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Les lecteurs ont voix au chapitre

La convivialité, trésor du Liban Le billet « Blanc-bleu, le seul pétrole du Liban » a plu. Les connaisseurs y auront reconnu la plume de Ziyad Makhoul. Mais il est un autre trésor négligé au Liban, sacrifié sur l’autel de valeurs plus visibles. La pacifique vie commune entre musulmans et chrétiens, un environnement humain et social pour lequel il faudrait dévelpopper une écologie spéciale. Cet environnement est menacé. C’est comme les espèces florales en voie de disparition de Beyrouth, pour lesquelles on va créer un jardin botanique à la forêt de pins. Il l’est par l’émigration, il l’est par la discrimination qui touche l’entrée dans certains secteurs publics, il l’est par l’arbitraire et la corruption qui se manifestent partout où de l’argent est dépensé, partout où l’on voit des fonctionnaires lésés et d’autres acheter des voitures rutilantes et commencer à bâtir une villa. Au fait, sait-on que les employés de l’hôpital gouvernemental de Baabda viennent de se voir signifier, sans autre forme de procès, qu’ils sont à mi-temps et à mi-salaire? Quel rapport? C’est que le pillage du Trésor et la corruption finissent par affecter la convivialité. Les gens désespèrent et abandonnent. Le manque de confiance dans l’équité des responsables conduit des communautés chrétiennes à déserter certains secteurs de l’Administration, devenus chasses gardées. Et le reste à l’avenant. Les projets touristiques, c’est magnifique! Mais la confiance dans le Liban l’est encore plus. Le respect mutuel que nous manifestons pour nos occasions religieuses, le respect du principe de réciprocité: vouloir pour l’autre ce l’on veut pour soi-même, voilà qui est encore mieux, y compris pour le tourisme. Cela produit un peuple plus sûr de lui et une convivialité plus heureuse. On notera que le courrier s’étant accumulé en raison du congé syndical de la Achoura, il est plus fourni que d’habitude. Fady NOUN Marie-Claire , encore elle ! Plusieurs magazines locaux ont repris le désobligeant article du mois précédent sur les femmes libanaises, et s’interrogent à leur tour. Devant l’ampleur de la réaction suscitée, il est peut-être important de préciser que le mensuel français a décidé de publier l’avis d’une Libanaise qui fait remarquer que « beaucoup de musulmanes – qui constituent la majorité de la population – ne correspondent pas à cette image » dépeinte par l’article. Ce à quoi Marie-Claire répond que leur « journaliste s’est effectivement intéressée aux chrétiennes des classes privilégiées ». Comment expliquer une affirmation si maladroite ? L’affaire du voile cause-t-elle en France un sentiment de culpabilité et une impression d’opprimer les libertés des musulmanes ? Est-ce là un moyen de compenser ces mesures ? Il me semble pourtant logique que ces « comportements » sont le fruit d’une éducation et non d’une religion (la plus pulpeuse de nos chanteuses est bien chiite !!). Quoi qu’il en soit, il est désolant de voir certaine presse imprimer avec une telle légèreté des informations douteuses, sans se rendre compte de la responsabilité d’informateur et d’éducateur des foules qui lui incombe, et sans faire la différence – pourtant essentielle – entre une opinion subjective et un reportage. Hala HANNA Une insulte au Liban Après avoir lu l’article sur les femmes libanaises paru dans le magazine français Marie-Claire du mois de février 2004, j’ai tenu à exprimer mon indignation (...) d’autant plus que, dans certains passages, il fait mention d’un médecin qui porte le même prénom que le mien, ce qui peut prêter à confusion (...) Personnellement, je porte un regard respectueux sur la femme libanaise et je considère que le fait de la réduire à l’image véhiculée dans l’article est un tort commis contre la femme libanaise, la société libanaise et le Liban tout entier. Certes, la femme « vierge et sexy » est une image qu’on retrouve dans la société libanaise, comme dans toute autre société d’ailleurs (...) Dr. Ibrahim Y. el-ACHKAR Sannine , espoir d’un avenir meilleur Il y a quelques jours, j’ai eu l’heureuse surprise de lire dans votre journal un article sur un projet touristique appelé Sannine. D’après l’auteur de l’article, ce projet grandiose est l’un des plus importants de la région. D’aucuns savent que le tourisme, de nos jours, ne se limite pas à quelques personnes qui cherchent une montagne paisible sillonnée par des circuits de randonnées. Ce concept primitif du tourisme est révolu depuis longtemps. Le tourisme est devenu une industrie, une science! Études de marché, publicités, investissements et management des ressources ne sont que quelques faces du tourisme moderne. Les États qui se respectent le font avec professionnalisme. Le projet Sannine est capable, s’il est bien géré, de booster l’économie chancelante (sinon agonisante) du Liban. Mme Joumana el-Gharib se plaint, dans votre édition du mardi 24 février, du fait que ce projet détruirait l’environnement et favoriserait un tourisme de masse nocif. Je ne comprends pas. Ce projet laissant la part du lion aux espaces verts, non bâtis, les promoteurs du projet comptent très vraisemblablement l’harmoniser avec son merveilleux environnement. Ce respect étant intrinsèque à sa réussite et n’étant pas une condition imposée aux promoteurs. Attirer les riches touristes qui voudront bien dépenser leur argent chez nous au lieu de le faire en Europe n’est que très louable (...) Dans un pays plus avancé, les dirigeants se seraient empressés d’en garantir le succès. Habib Madi La quadrature du cercle Suite à votre article « Les critères pour le choix d’un président relèvent de la quadrature du cercle », pour que président de la République et président du Conseil s’entendent, il faudrait d’abord que les chefs de deux institutions confessionnelles rivales ne soient pas tous deux de caractère fort. Comme Hariri est un personnage puissant de par sa fortune et ses appuis, il faudra alors que le nouveau président soit faible. Ce qui est contraire au désir des Libanais ou, du moins, des chrétiens; de plus, c’est contraire à l’esprit de la constitution qui veut un équilibre des forces. Malheureusement, cet équilibre des forces a été défini par Taëf comme un affaiblissement des pouvoirs des présidents de la république. De plus, Taëf ne comporte pas un mécanisme institutionnel d’arbitrage entre les trois présidences. Actuellement, c’est la force de caractère du président Lahoud et la confiance dont il jouit auprès des décideurs (comme vous les appelez) qui font qu’il y a une sorte d’équilibre entre lui et Hariri. Essayons d’analyser ensemble les noms des différents candidats possibles et même probables pour voir qui pourrait satisfaire les conditions posées dans votre article. Je suis sûr que dans la situation présente, il n’y en a pas un seul. Un amendement de la constitution est une condition sine qua non de l’indépendance du Liban et de la bonne marche des institutions. avant cela, il est inutile de se fatiguer à rechercher la perle rare qui pourrait satisfaire les intérêts du pays et de ses populations (pluriel voulu). Roger AKL Désamorcée, la bombe Isesco ? La révélation d’une bombe menaçant l’entité libanaise a rempli d’émoi l’opinion. L’Orient-Le Jour du 14 février a publié l’essentiel du texte d’un projet de loi en vertu duquel le Liban sera membre de l’Isesco, l’Unesco islamique, une organisation dont l’objectif principal est de faire de la culture islamique l’axe de tous les programmes d’enseignement dans toutes ses étapes et à tous ses niveaux (...) Le tollé soulevé par cette révélation a amené les autorités à retirer de la Chambre le projet. Mais le proverbe dit: Chat échaudé craint l’eau froide (...) Nous ne serons rassurés que lorsque l’arrêté sera abrogé par un nouvel arrêté publié au Journal officiel. La presse, à qui revient le mérite d’avoir éventé le complot, ne tranquillisera l’opinion que le jour où elle publiera la nouvelle. Dans l’expectative, nous continuerons à nous demander : cette bombe menaçante a-t-elle été désarmorcée ? Albert Sara Question de style Je voudrais appuyer la position de Mme Huguette Aboumrad, qui s’est plainte des interruptions dont sont l’objet, de la part des présentatrices, les participants aux entretiens télévisés. C’est vraiment une frustration pour les téléspectateurs qui souhaitent écouter dans leur intégralité les idées développées par l’interviewé, et ne s’expliquent pas les interruptions gênantes, fréquentes et excessives que se permettent ces présentatrices. Plus graves encore sont les insinuations, les grimaces expressives ou les rires désobligeants qui ponctuent la rencontre. Sauf en cas de dérapage, le présentateur n’a pas à intervenir dans l’entretien, donner son avis personnel ou embarrasser l’invité en insistant sur des points qu’il ne veut pas détailler (...) Il est déplorable qu’une interview puisse se transformer en un film de long métrage. Une vingtaine de minutes doivent suffire pour débattre les questions d’actualité. Bachir Béchara, colonel à la retraite Gloire passagère « Il ne reste plus rien après la fin du show que la chaleur d’un spotlight sur la peau » disait Stella Spotlight dans « Starmania ». Bien des années plus tard, l’opéra rock de Michel Berger est plus que jamais d’actualité... On baigne en pleine starmania... Évidemment, si on se contente de regarder les « prime » et les vidéos des gagnants, on s’imagine que tout n’est que lustres et paillettes à la Star Ac. Mais quand on y regarde de plus près, l’image se brouille. La téléréalité se transforme en télémirage... En effet, tout, tout, tout est étudié au détail près, rien n’est laissé au hasard. Même dans leur vie de tous les jours, les « staracademyciens » sont bâillonnés : il y a les sujets tabous, les sujets qui fâchent, qu’il est strictement interdit d’aborder. La censure n’est pas, hélas, le seul revers de la médaille. Qu’en est-il, en effet, des candidats éliminés, aussitôt retombés dans un anonymat difficile à supporter après la soudaine notoriété... ? Mais que dire donc de tous les candidats recalés au casting et qui enragent devant leur télévision de ne pas se voir reconnaître leurs prétendus talents ? Le chemin pour arriver est semé d’embûches, et même une fois « arrivés », les premiers gagnants restent les producteurs... Quant aux autres, ils travaillent plusieurs heures par jour pour essayer de rattraper des étincelles d’une gloire somme toute passagère... Eh oui, tout ce qui brille n’est pas or. Joumana NAHAS Au bout du tunnel, la lumière ! Merci monsieur le ministre de l’Intérieur, Au bout du tunnel, la lumière. L’application des mesures disciplinaires , la semaine dernière, rue Monnot est la première véritable lueur d’espoir dans nos cœurs. Pour les habitants de cette rue, c’est l’espoir qu’ils pourront bientôt retrouver le sommeil dans le calme et la sécurité. Puisque l’esprit civique ne semble pas inné pour tous, vous vous êtes chargé de l’imposer. C’est une mission de longue haleine. Il reste beaucoup à faire, certes, mais les résultats sont déjà visibles. C’est de cela que nous voulons aujourd’hui vous remercier, Monsieur le ministre, et ce du plus profond de nos cœurs. Pour le comité des habitants de la rue Monnot : Dr Saria Wakim, Ziad el-Hajje, Rony Haddad et Joseph Chaccal Cher journal ! Depuis la Belgique, un jeune avocat garde le contact avec le pays de son père. Et ce, grâce à toi. Depuis la Belgique, il peut lire une « autre » information, un point de vue beaucoup plus précis et plus au fait de la réalité « extra-européenne ». Une information qui n’est pas dirigée par le politquement correct qui sévit dans les médias européens. Pour tout cela, mon cher journal, je tenais à te féliciter et à te remercier. Alexandre Dammous - Belgique Légèreté impardonnable Avec quelle légèreté le Conseil des ministres a présenté ses excuses et retiré un projet de loi qui, à terme, aurait pu transformer le Liban en une république islamique! Avec quelle désinvolture et quel sentiment d’impunité totale des ministres admettent avoir approuvé de manière routinière des projets touchant au fondement même du Liban! Il est vrai qu’ils sont excusables, car des dossiers – notamment celui du cellulaire – touchant au fondement de leur portefeuille accaparaient l’essentiel de leur attention. Et la totalité de leur petit pouvoir. Dr Jean-Jacques Mourad Référendum Je trouve que l’organisation d’un référendum sur la présence des troupes syriennes au Liban, tel qu’évoqué par M. Joumblatt, n’aura de sens que si tous les Libanais peuvent y participer. J’entends par tous les Libanais ceux qui vivent au Liban comme ceux qui vivent à l’étranger, car une partie non négligeable de ces derniers a été forcée de quitter le pays à cause de cette présence. Marc Nassim - France Petites arnaques de la vie quotidienne Depuis queqlues mois, le prix du timbre pour une lettre normale vers l’Europe est passé (sans que personne n’en parle) de 1100 LL de 1750 LL. Le problème n’est pas là. Le problème, c’est que comme les bureaux de la poste n’ont pas encore reçu les timbres de 1750 LL, ils vous font payer 2000 LL tout simplement... Lina Daher Un monde qui m’effraie Si certaines vies décrivent un cercle parfait, d’autres prennent des formes et des directions que l’on ne peut prédire et que l’on peut rarement s’expliquer. J’ai tout juste 17 ans et je vis dans un monde que j’apprend à connaître et qui m’effraie un peu plus chaque jour. Un monde où j’apprends à être. Un monde que je me verrai un jour obligée d’affronter toute seule… « comme une grande », dira-t-on. J’ai 17 ans et l’on vient de m’annoncer une tragique nouvelle : le décès d’une jeune fille de mon âge dans un accident de la route. Une jeune fille qui avait partagé mon enfance et qui, comme moi, n’en était encore qu’à planifier son avenir, sa vie, puisqu’elle n’y avait encore posé qu’un pied. On m’avait pourtant défini la mort. On me l’avait expliquée du mieux que l’on a pu. On s’est sans doute trompé. On m’avait dit que la mort ponctuait la vie d’un être. On avait omis de me dire la cruauté d’une mort qui soulage les douleurs des plus vieux et qui ôte la vie aux plus jeunes en arrachant au monde un soupçon de jeunesse qui aurait, peut-être, pu le rendre meilleur. J’ai 17 ans, la vie devant moi et l’espoir de pouvoir un jour céder à ceux qui viendront me succéder, un monde qui les effrayera moins. En hommage à ceux qui auraient tant voulu, mais dont la mort a freiné la course. En hommage à ceux dont ne subsiste que le doux souvenir, à ceux dont les jours n’ont été que trop brefs et en hommage à tous ceux qui nous ont quittés trop tôt. Comme toi, Nour. Yasmina CHÉBLI Nour À l’heure où le pays expérimente les bienfaits du contrôle mécanique, lubie tombée comme un pavé d’un ciel d’orage ministériel, une jeune fille succombe à ses blessures dans un accident, sous une trombe de pluie d’une froide nuit de février. Notre traître bitume continue de décimer nos jeunes enfants au mépris de nos gouvernants. Hier encore, je concevais le fléau de la route comme une exhibition médiatique, jetée pantelante sur nos petits écrans pour indigner quelques millions de téléphages le temps du spot dramatique. Je l’imaginais telle une courbe exponentielle à multiples variables, se profilant à coups de statistiques et autres stochastiques. Je l’évoquais scientifiquement et me félicitais de l’intégrité de mes proches épargnés par la mince probabilité de l’incident par kilomètre parcouru. Jamais je n’aurais imaginé que le sort frapperait si fort et si près. Jamais je n’aurais soupçonné la fatalité d’affront aussi arrogant que celui d’étouffer un rire si radieux et de clore à jamais des yeux si rayonnants. Jamais je n’aurais vécu tant de révolte face à la facilité incoercible avec laquelle une si douce insouciance sanctionnerait aussi impitoyablement tant d’ingénuité et de candeur. Désormais, l’hécatombe recensée sur nos autoroutes n’aura plus la même connotation. Les courbes et les chiffres auront un visage et un nom, ceux d’une jeune fille de 16 ans. Ceux de Nour... Joseph MANTOURA Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
La convivialité, trésor du Liban


Le billet « Blanc-bleu, le seul pétrole du Liban » a plu. Les connaisseurs y auront reconnu la plume de Ziyad Makhoul. Mais il est un autre trésor négligé au Liban, sacrifié sur l’autel de valeurs plus visibles. La pacifique vie commune entre musulmans et chrétiens, un environnement humain et social pour lequel il faudrait dévelpopper une écologie spéciale. Cet environnement est menacé. C’est comme les espèces florales en voie de disparition de Beyrouth, pour lesquelles on va créer un jardin botanique à la forêt de pins. Il l’est par l’émigration, il l’est par la discrimination qui touche l’entrée dans certains secteurs publics, il l’est par l’arbitraire et la corruption qui se manifestent partout où de l’argent est dépensé, partout où l’on voit des...