C’est Pearl Harbor bis. Une bataille sans guerre déclarée. Sans bruit, à l’arme blanche ou à l’arme de jet. Comme ces flèches de Parthe que les arbalétriers aux ordres font voler de part et d’autre de cette ligne de démarcation qui sépare les pouvoirs. Et les présidents.
Dont on attend l’entrée en lice, et en force, directe. Certains Cassandre prédisent ainsi, pour les semaines à venir, une empoignade spectaculaire au top niveau.
Pour le moment, le soin des escarmouches préparatoires est laissé aussi bien aux ténors-stentors, comme Michel Murr d’un côté, Bassem el-Sabeh de l’autre, qu’aux stratèges de la communication en salle et en boucle. C’est-à-dire dans les talk-shows télé ou radio, ainsi que dans les interviews de la presse écrite. Car chaque camp cherche à se gagner la plus large assise populaire. Pour le cas où, comme les décideurs l’ont (à moitié) promis, on laisserait cette fois les Libanais s’expliquer entre eux.
Ce qui est assez amusant, mais en même temps classique, c’est que les protagonistes échangent exactement le même genre d’accusations. Ainsi l’on entend un militant reconductionniste soutenir que les anti recourent à des procédés d’intimidation politique. En martelant le slogan qu’une révision de la Constitution provoquerait une impasse institutionnelle. Voire une implosion du pouvoir et du système. En face, on riposte que les reconductionnistes tentent de passer en force. En répandant la rumeur qu’ils ont l’appui des décideurs. Donc que la partie est jouée, que toute résistance est inutile.
Pour le moment, et alors qu’on les pensait découragés après les précisions d’Assad sur la libanisation de l’échéance, les reconductionnistes surfent sur une vague assez haute. Ce sont eux en effet qui prennent l’initiative en matière d’hostilités. Le même politicien pro précédemment cité, s’étonne ainsi de voir se cabrer contre l’amendement des pôles qui ont toujours clamé la nécessité de réviser la Constitution.
La surprise est encore plus grande, poursuit cette source, quand on s’aperçoit que l’opposition est au cœur du front du refus. C’est pourtant elle, dans un sillage parallèle à celui du président Hraoui dénonçant lors de son mandat les failles de Taëf, qui a toujours insisté pour un rééquilibrage du pouvoir. Cette remarque laisse entendre que par la reconduction on raffermirait l’autorité de la présidence de la République, réservée comme on sait à cette frange chrétienne qui se dit discriminée par Taëf.
Naturellement, en face, on met en doute la connexion de représentativité entre le régime et la rue chrétienne. Ainsi le succès aux municipales de Murr père est attribué à son seul capital électoral personnel, sans lien avec l’idéologie lahoudiste. On ajoute que la rébellion contre les défauts de la Constitution n’est pas l’apanage exclusif de l’Est. Puisqu’à peu près tous les pôles, dont Hariri et Joumblatt notamment, ont toujours fait valoir que le pacte nécessitait forte correction. Pour souligner que si la révision s’impose, dans le fond, elle produirait un effet tout à fait négatif si elle devait être opérée à des fins d’intérêts aussi personnels que ponctuels. C’est-à-dire que ce n’est pas pour permettre la reconduction qu’il faut manipuler la loi fondamentale. Mais pour un pacte national renouvelé, assaini, amélioré. Et libanisé.
Contre cette logique, les lahoudistes affirment que, comme le dit le proverbe, l’occasion fait le larron. Dans ce sens que la question de l’amendement de l’article 49 représente une occasion concrète pour aborder le problème général de la révision, qui pourrait autrement ne jamais être traité. Car, sans support matériel précis, toutes les parties auraient tendance à geler la question, dans la mesure où elles voudraient éviter de se mettre martel en tête. Et de se heurter les unes aux autres. Ils ajoutent que le sens bien compris de l’intérêt national veut qu’on laisse sa chance à la reconduction, qui peut s’avérer comme une nécessité.
Mais s’ils conviennent volontiers de ce point, les anti-reconductionnistes ne voient pas en quoi le maintien d’un statu quo, à leurs yeux négatif pour ne pas dire déplorable, ferait du bien au pays. Pour faire bonne mesure, ils ajoutent que les lahoudistes ont passé six ans sans jamais proposer un changement de système au sein duquel ils étaient douillettement installés. Ce qui signifie que s’ils plaident maintenant pour un tel changement, c’est bien pour des raisons n’ayant rien à voir avec le souci institutionnel. D’autant que la refonte de la Constitution implique de toute évidence cette entente nationale que les partisans de la ligne dite nationale n’ont jamais cultivée.
Philippe ABI-AKL
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Dont on attend l’entrée en lice, et en force, directe. Certains Cassandre prédisent ainsi, pour les semaines à venir, une empoignade spectaculaire au top niveau.
Pour le moment, le soin des escarmouches préparatoires est laissé aussi bien aux ténors-stentors, comme Michel Murr d’un côté, Bassem el-Sabeh de l’autre, qu’aux stratèges de la communication en salle et en boucle. C’est-à-dire dans les talk-shows télé ou radio, ainsi que dans les interviews de la presse écrite. Car chaque camp cherche à se gagner la plus large assise...