réalisations passées ne plaident pas en ma faveur, mais réélisez-moi et vous verrez ce que je pourrai faire alors. » La vérité est que l’ensemble de la campagne électorale s’est révélé être l’une des plus ternes de l’histoire américaine. Cinq mois durant, George W. Bush a passé son temps à dire du mal de son adversaire démocrate et celui-ci à parler de ses exploits passés. À aucun moment il n’a été question d’un programme de travail, d’un « New Deal » pour le troisième millénaire, d’une vision exaltante de l’avenir. Ira-t-on, dès lors, jusqu’à parler d’un mandat unique ? Peut-être pas. Les Américains aiment les situations simples, les dirigeants qui tiennent un langage clair, les shérifs-présidents. À ce jeu-là, devinez qui est le plus fort... Christian MERVILLE
Nul ne l’avait prévu, l’étrange lapin que les stratèges de la Maison-Blanche viennent de sortir de leur chapeau. À en croire les patriotes du « Swift Boat Veterans for Truth », un groupe affilié aux réseaux les plus louches du camp républicain, John Kerry est loin d’être le héros de guerre complaisamment décrit par ses hagiographes, et ses médailles militaires – tout de même, une Silver Star, une Bronze Star, trois Purple Hearts... – seraient imméritées. En langage politique américain, on appelle cela un « Big Lie », opération qui consiste à asséner indéfiniment une contre-vérité jusqu’à la faire admettre comme évidence, quitte pour cela à recourir à de faux témoignages et à des ouvrages rédigés pour l’occasion, comme c’est le cas présentement. Dans ce genre de manipulation, le « spin...