Par une nuit d’apocalypse, un homme traversait la ville. Calme, serein et décidé, il se dirigeait seul, sans se poser de questions, vers son hôpital.
Ni l’odeur de la poudre, ni les éclairs des obus, ni le souffle des explosions, ni les sifflements des balles ne le retenaient. Il savait que des blessés l’attendaient.
On eût dit qu’il était investi d’un destin, celui de sauver des êtres humaines. Sur ce même chemin qu’il traversait le jour et retraversait la nuit, tombaient des dizaines de personnes chaque jour. Lui, chargé d’une mission, ne se posait pas de questions.
D’innombrables blessés l’attendaient dans un décor de fin du monde, entre cris, pleurs, hurlements et gémissements, sur leurs lits de campagne, dans des couloirs bondés, avec des familles menaçantes, et des blocs opératoires qui n’arrivaient plus à contenir tout le monde. En quelques instants, un masque recouvrant le nez et la bouche, revêtu de la tunique bleue, la tête couverte par le bonnet chirurgical, en l’absence de matériel, de sang frais, de médicaments, entouré de ses disciples angoissés, Béchir Saadé, en toute sérénité, officiait, et cela durant des jours, des mois, des années.
Plus sa science se développait, plus sa modestie grandissait. Plus son habileté se consolidait, plus sa simplicité augmentait. Plus sa renommée s’installait, plus sa discrétion s’imposait. Plus son amitié avec les grands se raffermissait, plus sa compassion pour les faibles s’affirmait. Plus le pays se vidait, plus lui s’obstinait. Plus les offres à l’étranger se multipliaient, plus sa fidélité s’ancrait.
Avant tout, c’était un homme, humain.
Fidèle: à une patrie, qu’il aima et chérit, à une mission dont il atteignit les sommets, à un enseignement qu’il prodigua, à des amis qu’il aima pour le meilleur et pour le pire, à une médecine qu’il pratiqua, dénué de tout sens matériel, à Papou et son clan, dont il fit tomber les barrières, qu’il adopta et dont il devint l’un des grands prêtres.
S’il lui venait à s’exprimer, ce n’était ni à propos de ses gloires académiques, ni au sujet de ses distinctions. C’était à propos d’une plus grande gloire, la Gloire Suprême. Celle d’avoir, contre vents et marées, sauvé des vies. Sauvant par là même une patrie.
L’humanisme, Béchir Saadé le pratiqua en tant que croyance, doctrine et engagement, pour un Liban et pour une médecine humaniste.
Farès BOUEIZ
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Par une nuit d’apocalypse, un homme traversait la ville. Calme, serein et décidé, il se dirigeait seul, sans se poser de questions, vers son hôpital.
Ni l’odeur de la poudre, ni les éclairs des obus, ni le souffle des explosions, ni les sifflements des balles ne le retenaient. Il savait que des blessés l’attendaient.
On eût dit qu’il était investi d’un destin, celui de sauver des êtres humaines. Sur ce même chemin qu’il traversait le jour et retraversait la nuit, tombaient des dizaines de personnes chaque jour. Lui, chargé d’une mission, ne se posait pas de questions.
D’innombrables blessés l’attendaient dans un décor de fin du monde, entre cris, pleurs, hurlements et gémissements, sur leurs lits de campagne, dans des couloirs bondés, avec des familles menaçantes, et des blocs opératoires qui...