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Actualités - Opinion

LE POINT Strapontins pour la paix

Rien n’est plus compliqué qu’une situation toute simple en apparence. Et la confusion est à son paroxysme depuis hier en Israël, où bien habile serait celui qui pourrait dire vers quoi l’on se dirige. Privé de sa majorité, par ailleurs plutôt étriquée, après la défection de ses alliés d’extrême droite, Ariel Sharon a décidé de jouer son va-tout : aux ultraorthodoxes qui n’attendaient qu’un geste de lui, il tend la main, dans le même temps qu’il invite les partisans de son vieil ennemi intime Shimon Peres à s’enrôler dans les rangs du cabinet de coalition en gestation au sein de laquelle il se propose de leur réserver quelques strapontins. L’heure étant à « l’union sacrée » comme à chaque fois qu’une décision de quelque importance doit être prise par l’État hébreu, il n’y a là rien que de parfaitement normal, dira-t-on. À la différence que le mariage, même momentané, de la carpe laïque et du lapin religieux a de quoi en étonner plus d’un, les principales parties concernées en premier. À quoi s’ajoute l’animosité viscérale qu’éprouvent l’un pour l’autre le Front uni de la Torah, invité de la dernière heure, et le Shinoui, déjà allié au Likoud, invités à siéger côte à côte sur les bancs du gouvernement. C’est dire si les discussions qui débuteront dimanche promettent d’être ardues tant paraissent inconciliables les positions. Il est permis en effet de juger étrange une conjoncture sans précédent dans l’histoire du pays. Que l’on en juge plutôt : opposés à la politique de soutien aux colonies de peuplement dans les territoires occupés, les ministres travaillistes quittent avec fracas le gouvernement Sharon dans les derniers jours de l’année 2002. Dix-neuf mois plus tard, les voici disposés, si tout se déroule comme ils l’entendent, à voler au secours de ce même Sharon, qui vient de décider de changer son fusil d’épaule et d’abandonner 21 des implantations établies à Gaza et quatre autres en Cisjordanie. Les choses se compliquent quand on constate qu’au sein du regroupement hétéroclite de partis qui a pris autrefois le nom de Likoud, le Premier ministre est confronté à la fronde de ses alliés d’hier, hostiles à la fois au plan de séparation et à la réconciliation avec Peres. Pour justifier son choix, il pourra toujours rappeler que dans les enclaves en question ne vivent que 7 500 colons, souvent à quelques mètres des Palestiniens – ils sont 1,3 million… –, dépossédés de leurs terres et que, somme toute, le Mur en cours d’édification vaut bien pareil renoncement. Car l’ouvrage en question, lui, fait la quasi-unanimité des Israéliens. Long de 730 kilomètres, après la dernière modification en date, d’un coût de près d’un milliard de dollars, il est appelé à s’étendre du nord au sud de la Cisjordanie ; dans la zone de Jérusalem, il sera plus haut que son modèle berlinois, de sinistre mémoire. La Cour internationale de justice de La Haye – par 14 voix contre une, celle bien entendu du représentant des États-Unis – vient de le juger illégal, alors que la Cour suprême du pays s’est contenté, de recommander timidement la révision de son tracé. Au nom de la droite, Benjamin Netanyahu a tranché : ce n’est rien d’autre, a-t-il dit, qu’une barrière « de protection, qui n’a rien d’illégal » (sic). Pas un mot, bien entendu, sur le fait que c’est la partie la plus fertile de cette région qui se trouve ainsi pratiquement annexée. À l’argumentation spécieuse de l’actuel ministre des Finances et ancien président du Conseil, les Palestiniens répondent : que faites-vous des 200 000 Arabes dont les 132 villages se trouvent pris en tenaille entre cette construction et la fameuse ligne verte censée séparer l’État sioniste de la rive occidentale ? Comment s’empêcher de penser que le fait de renoncer à quelques îlots ici et là n’est destiné qu’à faire passer une entreprise dénoncée par le monde entier, à l’exception de l’Amérique de Monsieur Bush ? On retrouve ainsi ce soutien américain, indéfectible surtout depuis 1971, quand Tel-Aviv, appuyé par Washington, avait rejeté une offre de paix totale du Caire. Aujourd’hui tout comme hier, il s’agit de préférer l’expansion territoriale à la sécurité. Habile, Shimon Peres a fait valoir que la coalition tant espérée devrait reposer sur « le désengagement et la justice sociale ». Omettant toutefois de préciser à quelle partie devrait profiter cette dernière. Christian MERVILLE


Rien n’est plus compliqué qu’une situation toute simple en apparence. Et la confusion est à son paroxysme depuis hier en Israël, où bien habile serait celui qui pourrait dire vers quoi l’on se dirige. Privé de sa majorité, par ailleurs plutôt étriquée, après la défection de ses alliés d’extrême droite, Ariel Sharon a décidé de jouer son va-tout : aux ultraorthodoxes qui n’attendaient qu’un geste de lui, il tend la main, dans le même temps qu’il invite les partisans de son vieil ennemi intime Shimon Peres à s’enrôler dans les rangs du cabinet de coalition en gestation au sein de laquelle il se propose de leur réserver quelques strapontins. L’heure étant à « l’union sacrée » comme à chaque fois qu’une décision de quelque importance doit être prise par l’État hébreu, il n’y a là...