Après les attentats de dimanche contre des églises, la communauté chrétienne d’Irak vit dans la crainte de nouvelles attaques qui pourraient exacerber les divisions religieuses du pays.
« Maintenant, en tant que chrétien, je sens que je suis une cible », déclare Ayad Zaya, âgé de 40 ans et propriétaire d’une usine. « C’est la première fois que cela se passe dans l’histoire de l’Irak », ajoute-t-il, debout à proximité de l’église assyrienne de Bagdad, l’un des lieux de culte visés. « Quand je quitte ma maison, je dis mes prières au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
Dans le quartier de Dora à Bagdad, sur le site d’un des plus meurtriers attentats de la veille, une religieuse du Sacré-Cœur lève les mains vers le ciel, de désespoir : « Ils veulent que les chrétiens s’en aillent d’Irak ! Il faut faire quelque chose ! Nous devons nous protéger ! »
La récente série d’attaques contre des vendeurs d’alcool, la plupart chrétiens, avait éveillé les craintes de la communauté, même si, contrairement aux mosquées déjà frappées par des attentats ces dernières années, les églises avaient jusqu’alors été épargnées. « Les chrétiens ont peur », raconte Imad, un chauffeur de taxi de 30 ans, à proximité de l’église arménienne de la capitale, où les odeurs de caoutchouc brûlé ne se sont pas encore dissipées. « Des personnes ignorantes doivent penser que nous sommes des infidèles parce que nous sommes chrétiens, comme les Américains », ajoute-t-il.
Les Peaux-Rouges d’Irak
Les chrétiens, qui ne représentent qu’environ 3 % de la population irakienne, n’ont jamais joué un rôle politique majeur dans une société dominée par les musulmans. Ils constituent toutefois l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du Moyen-Orient puisqu’ils sont arrivés au Ier siècle après Jésus-Christ en Irak, alors que l’islam n’y a fait son apparition qu’au VIIe siècle.
Leur nombre a depuis largement diminué. Beaucoup de chrétiens ont également fui à l’étranger depuis le début de l’invasion américaine pour échapper au chaos et aux crimes. « Nous sommes les Peaux-Rouges d’Irak », résume Chmael Benjamin, membre du Mouvement démocratique assyrien, un parti politique chrétien. « Nous étions en majorité, aujourd’hui nous sommes en minorité, notre pourcentage se réduit jour après jour dans le pays. »
Adil al-Sabbagh, 64 ans, reste prostré devant l’église assyrienne où il s’est marié en 1970, se rappelle que ses amis musulmans côtoyaient alors les autres invités. « Ils ont attaqué une église, une mosquée, il n’y a rien de sacré pour eux », dit-il, alors qu’un homme balaie les restes des vitraux. « Les personnes qui ont fait ça sont capables de tout. »
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« Maintenant, en tant que chrétien, je sens que je suis une cible », déclare Ayad Zaya, âgé de 40 ans et propriétaire d’une usine. « C’est la première fois que cela se passe dans l’histoire de l’Irak », ajoute-t-il, debout à proximité de l’église assyrienne de Bagdad, l’un des lieux de culte visés. « Quand je quitte ma maison, je dis mes prières au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
Dans le quartier de Dora à Bagdad, sur le site d’un des plus meurtriers attentats de la veille, une religieuse du Sacré-Cœur lève les mains vers le ciel, de désespoir : « Ils veulent que les chrétiens s’en aillent...