Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Percer l’opacité

Dans l’interview retentissante accordée au quotidien ach-Charq du 4/6/04, le président Hraoui a pratiqué une percée appréciable dans l’opacité officielle, traitant avec verve de sujets considérés jusque-là comme tabous. Cela nous permet de remonter à un événement important, mais volontairement passé inaperçu : Entre le 3 et le 6 juin 2002, s’est tenue la IVe Conférence internationale sur les économies et les finances du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle a choisi Beyrouth comme site, ce qui nous fait honneur (voir L’Orient-Le Jour du 8/6/02). Le rapporteur est une autorité internationale, professeur à l’Université de Wartburg (USA), consultant auprès de la Banque mondiale et auprès de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement, et son nom a une consonance bien libanaise : Rock-Antoine Mehanna. Le rapport reproduit des tableaux statistiques de la Banque mondiale dont il ressort des choses qui devraient susciter une sérieuse inquiétude, si l’on veut se donner la peine d’y réfléchir, notamment ces quelques points : 1) entre 1992 et 1999, le chiffre des effectifs militaires a fait un bond de 37 000 à 58 000, soit 56 % en 7 ans, ou 21 000 soldats supplémentaires à entretenir par le contribuable libanais ; 2) les dépenses militaires accaparent 4 % de notre revenu national brut (RNB), « alors que la moyenne mondiale s’inscrit autour de 2,3 » ; 3) paradoxalement, et « pendant la même période, alors que les pays du monde entier ont effectué des coupes importantes dans leur budget militaire, et ont procédé à des réductions dans leurs personnels affectés à la défense, le Liban a continué à accroître son budget militaire et à enrôler plus de soldats ». (Remarquons que, depuis l’année 1999 citée, il est impressionnant de voir le nombre croissant de candidats se bousculer devant les guichets d’enrôlement, attirés par la perspective d’un emploi « juteux »). Il semblerait que quinze ans de guerre et de ruines uniques dans l’histoire nous aient dépouillés de toute faculté de réflexion : nous avons navigué à contre-courant pour continuer à nous armer à un rythme de folie. Ce qui paraît confirmer cette hypothèse, c’est que le 12/6/02, soit 4 jours après le compte rendu de cette conférence internationale, L’Orient-Le Jour publie un communiqué du commandement de l’orientation commençant par cette déclaration lapidaire : « Les informations évoquées par M. Mehanna n’ont aucun fondement. » Quelles informations ? Mais parbleu ! Celles puisées dans les publications de la Banque mondiale, le World Development Indicators (NY Oxford Press). Un tel communiqué semblerait dire : « Sachez, monsieur Mehanna, que nous n’accordons aucun crédit à votre rapport. Peu nous importe la Banque mondiale. Avez-vous enfin compris qu’il y a des affaires dont vous ne devez pas vous mêler ? » On pourrait ajouter : « Et le tour est joué », comme dans la plupart des affaires de l’État... Aucun responsable ne s’est alors intéressé aux questions soulevées par la IVe Conférence internationale sur les économies et les finances du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, laquelle, pourtant, s’est tenue sur notre propre sol. Albert SARA
Dans l’interview retentissante accordée au quotidien ach-Charq du 4/6/04, le président Hraoui a pratiqué une percée appréciable dans l’opacité officielle, traitant avec verve de sujets considérés jusque-là comme tabous.
Cela nous permet de remonter à un événement important, mais volontairement passé inaperçu :
Entre le 3 et le 6 juin 2002, s’est tenue la IVe Conférence internationale sur les économies et les finances du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle a choisi Beyrouth comme site, ce qui nous fait honneur (voir L’Orient-Le Jour du 8/6/02). Le rapporteur est une autorité internationale, professeur à l’Université de Wartburg (USA), consultant auprès de la Banque mondiale et auprès de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement, et son nom a une consonance bien...