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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Télectrochocs

Tout un chacun, sans doute, aura été impressionné par les images fortes du retour des prisonniers libanais libérés par Israël, retransmises en direct jeudi soir à la télévision. Et cela n’a absolument rien à voir, bien sûr, avec la concentration sans précédent d’officiels venus rehausser l’évènement de leur ineffable présence, comme pour faire oublier qu’ayant concédé ces affaires-là au Hezbollah, ils sont toujours les derniers informés des escalades militaires à la frontière Sud comme des trêves, arrangements et autres échanges négociés avec l’État hébreu. Mais passons. Ce qui aura frappé les esprits, c’est ce mélange de solennité grave, d’exubérante liesse populaire et de ferveur militante qu’on a pu observer sur fond de marée humaine saluant le retour au bercail de ces fils prodigues de la résistance face à Israël : prodigues non point des deniers paternels comme on lit dans l’Ancien Testament, mais de leur vie, de leur sang, de leur liberté. Voilà qui commande la plus grande admiration, même si nombreux sont les Libanais – nombreux et provenant des communautés les plus diverses – qui ne souscrivent guère aux options politico- idéologiques du Parti de Dieu. Et qui, surtout, ne comprennent pas que la décision de faire la paix ou la guerre, attribut essentiel de tout État digne de ce nom, soit l’apanage d’ une milice notoirement liée à des puissances étrangères, quelque remarquables que puissent être ses états de service. Mais passons encore. Les images de jeudi, tout comme d’ailleurs celles du rapatriement des corps de combattants libanais hier, on se prend à espérer qu’elles ont été vues aussi, sur leur petit écran, par les Israéliens. Qu’elles les ont fait réfléchir, qu’elles pourront les aider à comprendre par quels mystérieux mécanismes tout excès d’injustice peut mener jusqu’au sacrifice suprême, qu’elles les porteront à appréhender enfin l’équation suivante qui est, elle, d’une terrible simplicité : il ne peut y avoir d’occupation sans résistance, de répression sans retour de bâton, de violence sans violence contraire. Israël, en un mot comme en mille, ne peut prétendre tout à la fois à l’expansion territoriale et à la sécurité. Où est-elle donc cette sécurité promise par Ariel Sharon à ses électeurs dont la vie, en effet, n’a jamais été autant menacée chez eux, dans la rue, en autobus, dans les cafés, restaurants et dancings, que depuis qu’Israël a entrepris de vaincre le terrorisme par un terrorisme plus condamnable encore car étant le fait d’un État ? « Journées de larmes », s’obstine à psalmodier la presse de Tel-Aviv qui, à propos de l’échange inégal de jeudi, parle de scandale national et de prime à l’enlèvement de soldats, qui reproche au gouvernement d’avoir lui-même conféré à sayyed Hassan Nasrallah une stature démesurée. D’en avoir fait un nouveau Nasser, le roi des Palestiniens, l’idole du Hamas au grand dam de l’Autorité autonome de Yasser Arafat déclarée incompétente et largement boycottée par Sharon comme par George W. Bush. Il y a mieux à faire cependant que de se lamenter car en l’absence d’un arbitre américain aussi impartial que puissant, seul un vaste mouvement d’opinion en Israël même peut mettre fin à cette éternelle fuite en avant à laquelle semblent s’être voués les gouvernements successifs de l’État juif. C’est alors que l’on pourra se mettre sérieusement à la recherche de cette solution digne, juste, équitable et donc susceptible de venir à bout de tous les extrémismes, de tous les excès, de tous les bains de sang subis aujourd’hui comme une imparable fatalité. Oui, seule la justice pour tous pourra un jour mettre fin à cette mortelle impasse et réduire au silence les prophètes-soldats d’un bord comme de l’autre. Par-delà la classique rhétorique de guerre et en harmonie avec les derniers gestes d’ouverture de ses parrains iranien et syrien, le chef du Hezbollah n’a pas craint de proclamer haut et clair, dans son triomphant discours de jeudi, son respect pour un ennemi brutal certes, mais qui se préoccupe des siens en captivité et des restes de ses morts au point de verser un prix aussi élevé pour leur retour. Puissent les Israéliens avoir bien entendu ce Nasrallah version absolument inédite. Et s’aviser qu’il est grand temps pour leurs chefs de se soucier tout autant des vivants.
Tout un chacun, sans doute, aura été impressionné par les images fortes du retour des prisonniers libanais libérés par Israël, retransmises en direct jeudi soir à la télévision. Et cela n’a absolument rien à voir, bien sûr, avec la concentration sans précédent d’officiels venus rehausser l’évènement de leur ineffable présence, comme pour faire oublier qu’ayant concédé ces affaires-là au Hezbollah, ils sont toujours les derniers informés des escalades militaires à la frontière Sud comme des trêves, arrangements et autres échanges négociés avec l’État hébreu.
Mais passons. Ce qui aura frappé les esprits, c’est ce mélange de solennité grave, d’exubérante liesse populaire et de ferveur militante qu’on a pu observer sur fond de marée humaine saluant le retour au bercail de ces fils prodigues...