La signataire de ces lignes a 18 ans. Étudiante en deuxième année de droit, à Tours, elle vit depuis dix-huit ans en France avec ses parents, libanais. Voici ses réflexions, qu’elle nous livre en vrac.
Quand en France je dis que je viens du Liban, on me rétorque : « Oh oui, quel joli pays la Libye. » « Non, le Liban, Monsieur. » Heureusement, il existe des gens encore cultivés, ou plus exactement doués en géographie en ce bas monde. C’est vrai que le Liban ne fait que 10 452 kilomètres carrés. Peut-on donc appeler cela un pays ? Malte est encore plus petit, mais on le considère comme un pays à part entière, il vient même d’accéder au club des 25 de l’Union européenne. Par conséquent, ce n’est pas la superficie qui crée un pays. Mais quoi alors ? En droit international, on considère qu’un État c’est une entité à part entière, qui a une population propre, un territoire avec des frontières bien tracées et sur lesquelles il exerce son autorité. On peut donc dire que le Liban répond à ces trois critères.
Mon but est de faire prendre conscience à la société – sans doute de manière naïve, mais le monde a toujours avancé en rêvant – que les Libanais, les Arabes en général vivent dans l’une des plus belles régions du monde et que, par certains aspects, leur mode de vie fait rêver les Occidentaux. Je ne sais pas si les Arabes en sont conscients, en tout cas les Occidentaux oui : ce sont eux qui viennent acheter au Maroc, en Tunisie, en Égypte, au Liban, en Syrie, en Jordanie nos maisons traditionnelles tombant en ruine pour en faire des palaces. On me dit que c’est la mondialisation, le monde bouge et donc les gens également. Je suis d’accord, mais sommes-nous prêts pour cela à brader nos pays ?
J’entends les Arabes, en l’occurrence les Libanais, déclarer qu’il n’y a pas de travail, que cela ne sert à rien de rester dans leur pays, qu’il vaut mieux partir. Je vis en France, je ne dirai pas le contraire : la France est magnifique, c’est un peuple sympathique et il est vrai qu’on arrive à gagner sa vie quand on est prêt à travailler. Mais ne vaut-il mieux pas rester là où on se sent chez soi, où les gens nous considèrent comme leurs concitoyens, et surtout ne vaut-il mieux pas rester dans nos pays dans le but de les améliorer ? Nous avons beaucoup de cerveaux qui prennent le chemin de l’exode. Pourquoi ?
L’appât du gain, certainement ! Je sais que les pays du Golfe ne sont pas les plus attrayants, mais il s’agit de pays riches avec, en conséquence, un bon niveau de vie, la vie y est agréable. Donc pourquoi partir en Amérique ou dans le Vieux Continent lorsqu’on peut faire quelque chose de bien et dans nos pays. Je disais précédemment que nous avions des cerveaux et que la plupart n’étaient plus au Liban. On ne peut pas leur en vouloir, le véritable coupable, c’est l’État qui n’arrive pas à inciter des capitalistes à venir investir au Liban. Je poursuis à l’heure actuelle des études, dont je veux faire bénéficier mon peuple ; ce n’est pas par antioccidentalisme, au contraire, je dit cela car j’ai l’intime conviction que nos pays ont plus besoin de ces cerveaux que l’Europe ou l’Amérique.
Cependant, le Liban est considéré comme un pays en voie de développement. Commençons donc par le commencement : avoir notre propre agriculture, notre propre industrie et arriver à être productifs et compétitifs sur le marché international. En étant unis, les pays arabes peuvent y arriver. Tout est possible dans la vie, tout change, souvenons-nous : il y a à peine un siècle, l’Empire ottoman était l’un des plus puissants du monde, et regardons-nous aujourd’hui.
S. D.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La signataire de ces lignes a 18 ans. Étudiante en deuxième année de droit, à Tours, elle vit depuis dix-huit ans en France avec ses parents, libanais. Voici ses réflexions, qu’elle nous livre en vrac.
Quand en France je dis que je viens du Liban, on me rétorque : « Oh oui, quel joli pays la Libye. » « Non, le Liban, Monsieur. » Heureusement, il existe des gens encore cultivés, ou plus exactement doués en géographie en ce bas monde. C’est vrai que le Liban ne fait que 10 452 kilomètres carrés. Peut-on donc appeler cela un pays ? Malte est encore plus petit, mais on le considère comme un pays à part entière, il vient même d’accéder au club des 25 de l’Union européenne. Par conséquent, ce n’est pas la superficie qui crée un pays. Mais quoi alors ? En droit international, on considère qu’un État...