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Actualités - Opinion

opinion Dieu et l’argent

Par Georges KHADIGE Un des passages les plus admirables de l’Évangile et qui, à ma connaissance, n’a pas d’équivalent dans aucune autre religion, est la mise en garde du Christ contre l’argent. On ne peut adorer deux maîtres, dit-il, Dieu et l’argent. Au jeune homme riche, il donne ce conseil : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens et suis-moi. » Contre l’argent, il nous donne également la parabole du riche et du pauvre Lazare. Mais plus que tout cela, il nous a donné lui-même l’exemple de la pauvreté : «Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » Or, que voyons-nous autour de nous ? Le règne de Mammon, dieu de l’argent, l’argent nerf de la guerre, source du pouvoir, objet de toutes les convoitises et de tous les malheurs de l’humanité. Les athéniens et les phéniciens avaient en commun le même adage : « L’argent fait l’homme. » Pas de classes sociales stables en Phénicie, mais variables selon les fluctuations de la fortune. « Point d’argent point de Suisse », fait dire Molière à l’un de ses personnages et un feuilleton relativement récent Dynasty a été traduit en arabe L’argent et le pouvoir. Mme Roland s’est écriée du haut de l’échafaud : « Liberté, Liberté, que de crimes on commet en ton nom », c’est plutôt « Argent, Argent, que de crimes et de massacres et d’horreurs on commet en ton nom » devrait-on s’écrier aujourd’hui. Mais y a-t-il encore des oreilles pour entendre ? Qui peut encore entendre un appel au détachement, au dépassement ? On n’entend plus parler que d’argent, de Bourse, de scandales financiers, de magnats de ceci ou de cela, de trafic de drogue, de trafic d’armes, de proxénétisme et tout cela pour de l’argent, encore de l’argent, toujours de l’argent, au point qu’on en vient à se demander si ce monde n’est pas vraiment marqué du signe de Satan, prince de ce monde, et si l’Incarnation n’a pas été mise en échec par le péché du monde, que le Christ est venu pourtant effacer. Notre bon peuple libanais ploie sous le fardeau de la misère, conséquence inéluctable de la crise socio-économique, mais qui s’en soucie ? Qui parmi les riches et les nantis n’arrive pas à dormir parce qu’une partie de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté ? Qui parmi les responsables n’arrive pas à dormir parce que la sécurité sociale est en train de couler et qu’au lieu d’un remède efficace on ne lui sert que des sédatifs, des palliatifs qui ne servent qu’à retarder simplement une échéance qu’on finirait par croire fatale ? Qui parmi tous les bien-pensants, loyalistes ou opposants, laïcs ou religieux, n’arrivent pas à dormir parce que des enfants sont sans école, à traîner dans les rues, des malades sans soins et sans hôpitaux parce qu’ils n’ont pas les moyens de les payer ou n’ont pas de place dans ces « hôtelleries », comme le Christ n’avait pas de place dans les auberges de Bethléem, parce que des malades, qui ont payé cher des médicaments, n’éprouvent aucune amélioration parce que ces médicaments sont frelatés ou falsifiés, sans que le citoyen moyen puisse faire la différence entre les vrais et les faux médicaments. Et j’en passe, car la litanie serait interminable, et derrière tout cela qu’y a-t-il ? L’argent et toujours l’argent. Que maudit soit le jour où l’homme a inventé la monnaie, où la richesse est devenue synonyme de réussite, où les riches ont écrasé les pauvres, « les potentiores exploité les humiliores », où le monde a basculé dans le cycle infernal de l’argent et du pouvoir, lesquels suffisent à justifier des guerres injustes, comme celle de l’Irak, pour le pétrole et « une poignée de dinars », même si au passage elle a permis d’éliminer un des plus sanglants dictateurs de la planète, des comportements très contestés en France, et par des personnalités françaises de premier plan, comme l’accueil exceptionnel réservé au président chinois, pour des avantages financiers escomptés et qui font oublier Taïwan, le Tibet, et Tien-An-Men et occulter les violations permanentes des droits de l’homme en Chine, même si en soi c’est une façon très intelligente et très réaliste de gérer l’avenir, ou encore la mondialisation qui va écraser les petits pays et tout le tiers-monde au profit des grands et des requins de la haute finance, et encore… et encore, un peu partout sur la planète, sans qu’aucun pays ne puisse être épargné ou prétendre être immaculé ou imperméable au vice de l’argent. Est-ce que les pacifistes, les antimondialistes, les altermondialistes, les écologistes et tous les autres « istes » pourront-ils y changer quelque chose ? Plût au ciel qu’il en soit ainsi, bien que tout incite au pessimisme et au fatalisme. Il faut malgré tout espérer contre toute espérance et se redire sans cesse bienheureux les doux, car ils posséderont la terre, bienheureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice car ils seront rassasiés, bienheureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu.
Par Georges KHADIGE
Un des passages les plus admirables de l’Évangile et qui, à ma connaissance, n’a pas d’équivalent dans aucune autre religion, est la mise en garde du Christ contre l’argent. On ne peut adorer deux maîtres, dit-il, Dieu et l’argent. Au jeune homme riche, il donne ce conseil : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens et suis-moi. » Contre l’argent, il nous donne également la parabole du riche et du pauvre Lazare. Mais plus que tout cela, il nous a donné lui-même l’exemple de la pauvreté : «Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. »
Or, que voyons-nous autour de nous ? Le règne de Mammon, dieu de l’argent, l’argent nerf de la guerre, source du pouvoir, objet de toutes les convoitises et...