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Actualités - Opinion

LE POINT Mission inaccomplie

Du rêve américain de pacification et de démocratisation de l’Irak, que reste-t-il en ce brûlant mois d’août, alors que flambent les commissariats de police, que croupissent dans d’invraisemblables et introuvables cachettes des étrangers pris en otages, et que, oubliant tous les horribles crimes dont son régime s’était rendu coupable, une partie de la population se prend à regretter presque le temps de Saddam Hussein et de ses spadassins ? Il n’y a rien de spontané dans la flambée de violence qui, depuis quarante-huit heures, à Najaf comme à Mossoul, à Bassora autant qu’à Mahawil, recommence à embraser des fronts vivant (si l’on peut dire...) depuis quelque temps au rythme d’incidents sporadiques et somme toute limités. La coalition, Washington en tête, s’obstine pendant ce temps à voir dans la réactivation du volcan mésopotamien l’empreinte de cette galaxie el-Qaëda, que, pourtant, l’on imaginerait mal faisant cause commune avec les « moukhabarate » de l’ancien régime. Il faut se rendre à l’évidence : la tactique de harcèlement a cédé la place aujourd’hui à un plan que l’on dirait parfaitement concerté, fait d’une succession d’attaques en des points éloignés les uns des autres, alternant avec des crimes crapuleux – à quoi sont venus s’ajouter dernièrement les attentats contre des lieux de culte chrétiens. Le double objectif est clair : d’abord créer au sein de la population locale et aux yeux du monde le sentiment que les occupants se trouvent dans l’incapacité de rétablir la sécurité, près de quinze mois après le fameux « Mission accomplished » de George W. Bush à bord de l’USS Lincoln; ensuite décourager tout nouvel apport à l’entreprise américaine destiné à faire pièce à la présente déstabilisation. Pour l’Administration républicaine, le danger est grand en cette année cruciale de voir lui échapper un second mandat présidentiel dans le même temps que s’installerait dans l’ensemble du Moyen-Orient – soit dans un arc de cercle allant jusqu’à Kaboul – une situation éminemment volatile, propre à bouleverser l’échiquier que les évangéliques de Washington ont entrepris dès leur arrivée au pouvoir de mettre en place. Les combats de ces dernières heures, les plus violents depuis trois mois, ont largement débordé ce qu’il est convenu d’appeler le « triangle sunnite », avivant les craintes de voir l’insurrection prendre pied dans le Nord, où le domicile du chef de l’État, Ghazi al-Yawer, a été la cible de tirs. Simultanément, les partisans de Moqtada Sadr ont proclamé le jihad contre les troupes britanniques déployées dans le Sud, prenant prétexte de l’arrestation la veille de quatre miliciens de l’Armée du mehdi. Des morts sont tombés, les blessés se comptent par dizaines, et un hélicoptère américain a été abattu au cours de la seule journée d’hier. Confronté au risque d’une reprise, sur une large échelle cette fois, d’une guerre demeurée jusqu’alors limitée dans ses objectifs et ses moyens, le régime intérimaire en place semble être à court d’inspiration. Le bilan de la récente tournée arabe d’Iyad Allaoui aura été finalement assez stérile, contrastant avec la chaleur de l’accueil dans chacune des capitales visitées. Pendant ce temps, dans les pipelines, le pétrole ne coule que d’une manière timide. C’est donc sur un fond politico-sécuritaire plutôt trouble que s’inscrivent les critiques du ministre de la Défense contre l’Iran qui viennent de reprendre de plus belle, menaçant le fragile équilibre intercommunautaire en place. Le mois dernier déjà, le même Hazem Chaalane s’était distingué en dénonçant « les ingérences » de Téhéran, destinées, avait-il fait valoir, à « tuer la démocratie », ce qui lui avait valu une riposte cinglante d’Ahmed Chalabi, ancien homme fort du pays, que l’on découvre soudainement dans un nouveau rôle : celui de défenseur de la République islamique. Les fleurs pour accueillir les libérateurs yankees, on attend toujours de les voir ; l’instauration, enfin, de cette sécurité tant promise est régulièrement reportée d’une semaine à l’autre ; l’extension à toute la région de l’exemple irakien semble (fort heureusement) compromise. Et la démocratie ? demandera-t-on. On serait tenté de répondre à cette question en reprenant la phrase célèbre de Chou En-Lai. Quelle aura été l’influence de la Révolution française sur le XXe siècle ? lui avait-on demandé un jour. Réponse du Premier ministre de Mao Tsé-Toung : « Il est encore trop tôt pour en juger. » Christian MERVILLE
Du rêve américain de pacification et de démocratisation de l’Irak, que reste-t-il en ce brûlant mois d’août, alors que flambent les commissariats de police, que croupissent dans d’invraisemblables et introuvables cachettes des étrangers pris en otages, et que, oubliant tous les horribles crimes dont son régime s’était rendu coupable, une partie de la population se prend à regretter presque le temps de Saddam Hussein et de ses spadassins ? Il n’y a rien de spontané dans la flambée de violence qui, depuis quarante-huit heures, à Najaf comme à Mossoul, à Bassora autant qu’à Mahawil, recommence à embraser des fronts vivant (si l’on peut dire...) depuis quelque temps au rythme d’incidents sporadiques et somme toute limités. La coalition, Washington en tête, s’obstine pendant ce temps à voir dans la...