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Actualités - Opinion

LE POINT Terreur nucléaire

Donald Rumsfeld est inquiet et il a voulu le dire à Bakou. « Les nations non seulement dans la région mais dans le monde entier sont profondément soucieuses face à ce qui se passe en Iran. Cela est compréhensible », vient-il de noter après un entretien, en partie consacré au programme nucléaire de Téhéran, avec le président azerbaïdjanais. George Tenet avant lui avait déjà évoqué la question, estimant dangereuse la capacité iranienne à « disposer d’un arsenal complet allant de la fusée balistique à l’enrichissement d’uranium ». Bien entendu, tout rappel, en la circonstance, au fâcheux précédent des armes irakiennes de destruction massive et d’arsenal biologique serait mal venu… Le choix de la date et du lieu pour la déclaration du secrétaire US à la Défense n’est pas fortuit : les Iraniens venaient, la veille même, de procéder à l’essai de leur Chahab-3, un missile conventionnel d’une portée de 1 500 à 1 700 kilomètres, capable donc d’atteindre Israël. En outre, quelques jours auparavant et à la demande des Américains, le même Ilham Aliev avait longuement abordé la question avec le chef de la République islamique Mohammed Khatami. Téhéran n’a jamais caché sa détermination à aller de l’avant dans son programme. Le 12 juin dernier, le ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi convoquait une conférence de presse pour notamment affirmer :« Le monde doit nous accepter au sein du club des puissances nucléaires. » Certes, mais toute la question pour les membres de ce cercle – de moins en moins fermé, est-il permis de noter – est de savoir s’il s’agit, pour un pays jadis inscrit par Washington sur la liste des États membres de « l’axe du mal », de se doter de centrales à usage purement civil ou de l’arme absolue. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que l’insistance mise par Tel-Aviv à tirer la sonnette d’alarme à chaque essai iranien est pour beaucoup dans l’appel américain à la mobilisation face aux dangers potentiels encourus. Le contrat de coopération signé avec la Russie prévoit l’installation à Bouchehr d’une centrale nucléaire, pour un coût de 800 millions de dollars. Dans le même temps vient de reprendre la construction d’installations servant à produire de l’uranium enrichi. Des scientifiques ont tenté de calmer les appréhensions de l’Occident, faisant valoir que si les Iraniens disposent déjà de 160 centrifugeuses, il en faut 2 500 pour mettre au point une bombe. Mais il y a six mois, les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique découvraient, lors d’une visite des lieux, qu’un site proche de la capitale avait été prévu pour recevoir dès l’an prochain 5 000 de ces centrifugeuses. L’autre risque possible est que Abdel Kader Khan, le « père » du programme pakistanais, ait cédé aux Iraniens une partie des secrets en sa possession, tout comme il l’aurait fait, dit-on, pour la Corée du Nord. Précisément, Pyongyang continue, imperturbable, à développer son programme d’armes au plutonium, nullement effrayé par les sanctions en vigueur depuis vingt mois. L’Amérique ne s’en émeut pas outre mesure, comme elle le fait pour le régime des mollahs. Pourquoi ? Parce que la péninsule coréenne n’inquiète que fort peu le monde autrefois dit libre en raison des multiples problèmes auxquels le pouvoir y est confronté et notamment d’une famine qui décime la population. Au Moyen-Orient par contre, il existe un risque réel de voir le gouvernement Sharon déclencher une attaque « préventive » contre les sites nucléaires iraniens, comme ce fut le cas en juin 1981 contre les installations d’Osirak. La conséquence immanquable, on la voit aisément : une conflagration qui embraserait la région tout entière, diviserait le monde en deux camps distincts et assurerait un supplément de charbon aux soutiers chargés d’alimenter les chaufferies du navire terroriste. On n’en est pas encore là, fort heureusement, même si les deux camps multiplient les menaces, entrecoupées il est vrai de subtils appels à la raison. Chacun sait jusqu’où, selon la formule consacrée, il peut aller trop loin sans risquer de saper les fondements du délicat équilibre actuel. C’est qu’il y a aussi l’ombre tutélaire pour l’un, menaçante pour l’autre, du Grand Frère – ou du Grand Satan, c’est selon – qui s’apprête à désigner son timonier pour les quatre années à venir et dont il convient de ne pas perturber la campagne électorale. N’est-ce pas qu’un seul Irak suffit ? Christian MERVILLE

Donald Rumsfeld est inquiet et il a voulu le dire à Bakou. « Les nations non seulement dans la région mais dans le monde entier sont profondément soucieuses face à ce qui se passe en Iran. Cela est compréhensible », vient-il de noter après un entretien, en partie consacré au programme nucléaire de Téhéran, avec le président azerbaïdjanais. George Tenet avant lui avait déjà évoqué la question, estimant dangereuse la capacité iranienne à « disposer d’un arsenal complet allant de la fusée balistique à l’enrichissement d’uranium ». Bien entendu, tout rappel, en la circonstance, au fâcheux précédent des armes irakiennes de destruction massive et d’arsenal biologique serait mal venu… Le choix de la date et du lieu pour la déclaration du secrétaire US à la Défense n’est pas fortuit : les Iraniens...