Après Paris, New York, Londres, Tokyo et Dubaï, la maison Chloé – qui ne fait pourtant pas son âge! – célèbre ses cinquante ans à Beyrouth, dans le local futuriste de Aïshti Seaside. Dès cet après-midi, quelques privilégiés pourront découvrir, en avant-première, les 25 «looks» qui ont fait Chloé. Une maison de couture à la fois très parisienne et soucieuse d’interpréter les tendances mondiales à sa manière, tout en légèreté. L’exposition sera ouverte au grand public dès demain.
Chloé a été fondée en 1952 par Gaby Aghion, une Parisienne d’origine égyptienne, beauté sombre et esprit bohème. Rejetant la froideur et la raideur de la mode des années 50, elle créa des vêtements doux, attentifs au corps, dans des tissus fins, qu’elle appela le «prêt-à-porter de luxe.» Fait unique pour l’époque, ces vêtements d’une facture parfaite sont tout de suite disponibles en confection. En 1956, Gaby Aghion et son associé, Jacques Lenoir, ont l’idée originale de présenter leur toute première collection au cours d’un petit déjeuner au Café de Flore, lieu fréquenté par les existentialistes et les artistes engagés de cette période. Le nom «Chloé», féminin et plein d’énergie, s’accorde au nouvel élan que connaît Paris: un esprit jeune, audacieux, empreint de liberté.
Ce premier défilé lance véritablement la marque. Afin de s’adapter à une renommée et à une demande grandissante, Aghion et Lenoir décident alors de créer autour d’eux une véritable équipe de style. La découverte de jeunes talents devient la signature, la richesse de cette maison. Dans les années 60, Chloé accueille un groupe de jeunes stylistes qui définissent un prêt-à-porter à l’allure élégante et décontractée, typiquement «rive gauche». En 1965 et pendant près de quinze ans, Karl Lagerfeld est le principal créateur de la maison. Sous sa direction, Chloé devient l’une des marques emblématiques des années 1970 et définit le look d’une génération. Jackie Kennedy et Brigitte Bardot, Maria Callas et Grace Kelly fréquentent toutes la boutique Chloé installée dans le 7e arrondissement de Paris. Les femmes adoptent cette mode raffinée et subtilement colorée, les blouses romantiques et vaporeuses et les longues jupes fluides aux imprimés exclusifs.
Dans les années 80, des stylistes talentueux, dont Martine Sitbon, perpétuent l’image ultraféminine de la maison, un subtil mélange de modernité et de chic intemporel. Le groupe de luxe suisse Richemont rachète Chloé en 1985 et permet à la marque de se développer à l’international. Stella McCartney arrive chez Chloé en 1997. Elle apporte une nouvelle jeunesse, une nouvelle légèreté à la marque. Grâce à une vision sexy et décalée du romantisme, Chloé renoue avec le succès. Les pantalons bas tombant sur les hanches, aux jambes longues et fines, deviennent un «must-have».
Depuis 2001, la nouvelle directrice artistique Phoebe Philo s’inspire de l’héritage et du savoir-faire de luxe de la maison en l’enrichissant d’une touche très personnelle, d’une féminité inclassable: libre, sereine et sensuelle. Le style «Phoebe» est spontané, naturellement sexy; les lignes sont pures et les matières délicates. Elle aime les broderies, les dentelles, mais travaillées avec modernité. C’est l’allure qui est mise en avant, le vêtement révèle la féminité, il ne l’impose pas. Aujourd’hui, tout comme Kelly et Callas l’ont fait avant elles, de jeunes stars, telles que Kate Hudson, Cameron Diaz et Élodie Bouchez, se reconnaissent dans cette nouvelle forme d’élégance imaginée par Phoebe Philo.
Cinquante ans après, l’image de Chloé reste fidèle au style créé par Gaby Aghion: une mode éternellement féminine et sensuelle.
La soirée du 50e anniversaire de Chloé avait été célébrée le 6 mars dernier, à l’endroit même où son histoire a commencé, le légendaire Café de Flore, à Paris. À cette occasion, le Flore avait fermé exceptionnellement ses portes au public pour accueillir la fondatrice de Chloé, Gaby Aghion, Ralph Toledano, le président de Chloé, et Phoebe Philo, la directrice artistique, ainsi que leurs nombreux invités.
DÉFILÉ
Rabih Keyrouz hors du temps
Nous avions parlé dans cette même page de ce petit déjeuner curieux où il ne s’agissait que de petit-déjeuner. Ce n’était qu’un tour de Rabih Keyrouz, comme il doit en avoir des dizaines sous sa mèche rebelle. Il avait fallu faire violence à sa discrétion et à la nôtre pour le convaincre de nous révéler par la même occasion quelques indices de son premier défilé.
De fait, la semaine dernière, le jeune couturier nous conviait enfin à ce fameux événement qui couve dans le silence de ses ateliers depuis quelques mois. Rédactrices de mode, photographes, clientes et habituées n’ont rien perdu à attendre. Dans le sous-sol obscur du Starco, reconverti en music-hall par les soins de Michel Eleftériadès, c’est un véritable feu d’artifice qui attendait le public. Entre chansons françaises et passages de Cabaret, des mannequins d’une beauté et d’une fraîcheur réjouissantes, parmi lesquelles figurait la jeune Laura Baz en robe de mariée prête à l’envol, ont défilé dans une explosion de couleurs acidulées. «Des femmes… et des robes» indiquait l’intitulé de cette collection printemps-été, célébration affectueuse de la femme dans ce qu’elle a de plus gai. Les bijoux, œuvre de Rania Sarakibi, réalisés par Salim Mouzannar, rehaussaient d’humour et de coquetterie des robes à la fois sages et coquines, sérieuses mais sans se prendre la tête.
Entre volants, gilets, corsets, fourreaux, satin, cuir et mousseline de soie, tulle, gazar et taffetas; matelassés, façonnés, brodés, perlés, rebrodés d’or, rehaussés de cristaux ; du rouge au vert anis en passant par le jaune, l’orange et l’or vieilli, le tout entrecoupé d’un long passage en noir pour apaiser des couleurs en pleine récréation; c’est un somptueux exercice de style que Keyrouz a déployé dans un enthousiasme communicatif.
On se souviendra longtemps de sa leçon de couture et du vocabulaire savoureux qui l’accompagne. On n’oubliera pas non plus cette scène de coulisse, extraordinaire, où Keyrouz montrait des épaules et des hanches le bon mouvement. Ce jour-là, en même temps que les robes, on avait vu défiler un esprit de robes. Et l’on n’avait pu s’empêcher de songer qu’il n’était pas donné à tout faiseur d’habiter à ce point le produit de son travail!
Légende
Robert Goossens, pionnier du bijou « couture »
À mille lieues des trésors de la haute joaillerie, le bijou couture offre une ponctuation aux défilés de mode. Dans cet univers de liberté, mêlant le strass au semi-précieux, le nom de Robert Goossens symbolise, depuis des décennies, une certaine excellence française.
Dans le monde éphémère de la couture, les créations de Robert Goossens renvoient au plus ancien objet de luxe de l’humanité: le bijou. Mélangeant le faux et le vrai, chinant ses inspirations au grand bazar de l’Antiquité et du Moyen Âge, de la Perse achéménide aux chapiteaux romans des églises catalanes, celui que la grande Coco Chanel appelait «mon byzantin barbare» est un vrai créateur qui refuse ce titre. Si ses bijoux enchantèrent longtemps les clientes de Chanel et de Balenciaga, s’ils décorent à présent les collections d’Yves Saint Laurent, de Christian Dior, de Thierry Mugler et de Sonia Rykiel, et même si certains d’entre eux ont fait le tour du monde, ces parures sont les œuvres d’un artisan de grand talent, qui refusa toujours de se proclamer artiste.
Né d’un père fondeur dans le quartier des artisans du Marais, au cœur de Paris, Robert Goossens s’initia aux métiers les plus divers: fonderie, joaillerie, orfèvrerie, gravure, estampage... Chaque bijou commandant sa technique, il lui fallait les maîtriser toutes ou les retrouver dès lors qu’elles s’étaient perdues. En 1960, la rencontre avec Gabrielle Chanel bouleversa son existence. «Mademoiselle» s’était prise d’affection pour cet homme simple, dont les mains d’or allaient donner vie, durant vingt ans, à ses fantaisies les plus folles.
Collection après collection, Goossens devint «l’orfèvre de Chanel». Un échange s’établit: l’homme montrait ses projets, Mademoiselle guidait son inspiration. Barrette tressée d’or et d’argent, sertie d’une émeraude; pendeloques de sac à motif «lion-soleil» et «terre-lune»; croix «byzantines» en cristal... Des milliers de femmes ont porté, sans le savoir, ses créations. Les bijoux «barbares», rudes et volumineux, qui achalandent aujourd’hui tant de boutiques, sont les lointains descendants de ses premières créations: nul n’a été plus copié que Robert Goossens... Si la disparition de Coco Chanel l’amena à s’absenter de la couture, l’homme reprit bientôt du service pour Yves Saint Laurent et d’autres grands noms de la mode.
Établis à la Plaine Saint-Denis, au nord de Paris, les ateliers Goossens abritent une cinquantaine de personnes et passent pour les plus performants d’Europe. Les nationalités les plus diverses s’y retrouvent sur un seul mot d’ordre: la compétence. En assurant lui-même la formation de ses ouvriers, Robert Goossens a clairement mis sa réussite au service de la permanence de l’artisanat français.
Ici, la crise de l’artisanat n’a jamais existé. Qu’il s’agisse de réaliser douze mille broches en or pour Dior ou un unique trophée en cristal de roche pour la Fédération française d’escrime, la qualité des bijoux provient d’abord de la qualité humaine. Les tâches les plus diverses s’effectuent dans une franche atmosphère de compagnonnage. Ici, on taille un bracelet dans la masse d’un bloc d’étain. Là, on sculpte la «cire perdue» dans des plaques de silicone. Plus bas, les moules sont apprêtés pour la fonte. Des grappes de bijoux pendent dans des bains d’or.
À chacun de ses voyages, Goossens ne manque jamais de rapporter quelques kilos (voire quelques tonnes) de pierres: saphirs, améthystes, rubis, corail, chalcédoine... Sa préférée est le cristal de roche, qu’il fut le premier à monter en bijou. C’est le genre de pierre délicate et peu coûteuse qui convient aux bijoux couture – de vrais joyaux seraient trop chers à assurer... Ces parures fantaisie furent mises à la mode par Coco Chanel, créatrice paradoxale qui adorait mêler le «riche» au pauvre. Les créations de Robert Goossens allaient dans ce sens. Si la pièce réservée à «Mademoiselle» était en bon or et vraies pierres, les imitations destinées aux mannequins étaient si parfaites que chacun s’y trompait. Tout le style Goossens sort de là. «Je suis le Facteur Cheval du bijou, proclame l’intéressé. Je prends un peu de byzantin, un soupçon d’étrusque, du celte ou de l’égyptien... et j’obtiens mon cocktail Goossens.»
C’est aujourd’hui à sa boutique, sise avenue George V, qu’il réserve ses créations les plus personnelles. Lustre halogène fixé à des branches d’olivier en bronze; couverts «corail» en vermeil; parures barbares en bronze et lapis... Et toujours, ces croix dont il régala tant de grands noms de la couture et qui toutes proviennent d’une pièce unique, offerte par Chanel il y a plus de vingt ans...
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR FIFI ABOU DIB
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Chloé a été fondée en 1952 par Gaby Aghion, une Parisienne d’origine égyptienne, beauté sombre et esprit bohème. Rejetant la froideur et la raideur de la mode des années 50, elle créa des vêtements doux, attentifs au corps, dans des tissus fins, qu’elle appela le «prêt-à-porter de luxe.» Fait unique pour...