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Actualités - Opinion

IMPRESSION Concentré d’humanité



Je pense à vous, Austin, Maria-Bellen, Annibal, Tra, Alix, Maja et ma petite Marie, enfants de tous les coins du monde qu’un concours italien a réunis pour chanter. Rien ni aucun destin n’avait prévu de vous regrouper un jour dans cet hôtel qui bruissait de vos rires et de vos jeux. Aucune langue, aucun système de communication suffisamment intelligent n’avait été mis à disposition pour vous permettre de vous parler, de vous aimer et d’inventer ensemble comme vous l’avez fait. Mes sept nains prodigieux, vous aviez dans les mains, dans le cœur et dans les yeux tout ce que l’humanité peut espérer de meilleur.
Toi, l’enfant gâté sans le savoir du pays le plus riche du monde, tu as eu bien du mal, au début de ton séjour, à comprendre qu’ailleurs tout n’allait pas comme chez toi. Le petit déjeuner lui-même suffisait à te faire partir du mauvais pied, à tel point que ton père attendri par tant de difficultés avait pensé t’envoyer par courrier rapide tes céréales préférées. Plus tard, naturellement, tu t’es rabattu sur le site Star Wars de l’ordinateur collectif. Je te regardais biberonner l’afflux d’images, déconnecté de l’environnement pourtant bienveillant, le regard vide et satisfait de qui aurait enfin trouvé son refuge.
Il avait fallu toi, petit Américain du Sud, si tôt abandonné par ton père, tes grands yeux cherchant sans cesse ta maman agrippée à sa guitare. Il avait fallu toi pour faire connaître à l’Américain les joies du partage ! Au bout des pleurs et des disputes, il avait fini par comprendre à quel point tu étais demandeur de tout, et surtout d’amitié. Je vous entends encore, petits bouts de sept, huit ans, répondre chacun le nom de l’autre à cette question bateau des journalistes de la RAI: «Qui est ton meilleur ami?»
Je te revois Jorje, l’artiste peintre d’Amérique latine, fier d’aligner tes ascendants libanais, faire le tour des tables pour emporter tout ce qui se peut en cadeau à tes cinq autres enfants, si loin là-bas. Tant de misère, et ce luxe : la dignité. Petite Tra, tu as pleuré, comment oublier tes larmes, en apprenant que Maria Bellen ne réaliserait pas le rêve de sa maman en lui ramenant une médaille. Tu n’en a pas eu toi-même, de médaille, mais tu avais ta maman.
Maja, qui n’étais pas destinée à naître. Ta mère était gravement malade et ton pays en guerre. Mais tu étais là, remplissant l’espace de ta présence envers et contre tout, si gaie, si sereine et si pleine de talent. Alix, fillette au grand cœur et à l’immense famille. Chez toi il y a huit frères et sœurs et ce n’est pas à toi qu’il fallait apprendre le sens du partage et la valeur d’un cadeau. C’est en voiture que ton père a fait la route de Nîmes jusqu’à Bologne, avec ses trois cadettes, pour participer à ton succès. Comment oublier les longues heures d’angoisse auprès de ta maman, le cellulaire qui ne répondait pas et le brouillard épais qui prévalait ce jour-là.
Quant à toi, Marie. Au fond, qu’importait ta victoire ? Dans cette ville-forêt qu’est Bologne, tu as appris à reconnaître les tilleuls au tronc sombre, les micocouliers gracieux, les ginkgos bilobas millénaires et même quelques cèdres du Liban. Tu les as salués à chaque passage et tu as compris qu’il en était des humains comme des arbres : si différents et pourtant si solidaires d’une même terre. Tes amis du bout du monde, tu avais appris à connaître la beauté de leurs chansons et de leurs voix. C’est pour eux que tu as chanté, et tu sais qu’ils ont aussi chanté pour toi. Dans ce don était votre lien. Puisse-t-il en être ainsi de votre avenir.

Fifi ABOUDIB
Je pense à vous, Austin, Maria-Bellen, Annibal, Tra, Alix, Maja et ma petite Marie, enfants de tous les coins du monde qu’un concours italien a réunis pour chanter. Rien ni aucun destin n’avait prévu de vous regrouper un jour dans cet hôtel qui bruissait de vos rires et de vos jeux. Aucune langue, aucun système de communication suffisamment intelligent n’avait été mis à disposition pour vous permettre de vous parler, de vous aimer et d’inventer ensemble comme vous l’avez fait. Mes sept nains prodigieux, vous aviez dans les mains, dans le cœur et dans les yeux tout ce que l’humanité peut espérer de meilleur.Toi, l’enfant gâté sans le savoir du pays le plus riche du monde, tu as eu bien du mal, au début de ton séjour, à comprendre qu’ailleurs tout n’allait pas comme chez toi. Le petit déjeuner lui-même...