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LE POINT Sous le chapiteau palestinien

Trop crédules, les membres de la commission parlementaire qui croyaient, les pauvres, pouvoir saisir la balle au bond et obtenir un premier train de réformes, engageant ainsi la vaste opération promise la veille. La réponse de Yasser Arafat a fusé net, formulée sur un ton ne laissant place à aucun doute quant aux intentions véritables de son auteur : « Mon discours de mercredi soir suffit ; nul besoin de signer quoi que ce soit. » S’il faut bien comprendre cette petite phrase, il n’y aura donc, au mieux, que quelques retouches apportées à la machine administrative et sécuritaire en place. Autrement dit, certainement pas un lifting en bonne et due forme mais une opération mineure de chirurgie plastique, pour gommer ici quelques irrégularités, là masquer certaines imperfections. Le président de l’Autorité palestinienne est coutumier de ce genre de manœuvres. La fois précédente, c’était il y a deux ans, quand il avait reconnu ses erreurs et promis de nouvelles élections (la dernière consultation populaire remonte à 1996) ainsi que des réformes en profondeur. Le bon peuple, et avec lui la communauté internationale, attendent toujours les unes et les autres. Il y a longtemps que, chez lui, la pratique du mea culpa est devenue une seconde nature. La parole, dirait-on, remplace l’action et la manœuvre débouche immanquablement sur la surenchère destinée à enlever toutes ses armes à l’ennemi, le geste qui, dans l’esprit de son auteur, est censé désarmer l’adversaire et lui ôter tous ses moyens. On n’est pas près ainsi d’oublier une certaine reconnaissance écrite de l’État d’Israël, griffonnée sur un bout de papier, au plus fort du siège de Beyrouth, en 1982. Aujourd’hui, la partie engagée en fait dès le mois de juillet s’annonce autrement difficile. L’intervention de plus d’une heure prononcée devant le Conseil législatif réuni à Ramallah était supposée, dans l’esprit de l’orateur, signifier que le message avait été reçu, encore qu’aucun nom n’avait été mentionné, aucun fait concret cité, aucune mesure d’ordre pratique évoquée. La réaction du lendemain à la démarche des parlementaires est encore plus révélatrice de l’ état d’esprit du vieux chef : il est clair qu’il ne permettra à personne de lui dicter la conduite à suivre, encore moins de définir les règles du jeu. Même s’il faut risquer, une fois n’est pas coutume, une motion de censure – d’ailleurs repoussée –, prévoyant une suspension illimitée des travaux de la Chambre tant qu’il n’aura pas été procédé à une refonte en profondeur de l’Administration. La présente session de cette instance n’en a pas moins été suspendue en attendant les résultats des tractations aussitôt engagées. Une manière de dire que les mots ne suffisent plus et qu’il importe de passer au plus tôt à l’action. À court terme, il ne faudrait pas s’étonner de voir, sous la pression de la base bien plus qu’en raison d’un désaccord apparent, Ahmed Qoreï agiter une nouvelle fois la menace d’une démission de son cabinet. Une action similaire tentée il y a deux mois avait débouché sur un vague engagement à restructurer les forces de sécurité et à initier un semblant d’épuration dans les rangs d’une Administration dont la cupidité n’a d’égal que l’incompétence. À l’époque, la gravité de la crise découlait du fait que parallèlement, un groupe de jeunes loups tous originaires de Gaza, emmené par l’ambitieux et trouble Mohammed Dahlan, venait de déclencher une révolte de palais qui devait rapidement tourner à leur désavantage. On ignore pour l’heure si le groupe compte maintenant se joindre aux députés contestataires tant ses ambitions demeurent, quoi qu’il dise, limitées et ne dépassant pas le strict cadre d’un contrôle de l’appareil sécuritaire. Autre inconnue : on ne sait toujours pas si le Hamas continuera d’observer la neutralité qui a été la sienne jusqu’à présent En attendant le retrait, l’an prochain, des troupes de l’État hébreu stationnées dans l’enclave, l’ébullition qui caractérise depuis quelques semaines les rapports interpalestiniens n’est pas près de se calmer. Bien au contraire. De plus, rien n’indique qu’il sera possible à Abou Ammar de rééditer l’exercice de haute voltige auquel il vient de se livrer. Les circonstances changent à un rythme qu’il n’est plus en mesure de suivre ; l’hostilité de Washington est de plus en plus marquée dans le même temps que tiédit la ferveur européenne, que s’essouffle l’intifada, et avec elle l’attention arabe. C’est pourquoi il conviendrait peut-être, ultime hommage, d’apprécier comme il le mérite le dernier show du plus médiatisé des leaders de la région. Salut l’artiste ! Christian MERVILLE
Trop crédules, les membres de la commission parlementaire qui croyaient, les pauvres, pouvoir saisir la balle au bond et obtenir un premier train de réformes, engageant ainsi la vaste opération promise la veille. La réponse de Yasser Arafat a fusé net, formulée sur un ton ne laissant place à aucun doute quant aux intentions véritables de son auteur : « Mon discours de mercredi soir suffit ; nul besoin de signer quoi que ce soit. » S’il faut bien comprendre cette petite phrase, il n’y aura donc, au mieux, que quelques retouches apportées à la machine administrative et sécuritaire en place. Autrement dit, certainement pas un lifting en bonne et due forme mais une opération mineure de chirurgie plastique, pour gommer ici quelques irrégularités, là masquer certaines imperfections.
Le président de l’Autorité...