L’Arabie saoudite s’est dit cette semaine capable d’augmenter « immédiatement » sa production pétrolière en vue d’enrayer la flambée des prix, un engagement qu’elle devrait certes pouvoir tenir, mais qui vise avant tout à prouver sa bonne volonté aux États-Unis, selon les spécialistes.
Le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi a affirmé mercredi que son pays était prêt à augmenter « immédiatement » sa production de 1,3 million de barils par jour (mbj) à 10,6 mbj, pour empêcher une pénurie et des prix trop élevés.
« Le royaume est bien préparé pour répondre à tous les besoins des compagnies pétrolières internationales si elles demandent des quantités supplémentaires, en se basant sur une capacité de production excédentaire de plus de 1,3 million de barils par jour, qui peut être utilisée immédiatement, si nécessaire », a déclaré le ministre.
Selon les experts du marché pétrolier, ces propos visaient à freiner l’ascension du pétrole et à rassurer les pays consommateurs, en particulier les États-Unis, qui redoutent de plus en plus les effets de la flambée des cours sur leur économie.
« Il y a évidemment des raisons politiques » dans l’attitude de Ryad, explique un analyste londonien ayant requis l’anonymat.
« L’Arabie saoudite ne veut pas être mal vue par les États-Unis et avec les élections américaines à l’horizon, la dernière chose que souhaite la famille royale saoudienne est un baril de pétrole encore plus élevé », estime-t-il.
Les États-Unis sont les premiers consommateurs de pétrole saoudien. En mai, ils en avaient importé 1,5 mbj, soit plus de 17 % de la production du pays.
Selon les analystes, un pétrole encore plus cher n’est pas non plus dans l’intérêt de l’Arabie, car il affecterait la demande à un moment où l’économie du royaume a plus que jamais besoin des revenus pétroliers pour lutter contre le terrorisme et un taux de chômage de plus de 20 %. Si les déclarations d’Ali al-Nouaïmi ont clairement une consonance politique, les analystes estiment que ce ne sont toutefois pas des paroles en l’air.
« Nous sommes assez convaincus que l’Arabie saoudite peut accroître sa production autant qu’elle le dit, si besoin est assez rapidement », indique Kevin Norrish, analyste à la banque Barclays.
En revanche, beaucoup sur le marché s’interrogent sur la durabilité d’un tel geste, surtout que dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé que l’Arabie disposait de seulement 300 000 barils par jour « utilisables » de façon durable, c’est-à-dire pendant plus de trois mois.
« Il est clair que pour maintenir sa production à 10,6 mbj pendant longtemps, l’Arabie saoudite devra forer davantage de puits, ce qu’elle est capable de faire », estime Peter Kemp, analyste au centre de recherche britannique Energy Intelligence Group. « Le marché est sceptique », affirme Paul Goodhew, opérateur à la maison de courtage GNI-Man Financial. L’Arabie peut peut-être accroître sa production de 1,3 mbj, « mais la question est quand le pourra-t-elle, et plus important encore, que se passera-t-il après ? » se demande-t-il.
« Si les Saoudiens augmentent leur production et les prix restent fermes malgré tout, que restera-t-il ? Il n’y a pas d’autres capacités de production » hormis celles de l’Arabie, poursuit-il.
Sur ce point, un consensus se dégage sur le marché : l’approvisionnement mondial est extrêmement serré et une production additionnelle de 1,3 mbj n’améliore pas beaucoup la situation.
« Ce n’est vraiment pas beaucoup, étant donné les problèmes de production potentiels dans de nombreux pays », dont l’Irak, la Russie et le Venezuela, souligne Kevin Norrish. Et «on n’a même pas encore atteint la période où la consommation est la plus forte», note-t-il.
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