La République française est laïque
Il n’y a aucune atteinte à la liberté de pensée quand on fait respecter les lois de la République qui ont la laïcité à la base. La République en France ne peut pas être laïque d’une part et autoriser de l’autre des manifestations de signes religieux dans des endroits dont la responsabilité lui incombe. Autrement, elle se dédierait.
La République est laïque. Soit on se plie aux exigences de la République, soit on vit ailleurs.
Il est regrettable qu’au moment où des problèmes bien plus importants se posent au Liban, les responsables aient permis des manifestations de solidarité avec des étrangers, dans un pays étranger, manifestations qui par ailleurs enveniment le climat de coexistence local.
Jihad MOURACADEH
La réaction d’un Français du Liban
J’apprécie beaucoup que vous ayez ouvert votre journal aux lecteurs, et j’en profite pour vous donner mon point de vue sur la manifestation de femmes musulmanes contre la loi française interdisant tous les signes religieux, quels qu’ils soient, dans les établissement publics (donc laïcs).
Je suis moi-même français et j’ai décidé de venir vivre au Liban et donc d’accepter les lois libanaises et de les respecter.
Je pourrais, par exemple, faire une remarque sur la loi qui donne à l’épouse étrangère d’un Libanais le droit à une carte de séjour gratuite, mais pas ce même droit à une Libanaise pour son conjoint étranger.
Donc j’invite ces contestataires à respecter les décisions prises par la France sur son sol et à se plier aux lois comme je le fais sur le sol libanais.
J’aimerais connaître les modalités d’application de la nouvelle loi sur la laïcité, par exemple dans les ambassades et les consulats qui sont des sols français et dans les écoles et facultés françaises à l’étranger.
Je pense que certaines femmes musulmanes ont voulu aller trop loin dans la provocation de l’état laïc en France et aujourd’hui elles récoltent ce qu’elles ont semé.
Mais l’histoire de la laïcité en France est plus compliquée que cela et faire croire à une persécution des musulmans en France n’est que pur fantasme, preuve en est la politique de la France envers les pays arabes, qui constitue une réponse à ceux qui veulent faire passer la France pour un pays discriminatoire.
Y. KERLIDOU – Jal el-Dib
Le précédent de Hrajel
Ces manifestations qui se déroulent au Liban contre l’interdiction du foulard islamique en France me rappellent ce que la tradition de la montagne rapporte au sujet du village de Hrajel dans le Haut Kesrouan.
Il paraît que lorsqu’en 1815 Napoléon fut exilé à l’île Sainte-Hélène, les villageois de Hrajel manifestèrent sur la place du marché en scandant : « Le retour de Napoléon ou la grève générale. » J’en tire deux conclusions : Le ridicule ne tue pas. Quel dommage ! Le Liban est immuable pour le pire plutôt que pour le meilleur. Quel dommage itou !
Joseph BERBERY
Catastrophe et chien écrasé
Je profite de l’invitation « La parole aux lecteurs », pour vous faire part de ma réaction à la lecture de votre numéro du samedi 27 décembre 2003.
En page une, je lis avec beaucoup de tristesse les titres sur les 130 victimes libanaises de la catastrophe aérienne de Cotonou ; des plus de 20 000 victimes du terrible séisme de Bam en République islamique d’Iran ; sans parler de la Chine, etc.
En dernière page, dans votre rubrique « Variétés », vous consacrez un espace à peu près équivalent à celui de la page une, à... la mort du chien de la reine Élisabeth de Grande-Bretagne !
Ne trouvez-vous pas que même dans la mise en page, et bien que je comprenne qu’il faille satisfaire les goûts et intérêts de tous vos lecteurs, que vous pourriez peser un peu plus vos allocations de surfaces (...) et ne pas consacrer autant d’espace à un « chien écrasé » (au sens presque littéral du terme) dont probablement beaucoup de Libanais se fichent profondément pour le moment (...).
Nabil C. KETTANEH
La polémique sur le voile
Vous êtes plusieurs à avoir réagi à la polémique sur le voile ou aux réactions locales provoquées par cette controverse. Il n’y a, dans celles-ci, comme dans les réactions aux réactions, que quelque chose de très normal.
Dans les réponses des musulmans du Liban et du monde arabe à la polémique, puis au projet de loi sur le voile en France, il faut voir l’un des aspects de la mondialisation de l’information. Que chacun se sente concerné par ce qui se passe dans les autres sociétés est un phénomène normal, dans un monde où l’information parvient à son destinataire en temps réel.
En outre, dans la réaction d’une partie de l’islam français comme dans l’appui que lui apporte une partie de l’opinion arabe, il faut voir aussi l’un des aspects d’un choc culturel entre ce qui est vécu comme une obligation religieuse et un interdit légal, entre l’affirmation d’une identité et un réflexe de défense. Ces réactions reflètent la place de la religion dans la vie personnelle et collective des hommes et des femmes de notre temps, il faut les accepter.
Toutefois, les choses se compliquent du fait de la surenchère et de l’exploitation de cette polémique à des fins politiques. Le choc entre deux cultures, un communautarisme islamique et une France républicaine laïque, se double ainsi d’un choc proprement politique. Plus que l’expression de la foi religieuse qui, somme toute, est admise dans certaines limites, ce que redoutent les responsables d’une France laïque, c’est l’émergence d’une force politique ayant l’islam pour vecteur.
On peut regretter qu’une loi ait été nécessaire pour réglementer le port du voile par les jeunes filles, à l’école, puisqu’un interdit contribue souvent au renforcement d’un phénomène de société. On pourrait ainsi, par exemple, avoir indirectement renforcé l’apparition des écoles communautaires islamiques en France.
Plus largement, nous proposons à la réflexion de nos lecteurs ce passage d’un ouvrage du père Maurice Borrmans qui, depuis 1964, enseigne le droit islamique à l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques à Rome (Pisai) et dirige la prestigieuse revue Islamochristiana : « Les musulmans qui se sont établis en Europe sont-ils une chance pour celle-ci ou bien l’Europe est-elle une chance pour eux ? Un observateur impartial est tenté de répondre «oui” aux deux questions. (...) Dans la France républicaine et laïque, la laïcité officielle se voit obligée de réviser ses relations avec la dimension religieuse de ses citoyens, alors que dans les pays européens la société civile se trouve invitée à redéfinir ses valeurs fondamentales et que les Églises s’y considèrent comme mises au défi de retrouver leur force évangélisatrice (...) L’Europe est aussi une «chance” pour les musulmans qui sont venus librement y habiter et s’y intégrer : il leur est enfin possible de mieux distinguer ce qui relève de la conscience religieuse et des lois positives et religieuses des États se libérant ainsi de la confusion traditionnelle que les pays d’islam ont tendance à maintenir entre la religion et la politique. » (in Dialogue islamo-chrétien, à temps et à contretemps, éditions Saint-Paul, 2002).
Fady NOUN
Hier encore, j’avais vingt ans
J’avais vingt ans (ou un peu plus) lorsque le 13 avril 1975 brisa mes rêves. Vivre, travailler, aimer, jouir de la vie comme d’autres, tel était mon but. Mais au Liban, c’était de l’utopie ; marié, une fille (que j’adore), je reste optimiste, mains point favorisé. J’ai toujours voulu être utile, actif, à l’image des humanitaires qui combattent la famine, la misère, le sectarisme. Si je me pose la question aujourd’hui, c’est que j’ai raté quelque chose. C’est bien à 20 ans qu’il fallait grandir, quand j’avais le temps de me libérer, de me démocratiser. Engagé dans un métier qui n’était pas le mien, j’ai perdu mon temps. Aujourd’hui, quand je lis nos politicards (c’est moins contagieux que de les voir ou de les entendre), je n’ai ni de déprime ni de révolte. J’ai la nausée. Au fond, qu’ai-je à attendre de ces piteux énergumènes. À 20 ans, j’a été séduit par Raymond Eddé ; à 30, j’ai eu de la sympathie pour Camille Chamoun ; à 40, je me suis emballé pour Michel Aoun (pas pour longtemps) et à 50, j’ai perdu mes illusions avec...
Quant aux autres, ils n’ont jamais existé pour moi. Ma fille ? Je pourrais lui parler de la cuvée du Pacte 43, de la récolte de 58, du pétillant Helf 68 et du cru Taëf 89. Mais m’aurait-elle cru ? Et puis, serait-ce glorieux ? Je suis maronite de souche (et très attaché à ma maronité), mais je suis aussi laïc de conviction. Je continue à aller à la messe et à célébrer les fêtss nationales. Est-il vrai que les 50 ans sont une génération sacrifiée ? D’aucuns me disent que nous pouvons encore faire quelque chose pour ce Liban défiguré. Mais en avons-nous la force ? Vous savez 20 ans, c’est déjà loin.
Nahi LAHOUD
L’arnaque du centre-ville
« Des couleuvres, j’en ai avalées, toute ma vie durant. Avalées et digérées. Mais la dernière en date m’est restée dans la gorge. Et je ne suis pas près de l’avaler.
« Il existe, face à la municipalité de Beyrouth – centre-ville – un parking. Droit d’accès : 3 000 LL parce qu’il revendique le fait d’avoir des... valets. Comme au Prince de Galles. Je ne discute pas : un valet, ça se paie !
« L’autre soir, au moment de récupérer ma voiture, alors que je m’acquitte des 3 000 LL, je m’entends, vertement, reprocher qu’il manque 300 LL au compte. Je m’étonne. Et l’explication me tombe dessus, aussi implacable que la foudre sur un paratonnerre : les 300 LL, c’est tout simplement la... TVA. Ce n’est plus le Prince de Galles, mais Buckingham Palace !
« Ce n’est pas tout : je cherche, en vain, 300 LL en raclant le fond de mes poches. Le préposé me déleste d’un billet de 1 000 et me rend 500 sous le prétexte que, lui aussi, n’a pas de monnaie même en raclant le fond de ses poches.
« Je vous laisse méditer sur cette forme d’arnaque.
« Personnellement, je me console en me disant que j’ai, au moins, appris une chose que j’ignorais jusqu’à présent : un parking (avec valet ?) est un article de luxe. »
Alain PLISSON
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