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Actualités - Opinion

LE POINT Parcelles d’autorité

L’espace d’un instant, oubliées les postures un peu ridicules qu’il affectionne tant et qui avaient fini par devenir sa seconde nature, son trade mark, diraient ses ennemis ; oubliées les valses-hésitations, les occasions manquées qui, finalement, auront coûté fort cher à son peuple. Oubliée aussi – mais le peut-on ?... – l’inqualifiable : cette guerre au Liban livrée, pour des desseins encore plus inavouables qu’il n’y paraissait, à laquelle les Palestiniens ont voulu être partie et dont ils furent la cause. Ne relève-t-elle pas de la tragédie antique la condition de Yasser Arafat, prisonnier depuis d’interminables mois dans son réduit de Ramallah, ayant tenu tête à tout et à presque tous en quarante ans d’un combat de tous les instants, aujourd’hui forcé de se battre sur plusieurs fronts ? Il y a dans le personnage beaucoup de ce Vieil homme et la mer de Hemingway, ne ramenant finalement sur la côte que la carcasse du poisson géant qu’il avait pêché. Le président de l’Autorité palestinienne continue de représenter, plus que jamais dans le désordre généralisé qui vient de s ’installer dans les Territoires, l’ultime rempart contre l’aventure et l’extrémisme. Accusé de favoriser le népotisme, la corruption et l’opacité par ceux-là mêmes qui s’en étaient fort bien accommodés de longues années durant, le voici maintenant forcé tout à la fois de contrer les assauts répétés d’Ariel Sharon, de prévoir la gestion de la bande de Gaza après le retrait d’Israël et le démantèlement des vingt et un points de peuplement avec leurs 7 500 colons, enfin de tenter de relever le double défi représenté par la démission de son Premier ministre et la révolution de palais dont elle semble avoir donné le signal. Latente depuis son retour en 1994, au lendemain des accords d’Oslo, la rivalité entre la vieille garde exilée jusqu’alors à Tunis, et les Jeunes Turcs emmenés par Mohammed Dahlan a fini par éclater au grand jour. Elle aura été aggravée par le refus à peine déguisé d’Abou Ammar de céder au chef du gouvernement et aux membres du cabinet au moins une partie de ces prérogatives, plus théoriques que réelles il est vrai, auxquelles il s’accroche comme pour compenser la perte des dernières parcelles d’autorité qui lui restaient avant les estocades portées par l’ennemi israélien. Après les enlèvements de responsables de la sécurité et de ressortissants étrangers, les occupations de postes de police, les violentes manifestations de la semaine dernière, une nouvelle preuve de l’anarchie rampante vient d’être apportée avec l’attentat dont a été victime mardi soir à Ramallah l’ancien ministre de l’Information dans le gouvernement de Mahmoud Abbas, coupable de s’acharner depuis deux ans à critiquer le président alors même qu’il siège toujours sur les bancs du bloc parlementaire du Fateh. Inquiets de voir la situation échapper petit à petit à tout contrôle, le Conseil législatif vient, à une majorité écrasante de ses membres, d’exhorter son leader à accepter la démission d’Ahmed Qoreï et à mettre sur pied une nouvelle équipe gouvernementale capable de rétablir la loi et l’ordre. Une démarche qui revêt une saveur toute particulière quand on pense que si le présent cabinet est en instance de départ, c’est précisément parce que son chef n’a cessé en vain de réclamer des pouvoirs qui lui permettraient de lutter – en réalité, on ne voit trop comment – contre l’état d’insécurité. Les Israéliens auraient tort de se réjouir. Ce qui se passe à leurs portes devrait plutôt nourrir leurs inquiétudes et les pousser à s’interroger une fois de plus sur l’étrange propension de leurs dirigeants à multiplier les bourdes au plus mauvais moment. C’est que, aussi, la rivalité entre frères ennemis palestiniens a atteint un tel degré d’exacerbation que la crainte est grande de la voir se transformer en conflit généralisé, susceptible d’atteindre la Cisjordanie où vivent 200 000 colons juifs. La décision de repli prise par Tel-Aviv, encore que tardive, ne peut qu’être bienvenue, même si, en tout état de cause, l’occupation elle-même n’aurait pas dû avoir lieu. Affaibli par l’absurde siège israélien, confronté à une atmosphère de fin de règne, le raïs s’accroche, quitte à se livrer à d’indignes manœuvres politiciennes, reprenant par exemple le matin ce qu’il aura donné la veille, semblant dire, face aux secousses dont il est l’épicentre : « C’est moi ou le chaos. » Et si le chaos, c’était, aussi, lui ?... Christian MERVILLE
L’espace d’un instant, oubliées les postures un peu ridicules qu’il affectionne tant et qui avaient fini par devenir sa seconde nature, son trade mark, diraient ses ennemis ; oubliées les valses-hésitations, les occasions manquées qui, finalement, auront coûté fort cher à son peuple. Oubliée aussi – mais le peut-on ?... – l’inqualifiable : cette guerre au Liban livrée, pour des desseins encore plus inavouables qu’il n’y paraissait, à laquelle les Palestiniens ont voulu être partie et dont ils furent la cause. Ne relève-t-elle pas de la tragédie antique la condition de Yasser Arafat, prisonnier depuis d’interminables mois dans son réduit de Ramallah, ayant tenu tête à tout et à presque tous en quarante ans d’un combat de tous les instants, aujourd’hui forcé de se battre sur plusieurs fronts ? Il y a...