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Actualités - Opinion

IMPRESSION French is an asset

Si vous parcourez les petites annonces et les maigres offres d’emploi dans votre quotidien francophone, c’est qu’on vous a fait ça, à vous aussi, de vous donner une « éducation française ». Parce que même dans ces pages, dernier retranchement du français dans notre pays nostalgique, c’est en anglais qu’on vous propose du travail, avec tout de même cette mention sublime » : « french is an asset ». Le français est un atout ! Pardon de vous le dire en français, comme vous je me vautre dans ce leurre. La langue de Descartes, de Balzac, de Zola, celle de Hugo, de Huysmans, de Yourcenar, de Tournier, celle des mots pesés au trébuchet, qu’une lettre, qu’une voyelle dénature et dévoie, cette langue que nous avons en commun et que nous savourons désormais comme un plaisir interdit, on vous dit que c’est un « atout ». Un petit plus qui peut servir, comme d’avoir fait du ballet quand on travaille dans le vêtement, ou d’avoir un joli nez pour vendre des voitures. Et de fait, les petits riens de la vie quotidienne nous le rappellent douloureusement à chaque détour. Que votre distributeur habituel de billets vous remercie, au nom de sa banque, et noir sur le gris de l’écran « d’avoir utulisé (sic) notre DAB » n’entrave pas l’efficacité de la transaction. Vous pensez que c’est tout de même un coup de griffe dans la belle image que votre banque cherche à cultiver, à grand renfort de liftings, de logos pointus et d’un minimalisme recherché dont le message essentiel est justement de montrer qu’on y va droit à l’essentiel. Vous imaginez le courrier du directeur, son « utulisation » pathétique de modèles préenregistrés. D’ailleurs sa secrétaire, qui ne craint plus pour sa manucure depuis l’avènement de l’ordinateur, peut désormais y aller sans vergogne de son correcteur d’orthographe, et tant pis s’il transforme « Rochester » en « orchestre ». Pas besoin d’avoir fait des études pour ça. Vous songez que l’usage des chiffres ne dispense pas de celui, vital, de la langue. Vous avez tort. Ça marche quand même. Il fut un temps où une faute d’orthographe dans un billet doux était un puissant tue l’amour. C’était avant le « texto », chez nous « SMS ». Là, pas de place pour l’accord du participe passé ni pour le pluriel des verbes. Dans cet empire du langage phonétique, les mots, réduits à leurs occlusives ou à leurs labiales, vous rentrent droit dans le vibreur du portable, comme par transmission de pensée. Un « w » pour un « oi », le chiffre «1 » pour tous les « in, ain, ains, » et même les « un », le « 6 » pour « si, ci » et même pour « 6né », ce soir. Mais surtout, surtout, ce « m », lettre fascinante qui porte en elle toutes les émotions, toutes les déclarations attendues, tout l’impossible, tout l’indicible, tout l’ineffable du sentiment amoureux. « M ». C’était bien la peine d’en faire des romans, des poèmes, des dépressions. Il suffit désormais d’appuyer sur la touche « 6 » et de voir venir. Les mots avaient des couleurs. Ils sont réduits à leur valeur. Sans coquetterie, mais aussi sans élégance, sans fioritures, mais aussi sans nuance, le paysage de la communication se fait de plus en plus congru. Si vous cherchez un emploi et qu’on ne vous le propose qu’en anglais, ne jetez pas pour autant votre langue au chat. Un jour reviendra où l’on sera lassé de ruminer la même bouillie verbale. Une envie de saveurs, de tripes à l’ancienne, se fera sentir. Ce sera l’appel universel du goût de l’enfance, la nostalgie d’une cuisine maternelle dont la langue en vain cherchera le parfum. Ce jour là, on ne vous dira plus « french is an asset ».On vous la demandera en français, cette lettre roborative qui enlèvera le contrat. Et si vous possédez comme tout le monde un anglais basique dans vos bagages, ce sera toujours un atout. Il n’est pas encore interdit de rêver. Fifi ABOUDIB
Si vous parcourez les petites annonces et les maigres offres d’emploi dans votre quotidien francophone, c’est qu’on vous a fait ça, à vous aussi, de vous donner une « éducation française ». Parce que même dans ces pages, dernier retranchement du français dans notre pays nostalgique, c’est en anglais qu’on vous propose du travail, avec tout de même cette mention sublime » : « french is an asset ». Le français est un atout !
Pardon de vous le dire en français, comme vous je me vautre dans ce leurre. La langue de Descartes, de Balzac, de Zola, celle de Hugo, de Huysmans, de Yourcenar, de Tournier, celle des mots pesés au trébuchet, qu’une lettre, qu’une voyelle dénature et dévoie, cette langue que nous avons en commun et que nous savourons désormais comme un plaisir interdit, on vous dit que c’est un «...