Pollution visuelle
Beyrouth est déjà une ville assez polluée, pour que ne vienne pas s’ajouter une nouvelle forme de pollution que je nomme visuelle. Je m’explique: vous n’avez qu’à vous promener dans les rues de notre capitale pour vous en rendre compte. Des milliers de portraits ornent nos demeures, et il y en a pour tous les goûts ; des petits, des grands, des gros, des maigres, des chauves, des moustachus... (Pierre Perret aurait pu composer une ballade...). Cela devient hallucinant. Chaque lever de soleil amène son lot de nouveaux visages, les colleurs de la nuit ayant accompli leur travail. Mais pourquoi vous acharnez-vous, Mesdames et Messieurs les candidats, à enlaidir notre cité ? De plus, avez-vous demandé l’autorisation des propriétaires de tous ces immeubles ? Je présume que non. Que devient donc votre sens civique ?
Et où sont les responsables actuels de notre municipalité, est-ce cela le visage civilisé de notre ville. Je me plais à me demander si je ne voudrais pas être atteint de cécité temporaire pour éviter cette pollution visuelle.
Dr Riad EL-ALAILI
La liberté des femmes
Gharbyeh, embouteillage. Je suis en voiture. Un jeune barbu qui traverse la route m’aperçoit, s’arrête à ma vitre, s’y penche. Et m’insulte copieusement. Parce que je suis une femme. Et, figurez-vous, j’ai le culot de me promener librement, de conduire...
Mon pays se radicalise. Libertés des femmes qui s’amenuisent, atteintes à la dignité qui se banalisent... Mon identité est assiégée, presque conquise, mes espérances compromises par une société en pleine crise, une sale crise qui s’éternise, qui s’élève tels les remparts d’une prison privée de toute brise. Je voudrais faire mes bagages, en toute franchise. Mais je ne peux pas ; mon cœur n’est pas une banquise. Ou alors, je voudrais m’en foutre. ISESCO, implantation... Rien ne me tranquillise. Ma révolte s’amplifie, tout l’attise. Je veux parler, hurler.. Quelque chose me paralyse. Sur ma liberté de pensée, auront-ils aussi prise ?
Hana HALLA
Démocraties comparées
« La région tout entière danse sur un volcan », a dit monsieur Issam Farès à partir de New York. Si nous comparions la situation régionale actuelle avec celle de 1975, nous pourrions dire qu’elle est beaucoup plus explosive actuellement. Pourtant, le Liban de 1975 y a été attiré comme dans un trou noir et nous en subissons encore les conséquences. Que voyons-nous aujourd’hui ? Le Liban est un des pays les plus stables de la région. Je laisse aux lecteurs le soin de tirer eux-mêmes les conclusions. Tout ce que je peux ajouter, c’est que notre gouvernement a peut-être beaucoup de défauts, mais il nous a sauvés de beaucoup de maux et de malheurs. Ne pourrions-nous pas prendre un peu de temps pour réfléchir à ce qui serait arrivé si nous avions pris les décisions voulues par beaucoup de nos chefs populistes, avant de nous lancer dans des actions inopportunes ? Le Libanais est par nature épris de liberté et de démocratie, et c’est extrêmement bon. Mais un chef d’État doit prendre des décisions raisonnées, dépendant des moyens à sa disposition. Que ceux qui critiquent, réfléchissent au plan qu’ils proposent, aux moyens à mettre en œuvre pour y arriver et à leurs conséquences possibles sur la nation.
Nous sommes encore un des pays les plus démocratiques de la région. On pourrait peut-être faire mieux. Mais pour ce faire, il faudrait être sûr que les moyens à notre disposition nous le permettent, pour ne pas risquer de voir le temple s’effondrer sur nos têtes.
Roger AKL
Au cœur des Libanais
La carte d’identité libanaise n’a plus la même valeur (...) Où sont passés nos droits, nos rêves et nos projets d’avenir ? (...). Personne pour nous aider, personne pour nous soutenir et nous orienter. Par contre, pour écraser nos volontés et nos rêves, et pour nous voler, ils seront toujours présents.
Même s’ils ont planté en nous la haine et la rancune et même si leur conscience est morte, ils ne doivent pas oublier qu’on a édifié le Liban de nos mains et qu’on l’a cimenté de notre sang. Le seul mot qui nous reste : « Liban je t’aime, mais dommage. »
Ils ont anéanti tous nos espoirs et notre patrie (...). Notre seule solution reste l’émigration. On bénéficie au moins de nos droits, de notre personnalité et d’une vie bien menée. On n’aura pas peur de se faire tabasser par des agents de police parce qu’on cherche à gagner notre pain quotidien. Le Libanais quitte son pays en ne gardant que des mauvais souvenirs, mais en n’emportant qu’un seul espoir, ne jamais y retourner.
Fawaz KARIM
Le Liban différent
L’un des problèmes les plus graves que soulève ce courrier reste la sentence de prison que vaut à notre confrère Ibrahim Awad, directeur responsable du quotidien ach-Chark al-Awsat, la publication de la nouvelle, qui s’est avérée totalement infondée, d’un attentat manqué contre le chef de l’État à Monaco (L’Orient-Le Jour du lundi 26 avril).
On ne saurait que se solidariser avec le président de l’Ordre des journalistes, qui a estimé de son devoir, non de s’ingérer dans les affaires de la justice, mais de souligner que des peines de prison devraient être réservées à des crimes ou délits bien plus graves. « Nous ne mettons pas en question une décision de justice, a affirmé Melhem Karam, (...) mais il relève de notre responsabilité d’agir pour épargner aux gens de plume des peines de prison, sauf en cas d’atteinte à la sûreté de l’État, d’incitation à la discorde confessionnelle ou d’autres crimes qui revêtent une dimension nationale. »
La sentence de prison contre Awad fait dire à l’un de nos politiciens chevronnés que le Liban est « un peu moins différent chaque jour ».
De fait, il y a une sorte de régression générale vers le culte de la personnalité qui, sous d’autre cieux, est une méthode de gouvernement. Ce culte a sans doute toujours existé. Il est magnifié aujourd’hui par la généralisation de l’audiovisuel et de l’affichage. Il faut se garder, pour autant, de verser dans la morosité et le défaitisme.
La remarque vaut aussi pour la montée de l’intégrisme. Le Liban dispose encore de ressources culturelles inaltérées et inaltérables et l’on a tort de le considérer comme « un pays fini ». Encore que ce qui fait les nations continue de nous manquer, et que le projet du général Fouad Chéhab, créer un État, attend toujours de se concrétiser.
Fady NOUN
La dette et nous
Il est vraiment étonnant de constater que le ministre des Finances, M. Siniora, ainsi que l’ancien Premier ministre, M. Hoss, continuent à tenir le même langage visant à rendre la solution du problème de la dette tributaire tant de la situation dans la région que d’une meilleure gestion budgétaire.
C’est au contraire la mise en place d’une stratégie de gestion de la dette qui doit précéder la bonne gestion budgétaire, cette dernière étant une nécessité en soi. En effet, ce n’est pas tant le stock de la dette qui est important mais plutôt sa gestion et donc la capacité de l’État à continuer à en assumer le service et à en refinancer les échéances.
L’objectif de la politique de gestion de la dette doit être non pas de la résorber mais de diminuer sa croissance en l’étalant dans le temps et en en diminuant le coût au Trésor. La gestion budgétaire doit s’adapter à cet impératif et ne devrait pas être concernée par la croissance de la dette.
En effet, peu importe que le volume de la dette s’accroisse tant que son taux de croissance diminue et que l’État peut continuer d’en assumer le service.
De même, ce n’est pas tant l’excédent primaire budgétaire, qui semble être un objectif en soi, qui est important dans une bonne gestion budgétaire, mais plutôt la nature de cet excédent. En effet, si cet excédent est réalisé grâce à une surcharge fiscale excessive, ou à la suite d’une réduction drastique des dépenses – et encore, lesquelles – il n’aura pas le même effet qu’un excédent réalisé grâce à la croissance économique qui assurerait de meilleurs revenus au Trésor ou une réduction du gaspillage qui permet l’augmentation des dépenses d’infrastructure. En d’autres termes, un déficit budgétaire intelligent sert mieux la gestion de la dette qu’un excédent primaire comptable.
En ce sens, la remarque de M. Siniora visant à augmenter les revenus du Trésor et reduire les dépenses afin d’enregistrer un excédent primaire qui permettrait de rembourser une partie de la dette est une vision strictement comptable et simpliste du problème.
Jihad MOURACADEH
Les atouts inexploités de Jounieh
J’ai remarqué aujourd’hui, en lisant la rubrique d’immobilier de Gemmayzé que tous les projets immobiliers se faisaient à Beyrouth (Monnot, centre-ville, Gemmayzé, Hamra, Verdun et tant d’autres). Mais les projets tournent autour de Beyrouth en oubliant les autres villes. Spécialement la ville de Jounieh, qui m’a attiré quand j’ai visité le Liban l’été dernier. Cette ville pourrait devenir le Monaco du Liban (un casino, des nights-clubs, un vieux souk charmant, partiellement réaménagé et tant d’autres atouts)-. Sa baie incroyable et la proximité de la mer lui donnent un attrait différent.
La possiblité d’un front de mer accessible à tout le monde et d’un souk réaménagé entièrement, façon centre-ville de Beyrouth, ainsi que l’ajout de quelques routes indispensables en feraient une attraction, une ville de plaisir et d’amusement, de jeu et de beauté, et pourraient attirer plus de touristes au Liban et assurer une croissance à la region de Jounieh qui pourrait profiter aussi du rallye (ATCL) et aussi introduire des festivals, comme ceux de la musique, du film, etc. Ce que j’aimerais voir, et que vous pourriez faire, c’est une rubrique sur l’immobilier de Jounieh et son économie. Cela pourrait attirer l’intérêt des investisseurs qui lisent comme moi L’Orient-Le Jour.
RIBALDI
Imprudence professionnelle
En épluchant le journal aujourd’hui, je tombe sur l’annonce de la condamnation de M. Ibrahim Awad, journaliste coupable de n’avoir pas vérifié son information avant de la publier ; une année de prison pour cette imprudence professionnelle, il n’y a pas de mot pour décrire ma surprise ! Sommes-nous bien au Liban ?
Dans un pays démocratique ? Et cette justice que, moi, étrangère, j’ai le droit de remettre en question, à qui est elle inféodée ? Je précise que je ne connais ce monsieur ni d’Adam ni d’Ève, mais cela a de quoi vous dégoûter à tout jamais de servir son très honorable métier. Bravo à ceux qui le défendent et vive la vraie démocratie !
Jacqueline PETMEZAKIS
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