Longtemps on l’a cru bon pour les goujats. Le vert est pourtant la couleur de l’année. Ça ne s’explique pas. C’est comme ça. Il revient en force sur les voitures, les vêtements, les murs et le linge de maison. Rayon mystérieux entre le bleu et le jaune, il s’introduit comme par effraction dans le cercle chromatique, synthèse du ciel et du soleil, du froid et du chaud, de l’infini et de l’intime. Comme pigment, il obéit à une chimie dangereuse, faite d’acides, d’arsenic et d’oxydes divers. Dans le règne animal, il habille les grenouilles, les lézards, les serpents et les mantes religieuses. Dans le règne végétal, il vêt les conifères de pérennité, et les prairies de fraîcheurs fragiles. Il est printemps au cœur de l’hiver, il est vigueur, il est jeunesse, le vert paradis des amours enfantines. Il est le vin immature, l’acidité qui agace les papilles, la fée absinthe, promesse de vertiges inouïs. Il est le timbre aigu des instruments qui n’ont pas travaillé leur matière. Il est mordant quand il se fait parole. Il est, dans l’islam, nostalgie des gloires perdues, espoir de reconquête. Espoir.
Oui, pourquoi l’a-t-on toujours associé à l’espoir ? Vert, le feu qui autorise le passage, verte, la couleur des numéros gratuits au bout desquels il vous sera toujours répondu. Au théâtre, il est pourtant la couleur porte-poisse, sans doute parce qu’il fascine et qu’il émeut. Comme par défi, Yves Saint Laurent en avait fait la couleur fétiche de Catherine Deneuve qui – tiens! – nous a fait un beau come-back, toujours en vert, dans Huit femmes, le film atypique de François Ozon. Couleur de rousse ? Couleur de blonde ? Couleur sulfureuse qui sied aux carnations claires, en exalte la lumière de son rayon jaune, et la pâleur de son rayon bleu ? Couleur juteuse des pommes sûres, couleur glauque des fonds vaseux, à la fois vie et mort, naissance et pourriture. Vert. Quelle bonne idée, dans cette grisaille hivernale, d’en semer quelques paillettes sur l’uniformité des jours. Dire que cela faisait si longtemps qu’on le jugeait incongru, audacieux, déplacé, ou au contraire trop «institutionnel», réservé à l’apparat, aux costumes d’académiciens, aux militaires dans sa version qui tire à la fiente de volaille. Mais le voilà réhabilité. Voilà qu’on redécouvre les vertus de sa teinte apaisante. Ne pas se demander. Réapprendre à vivre les couleurs comme les vit notre corps.
Fifi ABOUDIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Longtemps on l’a cru bon pour les goujats. Le vert est pourtant la couleur de l’année. Ça ne s’explique pas. C’est comme ça. Il revient en force sur les voitures, les vêtements, les murs et le linge de maison. Rayon mystérieux entre le bleu et le jaune, il s’introduit comme par effraction dans le cercle chromatique, synthèse du ciel et du soleil, du froid et du chaud, de l’infini et de l’intime. Comme pigment, il obéit à une chimie dangereuse, faite d’acides, d’arsenic et d’oxydes divers. Dans le règne animal, il habille les grenouilles, les lézards, les serpents et les mantes religieuses. Dans le règne végétal, il vêt les conifères de pérennité, et les prairies de fraîcheurs fragiles. Il est printemps au cœur de l’hiver, il est vigueur, il est jeunesse, le vert paradis des amours enfantines. Il...