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Actualités - Opinion

Le Point Logique de guerre

À vingt-quatre heures d’intervalle, le ministre des Affaires étrangères puis le chef du gouvernement irakiens ont relayé l’accusation, assortie d’une menace à peine voilée, que les États-Unis n’ont cessé de formuler ces derniers mois : la Syrie et l’Iran soutiendraient les insurgés de Falloujah, Kirkouk et Najaf. Il est vrai que le flamboyant Hoshyar Zebari s’était empressé, un rien candide, de reconnaître dans les colonnes du Sunday Telegraph : « Nous ne savons pas pourquoi ils le font. » Iyad Allaoui pour sa part aura été plus... diplomate, insistant sur la nécessité que cessent les infiltrations aux frontières. C’est ainsi, et les maîtres queux penchés sur le chaudron moyen-oriental devront peut-être se résoudre à modifier leurs savantes recettes pour l’Irak de demain. En constatant que, tout comme le cœur, la haute – et moins haute – politique a des raisons que la raison ne connaît pas. Car comment oublier, d’une part, que, des années durant, une lutte sourde avait opposé les deux ailes du Baas, chacune estimant être l’unique détentrice de la stricte orthodoxie aflakienne ; d’autre part, qu’entre 1980 et 1988, Bagdad et Téhéran s’étaient affrontés dans une terrible guerre qui avait fait des centaines de milliers de victimes et détruit deux économies qui ne devaient jamais s’en remettre. C’était l’époque où Saddam Hussein encourageait les opérations des moudjahidine de Massoud Radjavi contre le régime islamique iranien dans le même temps qu’il échangeait avec Hafez el-Assad accusations et menaces. La contradiction est venue d’un haut gradé, proche de Donald Rumsfeld s’il en est. Hier encore chef du corps expéditionnaire américain, le général Ricardo Sanchez n’est pas homme à mâcher ses mots. « L’insurrection, vient-il de confier à un quotidien français, est constituée d’éléments qui, en rupture de ban avec la société, n’ont d’autre but politique que la restauration d’un régime de brutes. » Et ce serait au secours d’un tel régime que voleraient aujourd’hui Syriens et Iraniens – ces derniers venant, par ailleurs, de faire part de leur intention de déposer une plainte contre le raïs déchu devant le Tribunal spécial chargé de juger les hommes de l’ancien régime pour crimes contre l’humanité. Dira-t-on que tous ces propos font un peu désordre que l’on ne risquerait pas d’être contredit par les faits. Le chef de la diplomatie irakienne n’en évoque pas l’éventualité, mais ses dernières allusions à l’hostilité de « pays voisins » font écho à la campagne de l’Administration Bush, qui va crescendo depuis quelques mois, contre l’Iran et la Syrie. De là à penser que chacun est en train de fournir à l’autre des prétextes pour rapprocher un peu plus encore la région du gouffre au bord duquel elle se trouve, il n’y a qu’un pas, que certains se sont empressés de franchir avec une bien suspecte allégresse. C’est que, le transfert de pouvoirs remontant à une semaine déjà, cette fameuse et tant attendue normalisation continue de se faire attendre. Plus inquiétant encore : attentats et actes de sabotage se multiplient dans le même temps que croît l’impatience d’une population dont certaines franges (les chômeurs, les jeunes) sont tentées de basculer dans le camp des légions de Zarqaoui que compte le pays. Au point qu’entre le Tigre et l’Euphrate, est en train de se créer un nouvel Afghanistan, d’où essaimera demain ce terrorisme qui déjà effraie un monde de moins en moins libre. Commentant la situation, l’ancien conseiller de la Maison-Blanche en matière de lutte contre le terrorisme, Richard Clarke, n’hésite pas à qualifier George W. Bush de sergent recruteur d’Oussama Ben Laden. Doublé, pourrait-on dire, d’un Gribouille des temps modernes. Ainsi, la dangereuse spirale se refermerait sur le président yankee. Auquel on serait dès lors tenté d’appliquer le slogan de la chaîne US Pottery Barn : « You break it, you own it. » (Si vous brisez une poterie, vous devez l’acheter). Il n’y aura pas d’enlisement, a prédit Sanchez – lui encore. Bien évidemment, l’Irak n’est pas le Vietnam. Mais comment s’empêcher de trouver entre les deux une troublante similitude ? Christian MERVILLE
À vingt-quatre heures d’intervalle, le ministre des Affaires étrangères puis le chef du gouvernement irakiens ont relayé l’accusation, assortie d’une menace à peine voilée, que les États-Unis n’ont cessé de formuler ces derniers mois : la Syrie et l’Iran soutiendraient les insurgés de Falloujah, Kirkouk et Najaf. Il est vrai que le flamboyant Hoshyar Zebari s’était empressé, un rien candide, de reconnaître dans les colonnes du Sunday Telegraph : « Nous ne savons pas pourquoi ils le font. » Iyad Allaoui pour sa part aura été plus... diplomate, insistant sur la nécessité que cessent les infiltrations aux frontières.
C’est ainsi, et les maîtres queux penchés sur le chaudron moyen-oriental devront peut-être se résoudre à modifier leurs savantes recettes pour l’Irak de demain. En constatant que, tout...