Les États-Unis ont commencé à lâcher du lest depuis quelques semaines, en libérant trois adolescents, puis deux Soudanais et un Espagnol, tous détenus à la base américaine de Guantanamo qui compte quelque 660 prisonniers issus de 42 pays. Jeudi, la Grande-Bretagne a annoncé la libération dans les prochaines semaines de cinq des neuf ressortissants britanniques détenus à Camp Delta, tandis que le Danemark va obtenir celle d’un de ses ressortissants. La Russie espère pour sa part que lui seront livrés dans de brefs délais 8 de ses citoyens, après la signature fin 2003 d’un accord de principe avec les États-Unis.
Le statut juridique des libérés n’en demeure pas moins toujours flou. Les Américains fourniront-ils des documents à charge contre les anciens prisonniers, parfois retenus depuis plus de deux ans ? La police et la justice de leurs pays respectifs entendent en tout cas mener leur propre enquête.
Une fois de retour sur le sol britannique, Ruhal Ahmed, étudiant de 23 ans, Asif Iqbal, employé dans un dépôt de colis de 20 ans, Shafiq Rasul, étudiant en informatique de 25 ans, Tarek Dergoul, ancien employé d’une maison de retraite de 24 ans, Jamal al-Harith, concepteur de sites Internet de 35 ans, auront ainsi à répondre aux inspecteurs de Scotland Yard. « Le cas individuel de chaque homme sera considéré, en fonction de la législation appropriée », a pris le soin de préciser Peter Clarke, chef de la branche antiterroriste de Scotland Yard. Le fait que la police souhaite traiter ces cas individuellement « suggère que les autorités britanniques ne se sont pas engagées à l’avance auprès des autorités américaines », sur le sort qui leur sera réservé, a estimé Paul Wilkinson, expert d’un centre de recherche sur le terrorisme basé en Écosse.
Le ministre britannique de l’Intérieur David Blunkett avait noté jeudi qu’aucun des Britanniques libérés « ne constitue une menace pour la sécurité du peuple britannique », laissant planer l’idée que leur implication dans des réseaux terroristes est loin d’être prouvée.
Le ressortissant danois de 30 ans, également bientôt libéré, est pour sa part assuré de redevenir un « homme libre » une fois rentré de Guantanamo au Danemark. Il ne fera pas l’objet de poursuites judiciaires, a annoncé la ministre de la Justice, Lene Espersen. Mais le jeune homme, officiellement capturé début 2002 à Kandahar en Afghanistan, sera étroitement surveillé par les services de renseignements dans un premier temps, a-t-elle ajouté. L’Espagnol musulman, détenu depuis 2001 à Guantanamo et rapatrié le 13 février, aura connu une très brève liberté. Dès son retour sur le sol espagnol, le juge Baltasar Garzon a décidé de l’écrouer pour son appartenance présumée au réseau el-Qaëda.
En France, la justice antiterroriste a ouvert en 2002 une information judiciaire concernant les sept détenus français de Guantanamo, mais aucune charge ne pèse pour l’instant contre eux.
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Le statut juridique des libérés n’en demeure pas moins toujours flou. Les Américains fourniront-ils des documents à charge contre les anciens prisonniers, parfois retenus depuis plus de deux ans ? La...