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Actualités - Opinion

L’Irak de plus en plus semblable au Vietnam

Si beaucoup d’Américains répugnent encore à comparer l’Irak au Vietnam, dans le monde politique de plus en plus de voix s’élèvent pour mettre en parallèle ces deux opérations militaires qui, chacune, divisent l’opinion. L’ampleur des pertes subies en Irak est encore très loin d’atteindre le bilan du « bourbier » vietnamien, qui a fait 58 000 morts côté américain entre 1961 et 1973. Mais depuis les justifications discutables des deux conflits jusqu’à la vigueur de la résistance sur place, en passant désormais par les horreurs reprochées aux militaires américains, les points communs s’accumulent. Au Vietnam, l’Administration avait obtenu le feu vert pour engager les troupes après avoir fait état d’attaques nord-vietnamiennes dans le golfe du Tonkin. Attaques dont l’existence a par la suite été mise en doute. En Irak, l’Administration Bush assurait qu’il fallait partir en guerre pour éliminer des armes de destruction massive du régime de Saddam Hussein, qui, plus d’un an après l’invasion, sont toujours introuvables. En 1968, les officiers américains prenaient soudain conscience de la détermination de l’ennemi pendant l’offensive du Têt. En Irak, les officiers ont vécu une expérience similaire le mois dernier à Falloujah. Et tandis qu’en 1968 le massacre de centaines de Vietnamiens dans le village de My Lai révoltait l’opinion, aujourd’hui le scandale des prisonniers irakiens menace de prendre la même ampleur. L’influent sénateur républicain John McCain, lui-même ancien prisonnier de guerre au Vietnam, a d’ailleurs récemment : « De la même façon que les Américains se sont retournés contre la guerre du Vietnam, ils pourraient se retourner contre celle-ci, à moins que ce scandale ne soit rapidement résolu, en public et immédiatement ». Le secrétaire d’État Colin Powell, ancien chef d’état-major interarmes, a pour sa part explicitement comparé la semaine dernière My Lai à la prison d’Abou-Ghraïb. Mais pour certains experts, le scandale des prisonniers pourrait bien être pire encore que le massacre de civils vietnamiens. John Mueller, professeur de sciences politiques et auteur de deux livres sur l’opinion publique et la guerre, explique ainsi que le massacre de My Lai, tout abominable qu’il fût, n’était que le prolongement de la mission assignée aux militaires, consistant à « débusquer et détruire ». « En revanche, quand on va en Irak, l’idée ce n’est pas de tuer, d’humilier, d’assassiner des Irakiens, souligne M. Mueller. Ce qu’on est censé faire, c’est de mettre fin à ce genre de pratique. » Toute évocation de la guerre du Vietnam est lourde de sous-entendus aux États-Unis, spécialement en une année électorale où s’affrontent deux hommes de la même génération, l’un, le président Bush, ayant réussi à ne pas y aller, l’autre, le démocrate John Kerry, y ayant glané médailles et vocation politique. « Ce n’est pas encore le Vietnam », a ainsi souligné John Kerry le mois dernier. « Je souligne : pas encore », a-t-il ajouté. « Je pense que ce parallèle est faux », a de son côté déclaré M. Bush à la mi-avril.
Si beaucoup d’Américains répugnent encore à comparer l’Irak au Vietnam, dans le monde politique de plus en plus de voix s’élèvent pour mettre en parallèle ces deux opérations militaires qui, chacune, divisent l’opinion.
L’ampleur des pertes subies en Irak est encore très loin d’atteindre le bilan du « bourbier » vietnamien, qui a fait 58 000 morts côté américain entre 1961 et 1973. Mais depuis les justifications discutables des deux conflits jusqu’à la vigueur de la résistance sur place, en passant désormais par les horreurs reprochées aux militaires américains, les points communs s’accumulent.
Au Vietnam, l’Administration avait obtenu le feu vert pour engager les troupes après avoir fait état d’attaques nord-vietnamiennes dans le golfe du Tonkin. Attaques dont l’existence a par la suite été...