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Les lecteurs ont voix au chapitre

Liban, terre de contrastes Oui, le Liban est une terre de contrastes, et cette vérité, le courrier des lecteurs l’illustre abondamment cette semaine. Contraste entre « la beauté retrouvée du cœur de la cité » et une mer « sale et brunâtre ». Contraste entre la richesse de certains quartiers et la misère noire de certains autres. Entre les promesses d’un Liban apaisé et réconcilié, et « la triste réalité » dont certains Libanais, en particulier des jeunes, font l’expérience. Entre la réputation d’hospitalité du Liban, tout à fait fondée, et les visages fermés et qui se présentent souvent à la descente d’avion. Contratse entre une nature généreuse et nos conduites égoïstes et prédatrices. Contraste, et même conflit, entre l’envie de revenir et le désir de partir Les tribunes abordent, elles, des sujets plus vastes. Celui des aléas d’un relèvement des salaires, que la CGTL réclame avec insistance, celui des leçons de la guerre et enfin celui du destin d’un monde arabe dans l’impasse. Fady Noun Sortir de la grande illusion Non, Monsieur Hmayed, la mer n’est pas plus propre au Liban qu’ailleurs, au contraire ! (cf L’Orient-Le Jour du 12 juin, «Colloque sur l’environnement» ). Après 22 ans d’absence, le retour au Liban est assez rude. Au-delà de l’émotion que suscite en moi de retrouver ce pays que j’ai quitté en pleine guerre en 1982, je constate, hélas, que vous n’avez pas su tirer les leçons du conflit meurtrier qui a déchiré le Liban pendant plus de vingt ans. Je salue l’initiative courageuse de la reconstruction du centre de Beyrouth. Au-delà de la beauté retrouvée du cœur de la cité, cette opération était nécessaire pour redonner l’espoir à tout un peuple meurtri par la guerre. Mais pourquoi poursuivre la construction d’une ville nouvelle en remblayant la mer alors que tout reste à faire pour la reconstruction de quartiers entiers où vit jour après jour la majorité des Libanais ? Et à quoi serviront tous ces magnifiques nouveaux hôtels de bord de mer si cette dernière demeure sale et brunâtre. On ne construit pas une réputation de beauté sur les seules apparences. Le touriste a aujourd’hui l’embarras du choix et il préférera l’hôtel de luxe donnant sur une mer cristalline à la plage jonchée de plastique dont on revient les pieds noircis de goudron. Et la piscine ne remplacera jamais la plage de sable fin. C’est une évidence pour l’Européen, l’Américain; alors pourquoi pas pour le Libanais, qui se réjouit pourtant du retour du tourisme d’avant-guerre. Ne le décevez pas. Et ces rivière endiguées, étouffées sous les détritus, véritables égouts à ciel ouvert. Avez- vous seulement pensé à réparer le réseau d’assainissement avant de construire tous ces nouveaux immeubles? Cachez la puanteur des eaux usées sous le béton frais, et tôt ou tard elle réapparaîtra. Pas sous vos fenêtres, mais plus loin, vers les quartiers oubliés où, un jour, la révolte grondera. Mais ne gronde-t-elle pas déjà à Hay el-Sellom ? J’ai bien entendu vos projets de construction de plus d’une vingtaine de stations d’épuration pour 2020 ! Mais à quoi serviront-elles avec un réseau d’assainissement obsolète ? La qualité de l’eau se gagne d’abord dans le sous-sol de chaque quartier, rue après rue, maison par maison. Ne visez pas 2020, faites des projets de proximité, engageant les municipalités et leurs habitants. Ils n’auront peut-être pas le prestige d’un projet national, mais certainement de meilleures chances d’aboutir loin des politiques citadines. Et que dire du gaspillage d’énergie incroyable, dans une ville où la coupure d’électricité est quotidienne ? Ce n’est pourtant pas les sources d’énergie qui manquent entre les rivières inexploitées et le soleil au rendez-vous 300 jours par année. Ne serait-il pas temps d’affranchir le Liban de la tutelle d’un pétrole qu’il n’a pas, et qu’il paie toujours plus cher et plus chèrement? Des montagnes, on ne voit en effet même plus la mer tant le smog est épais sur la ville. Dommage, le Liban a tant de richesses, et pourtant il s’appauvrit faute d’une gestion adéquate. Cela me fait mal, car j’aime ce pays qui m’a accueilli les bras ouverts alors qu’il n’avait rien et que je voudrais tant le voir revivre pleinement en harmonie avec son environnement naturel dans une politique de développement vraiment durable. Christina Meissner Denham, Chargée de communication au département suisse de l’Environnement – Genève La nature réconciliatrice Il est étonnant de constater le nombre de critiques concernant l’état politique, social et économique de notre pays. Beaucoup de remarques sont émises sur ces hommes qui nous représentent et nous dirigent. Mais on accorde très peu d’attention, presque pas, à l’aspect positif de l’environnement naturel du Liban. Ainsi, notre nature demeure intarissable de beauté ! Je vous incite à la découvrir à pied dans ses lieux retirés afin de humer l’air frais à haute altitude, de se délecter de sensations physiques uniques et de l’écouter attentivement. Car, malgré le déséquilibre inhérent au réchauffement planétaire, elle reste un lieu d’apprentissage gratuit de la paix, de l’harmonie et du respect des saisons. Devant le besoin humain universel d’apprendre à cohabiter sagement avec l’autre, je crois que la découverte des espaces verts ainsi que des régions désertiques demeure un pèlerinage nécessaire. Un pèlerinage qui valorise le ciel, le vent, le soleil, la lune, la mer, l’arbre et la montagne comme un conseil de sages pour nos repères de stabilité et de cohérence. Retrouvons l’écho de notre nature humaine avec la nature physique, et dialoguons avec nos sens et notre être afin de réapprendre l’attention, la sensibilité et le respect. Joe ACOURY « Troy », des libertés inadmissibles avec le récit grec On ne peut que se réjouir du grand retour des films spectaculaires basés sur des faits plus ou moins historiques. La vocation principale du cinéma n’est-elle pas à la fois de divertir et d’instruire le spectateur ? Toutefois, il est surprenant de constater que ce sont toujours les films les plus médiatisés et non les mieux conçus qui reçoivent les éloges du public et de la presse spécialisée. Même si nul ne peut contester la réalisation magistrale des scènes de bataille et de duel du film Troy, on peut y relever plusieurs faiblesses affligeantes: dialogues mièvres, clichés sentimentaux, jeu des acteurs insipide (à part l’inégalable Peter O’Toole), et surtout plusieurs libertés hasardeuses prises avec les textes mythologiques. Tout d’abord, le film occulte complètement certains aspects essentiels de l’enlèvement d’Hélène : le jugement de Pâris, le pacte initial entre les rois Grecs, le sacrifice d’Iphigénie… Au contraire, le film se focalise curieusement sur l’histoire d’Achille (serait-ce pour essayer d’exploiter au maximum l’effet Brad Pitt ?), s’attardant longuement sur sa relation avec Briséis qui, elle, est loin d’avoir joué un rôle aussi prépondérant dans l’histoire de Troie. À tel point que les producteurs ont trouvé bon de prolonger la vie d’Achille pour l’inclure dans l’équipe cachée à l’intérieur du cheval de Troie, alors qu’en réalité il mourut bien avant (de même que Pâris d’ailleurs) ! Grotesque ! À ce niveau, « Achille le magnifique » aurait été sûrement un titre plus approprié ! De plus, Agamemnon ne mourut nullement de la main de Briséis (encore elle !), mais de celle de sa propre femme ! Et surtout l’épisode du cheval de Troie (censé être le clou du film) se déroule en l’espace de quelques minutes sans aucune mention du stratagème réellement imaginé. En réalité, tout le génie des Grecs résidait dans la ruse conçue par un certain Sinon, espion chargé de convaincre les Troyens d’introduire le cheval dans leur ville, détail qui n’est nullement mentionné dans le film. On ne peut que regretter fortement que ce film si peu convaincant ait totalement éclipsé le chef-d’œuvre Helen of Troy (sorti seulement en DVD !) qui pourtant le surclasse à différents niveaux : analyse psychologique des personnages, souci du détail, respect des textes mythologiques, équilibre parfait entre l’importance des rôles de chaque personnage, jeu des acteurs saisissant… Comme quoi la médiatisation abusive de certains films ne fait que nuire aux vrais chefs-d’œuvre du cinéma ! Charles NAJJAR Rien qu’une émeute, sire ! Bravo pour avoir traité l’affaire de Hay el-Sellom loin du mythe de toute « complotite » ou « parano-analyse » (…) Pour une fois, l’événement revêt le caractère « normal » qu’il aurait dans un autre pays, celui d’une explosion sociale par-delà les confessions et les partis, les services divers et variés, et les manipulateurs de tous bords! N’était-ce la mort de ces jeunes gens d’un quartier prolétaire par excellence, je serais tenté de dire : « Quelle joie, quel bonheur ! Enfin une explosion sociale !» Des jacqueries des paysans du XVIIIe siècle en passant par les grèves des usines Ghandour, les rébellions des planteurs de tabac du Sud...ou des besogneux toujours au bord de la faillite que sont les chauffeurs de minibus, chaque fois que le peuple libanais a voulu se battre pour ses droits et sa dignité, il se heurte à l’hydre confessionnelle récupératrice et à ses maîtres étrangers, dévoyeurs et manipulateurs de tout sursaut populaire... Alors, bravo et encore une fois merci aux reporters et journalistes qui ont su discerner, derrière le théâtre d’ombres, la lumière de la vérité... E. Beida – Paris Le service militaire et le retour au Liban Mon appel concerne, la loi sur le service militaire. Cette loi est si compliquée que même les consuls et les représentants diplomatiques du Liban à l’étranger n’arrivent pas à en assimiler les articles. Résultat : bien qu’on soit résident (ou même naturalisé) à l’étranger, on perd le droit de rentrer au Liban pour une visite de quelques jours (on a le droit d’y entrer mais pas d’en sortir), et si c’est vraiment urgent, il faut penser à aller en Syrie et essayer de franchir la frontière à la sauvette. Pourtant, la politique de l’État devrait être de favoriser le retour des investissements, des capitaux et des Libanais. K. H. – France MEA : tarifs et attitude à revoir J’aimerais vous exposer brièvement un problème d’ordre national. Vous avez publié un article faisant état du progrès du tourisme au Liban où le nombre de voyageurs, en 2003, serait en augmentation de 40 % par rapport à 2002. Oui, le tourisme est une source de revenus capitale pour l’économie libanaise. Pour encourager le retour des touristes, et spécialement des Libanais de l’étranger, il faut obligatoirement que la MEA facilite les voyages. Or, dans ce domaine, c’est l’arnaque totale. La solution est sans doute de se tourner vers les compagnies aériennes étrangères, dont les prix et l’accueil sont meilleurs. Malheureusement, leurs horaires sont trop pénibles. J’ai planifié de retourner passer les vacances d’été au Liban avec ma famille. Ce fut la croix et la bannière. Accueil arrogant, gens fatigués et méprisants, prix exorbitants. Tout semblait être fait pour nous dégoûter d’un Liban que nous chérissons. Je souhaite que notre compagnie nationale, la MEA, dont nous sommes par ailleurs fiers, revoie ces trois points déterminants : prix, accueil et disponibilité (…) loin de cet esprit hautain qui vous donne l’impressions que vous êtes un intrus et que vous n’avez qu’à suivre. Georges BRAIDI – Suisse Mal accueillie Présenté comme étant un pays chaleureux à l’étranger, le Liban change vite de couleur une fois que les pieds se posent à l’aéroport. À peine descendu de l’avion et parvenu devant les guichets de la Sûreté générale, la chaleur humaine s’estompe, un froid sibérien se reflète autant sur le visage que dans la voix des agents. Pas un mot de français (…) Fatiguée d’un voyage de 12 heures, le bonjour se traduit en ordres dans lesquels se mêlent mesquinerie et impolitesse. Certes, les agents de la Sûreté sont là pour faire régner l’ordre, mais leur attitude devrait refléter les traditions d’hospitalité d’un pays dont les habitants savent combiner travail et bonne humeur. A. L. – France Miss Liban et l’absence de l’État régulateur La campagne lancée par le clergé sur la « publicité pornographique » attire mon attention sur d’autres faits encore plus graves, où l’intervention d’un État régulateur serait nécessaire. La diffusion du programme sur l’élection de Miss Liban dans les pays arabes par la téléréalité devrait nous concerner car le droit de vote est donné à un public non libanais, de culture différente, où la femme est voilée. À ce propos, on devrait surtout leur inculquer les valeurs morales qui caractérisent les Libanais en insistant dans leur choix sur l’intelligence, la beauté intérieure et le bagage intellectuel. La gagnante ne va-t-elle pas représenter le pays du Cèdre ? Andrée Salibi Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Liban, terre de contrastes


Oui, le Liban est une terre de contrastes, et cette vérité, le courrier des lecteurs l’illustre abondamment cette semaine. Contraste entre « la beauté retrouvée du cœur de la cité » et une mer « sale et brunâtre ». Contraste entre la richesse de certains quartiers et la misère noire de certains autres. Entre les promesses d’un Liban apaisé et réconcilié, et « la triste réalité » dont certains Libanais, en particulier des jeunes, font l’expérience. Entre la réputation d’hospitalité du Liban, tout à fait fondée, et les visages fermés et qui se présentent souvent à la descente d’avion. Contratse entre une nature généreuse et nos conduites égoïstes et prédatrices. Contraste, et même conflit, entre l’envie de revenir et le désir de partir
Les tribunes abordent,...