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Actualités - Opinion

Tribune Sur la démocratisation des régimes autocratiques

Michael Young, Farid el-Khazen et Chibli Mallat ont discuté des plans de réformes du Moyen-Orient dans le cadre d’une conférence organisée par l’Observatoire du dialogue interculturel. Loin des polémiques habituelles sur les « plans » américains de réformes pour le Moyen-Orient, les intervenants sont partis du constat que les réformes politiques dans le monde arabe étaient nécessaires aussi bien pour les sociétés arabes que pour le reste du monde. À partir de cette idée, Michael Young a analysé les différentes initiatives et avant-projets américains de réformes, Farid el-Khazen a examiné les dynamiques de réforme politique dans les pays arabes et Chibli Mallat a évalué la démarche européenne de soutien aux réformes au Moyen-Orient. La discussion des principaux plans de réforme touchant à la région était franche, ouverte et pragmatique, loin de tout procès d’intention. Réformateurs convaincus, les conférenciers ne cachaient pas leur exaspération face à l’immobilisme politique et la langue de bois qui entoure la question des réformes politiques au Moyen-Orient. Comme l’a rappelé Farid el-Khazen, alors que l’Amérique latine, l’Europe de l’Est et certains pays d’Asie et d’Afrique ont connu une vague de démocratisation à partir des années 1990, le monde arabe est toujours dominé par un « cartel de régimes autoritaires qui résistent à tout changement ». Que faire face à cette « exception arabe » ? Comment démocratiser des régimes « étanches aux réformes » ? Michael Young se demande comment convaincre les régimes arabes de se réformer alors que cela aboutira inéluctablement à leur renversement. Il faut donc essayer de les contourner, d’entrer directement en relation avec les sociétés arabes. Mais il constate que ces régimes ont instauré une multitude de mécanismes juridiques et institutionnels pour se prémunir contre ce danger (comme le montre le triste exemple de Saïdeddine Ibrahim*). En outre, ces régimes se posent en promoteurs du changement, et ce faisant, détournent tout processus de réforme émanant de leurs sociétés. D’ailleurs, la réunion de représentants de sociétés civiles arabes à l’origine du plan de réforme intitulé le « Document d’Alexandrie » ne s’était-elle pas déroulée sous le patronage du président Moubarak ? Cela n’a rien d’étonnant. Dans leurs discours, tous les dirigeants se disent favorables aux réformes, comme le rappelle Farid el-Khazen. Toutefois, les propositions spécifiques de réformes sont systématiquement rejetées au motif qu’elles sont appuyées par l’étranger, qu’elles doivent attendre le règlement du conflit israélo-arabe et le retrait des troupes américaines d’Irak, ou qu’elles sont inopportunes parce qu’elles conduiraient à la victoire des islamistes. Ces raisons servent de prétextes aux régimes non démocratiques qui cherchent à perdurer coûte que coûte. Il faut donc reconnaître en eux le principal obstacle aux réformes. Ce n’est donc pas « en dialoguant » avec eux que l’on aboutira à la démocratie. « Sans changement au sommet, il n’y aura pas de réformes », insiste Chibli Mallat. Il faut considérer la dictature, enchaîne-t-il, comme un crime contre l’humanité. Face à la paralysie des réformes au Moyen-Orient, comment aborder la question des initiatives et des plans occidentaux ? C’est sous l’angle de leur efficacité et de leur chance d’aboutir à la démocratie que les conférenciers ont choisi de les évaluer. Pour Chibli Mallat, il n’y a pas de différence dans le fond entre le « Document d’Alexandrie » et les différentes initiatives occidentales. D’ailleurs, la dynamique de réformes politiques au Proche-Orient a toujours été liée à l’Occident, même à l’époque des Tanzimat et de la Nahda, comme le rappelle Farid el-Khazen. En conclusion, comme l’exprime Michael Young, le problème avec le plan US n’est pas qu’il cherche à imposer une vision occidentale du Moyen-Orient, mais qu’il pourrait, comme l’indique sa dernière mouture discutée à Sea Island, « chercher à l’éviter à tout prix ». J. C. Nammour Étudiant en droit à Nanterre * Militant des droits de l’homme égyptien arrêté et incarcéré par le régime Moubarak dans une prétendue affaire de fuite de capitaux israéliens.
Michael Young, Farid el-Khazen et Chibli Mallat ont discuté des plans de réformes du Moyen-Orient dans le cadre d’une conférence organisée par l’Observatoire du dialogue interculturel.
Loin des polémiques habituelles sur les « plans » américains de réformes pour le Moyen-Orient, les intervenants sont partis du constat que les réformes politiques dans le monde arabe étaient nécessaires aussi bien pour les sociétés arabes que pour le reste du monde.
À partir de cette idée, Michael Young a analysé les différentes initiatives et avant-projets américains de réformes, Farid el-Khazen a examiné les dynamiques de réforme politique dans les pays arabes et Chibli Mallat a évalué la démarche européenne de soutien aux réformes au Moyen-Orient.
La discussion des principaux plans de réforme touchant à la région...