«Penser l’État», de Leïla Barakat
Quatre romans à son actif. Leïla Barakat n’a pas pour autant cédé totalement au plaisir de la fiction. Elle revient aujourd’hui au-devant de la scène avec un essai politique d’une brûlante actualité. Jugez plutôt par ce titre détonnant qui nous fait rêver, nous citoyens si malmenés par la politique. Penser l’État (éditions [liR] transcription phonétique du terme «lire» – 207 pages), tel est le titre de Leïla Barakat.
Le Liban met en scène le dysfonctionnement perpétuel du système politique. Rivalités redoutables entre les instances dirigeantes, personnalisation du pouvoir, vides idéologiques, sur fond de fanatisme et de recrudescence du discours confessionnel… Tel est le climat, au pays des Cèdres aujourd’hui, de la vie publique. La pensée politique à recréer. S’ensuit un dénigrement total de l’identité. «Qui suis-je?» n’est plus important, c’est une question que l’on pose de moins en moins ou que l’on pose beaucoup pour nier l’Autre, et très peu pour vraiment se connaître. Nous avons une seule identité, en fait, celle du désespoir. L’État est un remède contre ce désespoir. Un État qui traite ses citoyens en enfants légitimes, un État qui ne laisse pas derrière lui des bâtards. Un État qui éduque, un État qui soigne, un État qui abrite, un État qui fournit un emploi, un État qui adoucit la fin de nos jours… En fait, et toute réflexion faite, un État : c’est la recette du bonheur. Mais où en sommes-nous, nous citoyens de ce bonheur bien lointain et improbable…Tout notre devenir est lié à la valorisation progressive de l’État par les citoyens.
La véritable maturation est celle du peuple, mais rien ne laisse espérer aujourd’hui que le peuple est en train d’évoluer : en besoin perpétuel de sauveur, en proie aux mythes faciles, alors que le seul gage de réconciliation nationale est le développement d’une vie saine des parties qui domineront le Parlement et contrôleront la performance du pouvoir exécutif. Il est vital d’inscrire la reconstruction dans un processus de maturation politique, d’introduire de nouvelles mœurs politiques. En somme, le Liban ne sortira de sa longue nuit que si coïncident l’exercice du génie politique des leaders et le processus de maturation politique des citoyens. Telle est la vision et l’analyse politiques de Leïla Barakat qu’elle expose dans ce livre abordant plus d’un thème.
Des prédateurs du tiers-monde, à l’espoir mis entre les mains des jeunes en passant par le mythe et la réalité de la reconstruction, les fromagistes, les zones d’ombre dans notre histoire, l’économie mode d’emploi, et (hilarant de vérité) de la vache laitière à… l’État de l’administration, autant de points chauds à traiter…
Plume alerte et ton vibrant, ces pages finissent sur une note chargée quand même de quelque espoir: «Du courage et de la patience. Il n’y a pas de changement total et immédiat. Une politique de petits pas, de la ténacité, de la persévérance… l’État moderne sera peut-être celui de nos enfants. Acceptons que notre vie ne soit qu’une étape de transition. Toute douleur qui n’aide personne est absurde» (André Malraux). C’est une consolation avant de partir: que l’on sache, en quittant la vie, que d’autres n’endureront pas ce qu’elle nous a fait endurer. Cela adoucit même l’idée du départ, de savoir qu’on a pu être de quelque utilité depuis notre arrivée.
«Hazihi Kanaati», de May Khalil: convictions religieuses et humaines
Des études littéraires à la poésie, il n’y avait qu’un pas. May Khalil a compris très tôt que la prière et la foi sont ses alliés et si le père Tardiff l’a guérie en 1994, elle n’en est que plus humble et modeste.
Avec une plume empreinte de ferveur et de mysticisme, May Khalil signe son troisième recueil de pensées. Pensées pleines d’une musicalité poétique proche de la prière. Tout dans cette plaquette, intitulée Hazihi Kanaati (Ceci est ma conviction – 126 pages), atteste de la foi vibrante d’une croyante.
Louange à Dieu et à la vie pour ses trésors inestimables que l’être retrouve à chaque matin, s’il a la pureté et l’innocence du regard. Mots simples et éthérés pour une spiritualité où se conjuguent sens de l’élévation et ardent lyrisme.
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