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Actualités - Opinion

Les bruits de la joie

On le croyait désuet, ce traditionnel défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, qui marque l’anniversaire de la prise de la Bastille, citadelle-prison, symbole de l’absolutisme royal, etc. On dit aussi que la parade est décriée par les pacifistes de tout bord, qui voient dans cette manifestation un avatar de la France colonialiste, nationaliste et militariste, alors que l’Hexagone se fond dans le grand puzzle européen. Alors que les Français d’aujourd’hui « font l’amour ensemble et l’Europe de demain », comme disait Brassens. Il faut avouer que le temps des défilés militaires est révolu. La plupart des pays développés, la belliqueuse Amérique exceptée, ont abandonné cette habitude propre aux « pays en voie de développement ». Aux pays qui n’ont pas eu le temps, ni la chance (?), de faire les zigotos. D’exhiber au grand jour leurs attributs virils : missiles, chars, avions et autres armes de destruction massive… Mais si la mode est désormais aux défilés de « top models », aux « love parades » et autres « gay pride », le folklorique 14 juillet, soit dit sans ironie, mérite bien l’attention. Foi de pacifiste, j’irai même jusqu’à défendre ce nouveau symbole de paix, cette belle manifestation de tolérance et d’universalisme. Car les Français ont réussi à faire de cet événement nationaliste l’expression de leur politique d’ouverture, d’intégration et de coopération : tantôt, ce sont les soldats de la Bundeswehr – avec uniformes gris, croix pattées et tout le baratin – qui arpentent, sans complexe aucun, la plus belle avenue du monde, sans qu’un seul Parisien ne leur balance « Mort aux Boches » à la figure. Tantôt ce sont les « Âbid » marocains, de la garde royale chérifienne, qui ouvrent le bal sans aucune arrière-pensée. L’empire colonial français ? c’est du passé ! Hier, c’était au tour des grenadiers de la reine et autres tommies de précéder les élèves de Saint-Cyr et les légionnaires, malgré le souvenir lointain, mais vivace, du martyre de sainte Jeanne d’Arc. À quand des manifestations pareilles dans notre région meurtrie, dans notre Moyen-Orient en proie à l’occupation et aux exactions israéliennes ? Car, toutes proportions gardées, inviter les Marocains, les Allemands et les Anglais à Paris, c’est comme si les troupes syriennes paradaient à Tel-Aviv, et les soldats israéliens, côte à côte avec les Pasdaran, à Téhéran. Peut-être nous faut-il attendre encore cinquante ans avant d’entrevoir l’esquisse d’une coopération régionale dans une zone de paix et de prospérité. Peut-être nous faut-il moins de temps, mais plus d’hommes, de visionnaires surtout. Des Monnet, des Schuman, des de Gaulle et des Adenauer… pour remplacer le bruit des bottes par un hymne à la joie. Roger BARAKEH
On le croyait désuet, ce traditionnel défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, qui marque l’anniversaire de la prise de la Bastille, citadelle-prison, symbole de l’absolutisme royal, etc.
On dit aussi que la parade est décriée par les pacifistes de tout bord, qui voient dans cette manifestation un avatar de la France colonialiste, nationaliste et militariste, alors que l’Hexagone se fond dans le grand puzzle européen. Alors que les Français d’aujourd’hui « font l’amour ensemble et l’Europe de demain », comme disait Brassens.
Il faut avouer que le temps des défilés militaires est révolu. La plupart des pays développés, la belliqueuse Amérique exceptée, ont abandonné cette habitude propre aux « pays en voie de développement ». Aux pays qui n’ont pas eu le temps, ni la chance (?), de faire les...