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Les lecteurs ont voix au chapitre

À la merci des francs-tireurs La controverse sur les panneaux publicitaires alimente le courrier de la semaine et fait l’objet d’une tribune de Jean-Claude Boulos, président mondial de l’IAA. La controverse a au moins trois volets, le premier est d’ordre éthique et concerne le respect, par les agences de publicité, des principes de la moralité publique, qui sont variables d’une société à l’autre. La controverse n’est pas nouvelle, et la proposition de création d’un Bureau de vérification de la publicité semble la formule idéale pour régler cette question. « À l’IAA et au syndicat des agences, nous avons toutes les données qui nous permettent d’exercer une autodiscipline, ce qui interdirait à des francs-tireurs (c’est d’eux que vient tout le mal) de créer des publicités qui nous valent les recommandations de certains milieux religieux », dit notamment Jean-Claude Boulos. La prolifération des panneaux publicitaires pose également, à sa manière, le problème d’une société de consommation où le bien-être se substitue à l’être et où l’homme n’est mesuré qu’à sa valeur économique, indépendamment de toute échelle de valeurs. Le courrier de Georgette Medawar s’en fait avec éloquence l’écho. Enfin, les panneaux posent souvent une question esthétique, comme le souligne Zeina Fallaha. Leur nombre et leur installation ne semblent plus répondre à un critère, et tout se fait aux dépens du bon sens et de la protection du paysage. Fady NOUN Cécité et politique Dans un documentaire, un aveugle raconte sa cécité (Quai des brumes, film de Marcel Carné, réalisé en 1938). Au début, il avoue qu’il avait peur. Peur de se déplacer seul, de marcher seul dans la rue. Puis avec le temps, les habitudes se forgent, l’itinéraire entre son lieu de travail et son lieu de résidence s’imprime dans ses sens. À force de persévérance, cet itinéraire, d’abord synonyme de cauchemar, devient pour lui une sorte de sillon lumineux d’une intensité sans pareil. Ce parcours est tout pour lui ; il le connaît dans ses moindres détails, dans ses moindres sensations. Mais hormis ce chemin, il ne connaît rien ; le néant, le vide, le chaos sûrement l’attendent au moindre faux pas. Il dit que longtemps, il y a réfléchi, et que longtemps, cela l’angoissait de penser qu’au-delà de ses frontières personnelles, il ne connaissait rien et n’avait de pouvoir sur aucun autre élément. Mais, ajoute-t-il, cela lui a beaucoup appris sur la politique. Même si l’homme d’État est difficilement en mesure de changer le monde, il peut, pas à pas, rendre le monde meilleur. Pas à pas, à tâtons parfois, il peut toujours tenter de se surpasser pour métamorphoser, ne serait-ce qu’une part de malheur en un bonheur infime. Comment alors s’empêcher de songer aux individus qui détiennent le pouvoir et qui, loin de souffrir de leur cécité et d’essayer de la transcender, s’y vautrent pour mieux en savourer les brumes et les obscurités ? Lélia MEZHER Paris Recettes de Liberté À toutes les Libanaises qui font si bien la cuisine, mais aussi à toutes celles qui n’en ont jamais fait, une recette qui aiguisera les papilles gustatives de nos gourmands de Liberté, en attente, qui salivent ! Jeunes filles apprenez la leçon, fiancées essayez la recette, mamans à vos tabliers pour préparer à vos enfants le délicieux plat au goût de Liberté ! Ma recette est très simple, semez dans votre jardin cette plante oubliée, au goût si suave, si doux pour les initiés! Prenez-en grand soin, elle est si fragile. Elle s’appelle « Liberté » ! Cultivez la Liberté d’abord dans votre jardin secret, laissez passer une saison, puis faites-lui une place sur votre balcon, loin des courants d’air nocifs. Protégez la jeune pousse avec l’ombrage de vos cils, entourez-la de votre tendresse, laissez la Liberté fleurir, ses fruits mûrir. Arrosez-la de la rosée fraîche de ces matins de printemps, larme par larme ! Semez ses graines dans tous vos parterres, rempotez chaque saison ! Exposez-la au soleil du ciel radieux du Liban, elle y a toujours puisé ses forces ! Laissez éclater sa splendeur aux premiers jours d’été, heureuse elle est d’étirer ses racines dans ce sol bien-aimé ! Cueillez-la délicatement, le soir, quand la brise se veut fraîche, quand les cigales enrouées interrompent leur chant. Vous pouvez l’utiliser sans modération dans toutes vos préparations. Elle ajoutera à tous vos mets une saveur exquise. Elle est de tous les festins, sait se faire sucrée, salée, amère ou acide. Les mains qui la manipulent doivent être expertes et adroites, la Liberté a besoin de soins très particuliers, il lui faut du tact et beaucoup d’égards. La Liberté est un ingrédient de valeur inestimable, qui saura en temps voulu vous requinquer, vous redonner une jeunesse, c’est une épice magique. Faites-en découvrir les bienfaits à votre entourage, invitez-les tous à votre table, qu’ils la sentent, la dégustent, ils en seront revigorés. Faites-en de la « mouné » pendant les soirées d’hiver. Offrez-la par paquets à vos parents à Noël. Parlez-en aux voisines autour d’un café! Échangez la recette. La Liberté n’a pas de date de péremption, gardez-la au frais. Ne pas la ficeler, ne pas la cacher dans le tiroir à souvenirs, laissez-la respirer. Enveloppez-la de dentelles, ou de nœuds de satin, posez-la dans un écrin d’amour, aérée elle est votre trésor, glissez-la sous votre oreiller pour rêver d’elle la nuit, et au matin son arôme de lait et de miel ravivera tous vos sens, vous remplira de bonheur. Enfin, mais surtout, allaitez vos nouveau-nés de ce suc si exquis, de ce nectar merveilleux, nourrissez-en vos enfants vous les verrez embellis, vous les sentirez plus forts, plus fiers, avançant d’un pas plus sûr, la tête haute, déterminés, vers ce Liban Libre où vous savourerez, ensemble, de nouveau, le vrai goût des jours heureux. Suzanne CAMBAR Laïcisme et citoyenneté Je ne suis pas un juriste. Mais j’ai lu avec grand intérêt l’article sur la laïcité et l’opinion de Me Marie-Claude Najem sur la laïcisation du statut personnel. Des lois religieuses différentes empêchent l’union des Libanais dans une même patrie, surtout qu’ils dépendent pour leur statut civil (c’est-à-dire leur vie) de chefs religieux aux intérêts parfois contradictoires. Ces chefs religieux, tout honnêtes qu’ils soient, sont humains et ont des intérêts politiques et financiers différents. Ils ont ainsi des moyens de pression sur leurs fidèles en tout ce qui concerne leur vie sociale. On parle déjà de démocratisation du Moyen-Orient. Le Liban a toujours été pionnier en la matière. Seule une loi civile peut rendre les citoyens égaux et créer une vraie nation. Les deux religions principales du Liban, la chrétienne et la musulmane, n’y sont pas hostiles. Chez les chrétiens, le Christ a dit : « Rendez à César ce qui est à César... » Il a aussi dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Dans le Coran, un verset ne dit-il pas : « La Ikraha fil dine » ou « Pas de contrainte en religion»? Il est temps pour les Libanais de montrer de nouveau le chemin du modernisme et de l’unité à leurs frères arabes et musulmans. Il est vrai que le laïcisme ne veut pas dire la fin du communautarisme politique, mais cela pourrait être un pas vers plus de confiance et d’unité entre les citoyens des diverses communautés. Confiance et unité qui pourraient conduire finalement à un État complètement laïc et unitaire, traitant ses citoyens des différentes religions, genres et races, justement et égalitairement. Ne serait-ce pas là le message de notre pays? Roger AKL Paris Les clés du savoir et le moi au présent Il est coutume qu’au printemps, un congrès de psychanalyse (cf L’Orient-Le Jour du 16 juin) critique les approches des neurosciences ainsi que les tendances thérapeutiques qui privilégient le vécu du patient au présent. Une effusion de mots, de choses dites et non dites est ainsi vainement consacrée à réduire les neurosciences à une approche qu’on accuse d’être réductionniste alors qu’elle continue à révolutionner les domaines du fonctionnement mental et émotif en ouvrant largement la porte à une réflexion sur l’orientation actuelle de la génétique, des sciences humaines et sociales. L’évolution des recherches concernant la réalité cérébrale confirme que les troubles mentaux ne peuvent être uniquement expliqués à travers l’arrogance des mots qui prétendent faire de la souffrance du patient une douleur essentiellement mentale dont seul le thérapeute détient la clé du savoir. La réalité du « moi » au présent est d’abord ce « moi » cérébral qui représente le premier degré de l’apprentissage humain à ses débuts et le premier dans la confirmation de sa régression. Ainsi, la souffrance du patient est d’abord un vécu au présent et notre premier regard sur lui est vers son corps, ses sens et son gestuel. Un savoir individuel à moins d’être stérile est le résultat d’un échange entre deux savoirs où soignant et soigné se rencontrent et se découvrent pour mettre le projet thérapeutique en marche. Enfin, les besoins du patient sont essentiellement ceux d’un organisme en difficulté dont l’expression physique et mentale demeure le croisement de fonctions : cérébrales, physiques et émotionnelles. C’est d’abord et enfin au patient de compter sur la conscientisation de son état afin de réaliser à chaque séance qu’il vit, pense, sent avec lui-même et pour lui-même la responsabilité de mieux se prendre en charge. Joe ACOURY Paysage défiguré : trop, c’est trop Je ne fais pas partie, hélas, de la diaspora. Je ne suis qu’une malheureuse victime de ces horribles panneaux qui défigurent un paysage déjà meurtri par l’invasion anarchique et impitoyable du béton. Comme si la guerre et ses conséquences n’étaient pas suffisantes, voilà qu’on s’acharne sur les quelques malheureux espaces laissés encore libres, et ce dans l’indifférence générale. Dites-moi dans quel pays trouve-t-on des panneaux aussi horribles que dangereux ? (…). Ça suffit ! Je vous en supplie, faites quelque chose. Faites une campagne, une enquête. Se peut-il que nos lois autorisent un tel massacre ? Sans parler de la sécurité des automobilistes. Se peut-il qu’aucun responsable, aucun parti, aucune association, aucun journaliste ne se penche sur la question? (…) Zeina FALLAHA Incroyable mais vrai En feuilletant des archives gardées dans un coin du grenier, je tombe sur un hebdomadaire libanais datant du 1er octobre 1949. On y lit que le cabinet formé par Riad Solh n’est rien d’autre que le cabinet sortant, augmenté de Bahige Takieddine et de Raïf Abillama. Dans le numéro de décembre 1950, on apprend que l’émission de bons du Trésor a suscité le désarroi dans les milieux financiers. Furieux, le ministre Hussein Oueini juge que la conséquence directe de cette émission sera la hausse générale des prix. Dans un autre coin de la page enfin, c’est l’arrivée à l’improviste de Nazem Coudsi, Premier ministre syrien, venu discuter à Beyrouth de l’abolition des barrières douanières. Assiégé par les journalistes, il s’esquive poliment. « Il s’agit de questions intéressant l’avenir de tous les Arabes », dit-il. Aujourd’hui, 55 ans plus tard, incroyable mais vrai, les mêmes événements se répètent. Tous nos gouvernements se ressemblent, les bons du Trésor ne cessent de faire des ravages et nos frères restent courtois et polis quant à l’abolition des barrières de tous genres entre les deux pays. Antoine SABBAGHA Publicités suggestives : le paradoxe à son comble Tous les pays du monde se posent la question : « L’affichage du corps de la femme en fait-il un objet sexuel, un objet de désir ? » Le débat est vaste et les réponses sont diverses. À chacun son interprétation. Les féministes crient au scandale, les machistes traitent ces dernières de tous les noms. D’autres diront « faites l’amour pas la guerre », et c’est vrai que si des images d’un couple enlacé choquent plus que des images de guerre, on est en droit de se demander qu’est-ce qui est préférable pour nos enfants ? Mais soyons réalistes: toutes les femmes veulent être belles, soit naturellement, soit artificiellement. Cela me semble très normal. Chaque mari se félicite d’avoir une femme ravissante et toute personne aime plaire. Dire autre chose serait une ineptie. Que les publicistes s’en servent est un autre débat. Mais qui est coupable ? Les producteurs ou les consommateurs qui se laissent influencer ? Bien sûr, au Liban, le paradoxe est poussé à l’extrême. J’avoue que durant mes voyages je n’ai pas vu autant de publicités suggestives. Par ailleurs, il est étrange de constater qu’au fil des années certaines femmes se découvrent pendant que d’autres se couvrent. Mais quelle est l’attitude raisonnable ? Pourtant, au Liban, le vrai problème n’est pas là. Il est sur le bord de la route (comme il n’y a pas de trottoir...). En effet, de plus en plus de jeunes femmes proposent leurs charmes, ne soyons pas hypocrites, elles ne sont pas toutes des pays de l’Est. Il s’agit souvent de vraies libanaises. À qui la faute ? Une chose est sûre : elles ne sont pas là pour le plaisir. Quand un pays voit la prostitution se développer, c’est que ce pays est dans la misère économique mais aussi morale et là, les responsabilités sont connues. Y. KERLIDOU Jal el-Dib Priorité au bon déroulement du brevet ! Les épreuves du brevet coïncident avec celles de la grève générale. Avec Mme Bahia Hariri (présidente de la commission de l’Éducation), je prie la CGTL de veiller à l’aspect pacifiste de cette grève. Le pays est toujours sous le coup de la dernière manifestation. Beaucoup de facteurs incontrôlables entrent en jeu et nous ne pouvons pas nous contenter de promesses (…) Les parents sont donc confrontés à des tiraillements sérieux. Ils sont soumis, ainsi que leurs enfants, à une trop grande instabilité, dans l’indifférence des responsables qui traitent à la légère des problèmes cruciaux (…) De grâce, priorité au bon déroulement du brevet ! (…) Andrée SALIBI Un grand cru libanais La dernière en date des émissions des rendez-vous artistiques de Zahi Wehbé, sur la Future TV, fut différente des autres. Au lieu de présenter un artiste arabisant, les téléspectateurs ont eu droit à un rendez-vous avec un penseur hors norme, à la fois libanais et arabisant. Saïd Akl était là, comme un grand cru, coulant, délicieux, enchantant. À déguster, à découvrir ! Les cheveux ébouriffés, les sourcils touffus, esprit mi-Einstein, mi-Socrate, il grondait de sa voix pourtant mélodieuse et gesticulait de ses mains tremblantes pour mieux panacher son verbe. J’avais l’impression d’avoir devant mes yeux un Beethoven ou un Bach alternant « leato » et « staccato » sur les touches de son clavier pour qu’enfin soit créée la divine musique. Mais Saïd Akl est un autre type de créateur, c’est un virtuose des langues, de la poésie. Et son clavier, ce sont les lettres, les mots, les formules qu’il manipule brillamment. Qui d’autre que lui aurait pu citer je ne sais quelle historien qui considéra Tyr et Sidon comme étant « toute l’histoire » ? Qui d’autre que lui a le courage intellectuel de s’opposer à Freud ? Et de répudier Picasso au nom de la Beauté ? Qui d’autre a la subtilité littéraire pour différencier entre la culture de Mikhail Naïmeh et la poésie de Gibran ? Et qui d’autre que lui a un amour si intense du Liban qu’il embrasse l’Égypte, pour le simple fait que ses pharaons désignaient la Méditerranée comme la « mer Phoenicienne »? Excès, disent les uns. Folie, disent les autres. Non! Saïd Akl a du génie, tout simplement. À 92 ans, vivant au siècle précédent, il est le témoin de tous les siècles et de tous les temps par son érudition et son sens de l’histoire. À découvrir, à déguster! Raëd KOMBARGI Qui réprime le vol des antiquités ? Je suis amateur assidu de tours historiques au Liban. Or je constate de plus en plus de négligence, d’abandon. Je suis surtout témoin du vol systématique de notre patrimoine archéologique national. À Tyr, classé par l’Unesco comme faisant partie du patrimoine mondial, en février 2003, dans le site de la vieille ville, j’ai vu une colonne antique couchée, sciée aux trois quarts, comme par une tronçonneuse. Les pillards n’avaient pu achever leur acte pour l’emporter. Les gardiens m’ont confié que les vols étaient fréquents et qu’ils n’y pouvaient rien ! À Ras-Baalbeck, les restes de la basilique de Sainte-Barbara, qui date du IVe siècle, comprenaient une abside formée de dix rangées de pierres superposées. Il n’en reste que six. Où sont passées les autres? À Nakhlé, non loin de Baalbeck, il existe un petit temple prostyle aux mégalithes bien taillés, substructures bien conservées. À l’intérieur, c’est une décharge nauséabonde où les odeurs des ordures se mêlent à celles de la putréfaction des chats morts. Ce qui n’incite pas les visiteurs à aller plus loin. Les exemples sont, hélas, nombreux. On nous a proposé, pour des montants ridicules par rapport à la valeur des antiquités, des chapiteaux, fûts de colonnes et autres pièces méritant de figurer dans un musée. Mais manifestement, ils semblent destinés à servir à des particuliers comme piètement de quelque table basse de salon, ou pour garnir quelque autre endroit. Dans d’autres pays, toucher à une antiquité est un crime passible de toutes les peines ! Ces vieux peuples, ces vénérables basiliques, etc., bien conservés serviraient à attirer de nombreux touristes. Ils représentent le patrimoine archéologique du Liban. Notre mémoire collective est déjà en péril. Nous la perdons. Faut-il également voir s’en aller ces témoins muets de notre passé ? Pierre A. GEORGIOU Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
À la merci des francs-tireurs

La controverse sur les panneaux publicitaires alimente le courrier de la semaine et fait l’objet d’une tribune de Jean-Claude Boulos, président mondial de l’IAA.
La controverse a au moins trois volets, le premier est d’ordre éthique et concerne le respect, par les agences de publicité, des principes de la moralité publique, qui sont variables d’une société à l’autre.
La controverse n’est pas nouvelle, et la proposition de création d’un Bureau de vérification de la publicité semble la formule idéale pour régler cette question. « À l’IAA et au syndicat des agences, nous avons toutes les données qui nous permettent d’exercer une autodiscipline, ce qui interdirait à des francs-tireurs (c’est d’eux que vient tout le mal) de créer des publicités qui nous valent les...