Sourd aux critiques de la communauté internationale, y compris celles de son puissant allié américain, Israël se dit résolu à poursuivre la construction en Cisjordanie de cet imposant ouvrage défensif au tracé controversé censé empêcher les infiltrations de kamikazes palestiniens sur son territoire.
En dépit de son coût faramineux (1,8 milliard de dollars), alors que le pays connaît une situation économique catastrophique, l’opinion, secouée par trois années de violences, soutient à fond le projet.
Les Palestiniens, eux, dénoncent la construction d’un « mur de l’apartheid » qui, non seulement chamboule la vie quotidienne de dizaines de milliers d’entre eux, coupant des villages en deux, des paysans de leurs terres, des enfants de leur école, mais annexe de facto des secteurs entiers de l’État palestinien qui doit voir le jour d’ici à 2005, aux termes de la « feuille de route », le dernier plan de paix international, parrainé par les États-Unis.
À terme, la ligne de séparation, dont le tracé prévu s’enfonce parfois profondément en Cisjordanie, devrait placer du côté israélien quelque 350 000 Palestiniens et 80% des quelque 220 000 colons de Cisjordanie, sans compter les 200 000 Israéliens qui résident dans le secteur oriental, annexé, de Jérusalem.
Un premier tronçon de 145 km de la ligne a été achevé en juillet à l’ouest du secteur comprenant les villes de Jénine, Tulkarem et Kalkiliya dans le nord de la Cisjordanie. Un autre de 60 à 70 km est en cours de construction, alors qu’un ouvrage similaire est en passe d’englober le secteur oriental de Jérusalem dont les Palestiniens veulent faire leur capitale.
La gauche israélienne estime que la ligne devrait épouser grosso modo le tracé de la ligne verte, la ligne d’armistice de la guerre israélo-arabe de 1948. La droite, au contraire, la veut le plus à l’est possible afin qu’elle englobe le maximum de colonies juives.
Pour l’historien israélien Tom Segev, cette ligne de séparation est « une réaction irrationnelle au terrorisme ». « Elle traduit un sentiment de panique des Israéliens qui croient que, parce qu’on les aura mis derrière une clôture, les Arabes disparaîtront », dit-il. « Cette clôture fera de tout le peuple palestinien une bombe à retardement », poursuit-il.
Pour Avi Dichter, le patron du Shin Beth (le service de sécurité intérieure), la ligne a déjà fait ses preuves. Elle a sauvé des vies humaines et il faut l’achever rapidement, en dépit des critiques du puissant allié américain.
Fin octobre, le président George W. Bush, qui avait déjà qualifié la ligne de séparation de « problème », s’est fait plus explicite. « J’ai dit que la barrière était un problème dans la mesure où elle rend difficile l’émergence d’un État palestinien. Il y a une différence entre sécurité et acquisition de terres », avait-il dit.
Pour marquer leur mécontentement, les États-Unis ont décidé fin novembre de retrancher 289,5 millions de dollars des 9 milliards de dollars de garanties bancaires américaines accordées à Israël pour des emprunts.
Cette somme correspond aux crédits publics investis cette année pour la construction dans les colonies et pour les segments de la ligne de séparation qu’Israël construit à l’intérieur de la Cisjordanie.
Le 8 novembre, dans la foulée d’une résolution non contraignante adoptée à une écrasante majorité et demandant l’arrêt de la construction de la ligne, l’Assemblée générale de l’Onu a demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye de se prononcer sur les « conséquences » juridiques de sa construction.


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