Les organisateurs ont affirmé que les manifestants étaient au nombre de 10 000. La manifestation s’est dispersée sans incident en milieu de journée.
Les manifestants, qui s’étaient massés dans le centre-ville, répétaient en kurde « Kirkouk, Kirkouk, cœur du Kurdistan » et « Nous réclamons le fédéralisme pour le Kurdistan ».
Ils ont distribué une pétition réclamant que « Saddam Hussein soit jugé publiquement à Halabja », ville où quelque 5 000 Kurdes irakiens ont été gazés par l’armée du président irakien déchu en mars 1988.
Les manifestants brandissaient des drapeaux kurdes, rouge, blanc et vert, avec un soleil jaune au milieu, mais aucun drapeau irakien. Certains agitaient aussi un énorme drapeau américain.
« Nous avons gardé le silence pendant huit mois et il est temps de proclamer nos demandes », a déclaré un manifestant, Tourhane Mohammed, alors que les habitants arabes de la ville regardaient le défilé depuis leurs fenêtres.
« Nous voulons le retour des déplacés expulsés par Saddam Hussein et nous voulons faire de Kirkouk la capitale du Kurdistan », a clamé un autre manifestant, Ferhad Moustapha.
Des peshmergas (combattants kurdes) en armes et des forces de défense civile irakienne encadraient la manifestation. Des soldats américains étaient également présents en nombre.
S’adressant à la foule, le gouverneur, le Kurde Abdelrahmane Zankaneh, s’est engagé à « faire aboutir les demandes des Kurdes et à faire réintégrer dans le Kurdistan les parties dont il a été amputé ».
L’ex-gouverneur, Zirkar Ali, limogé à la demande des habitants arabes, est allé plus loin en appelant à « expulser les Arabes qui ont été envoyés par Saddam Hussein ».
Réagissant à ces propos, le chef du Rassemblement arabe, le seul parti arabe de la ville, a mis en garde contre les risques d’une guerre civile. « Nous n’avons pas besoin d’une telle tension », a dit Ismaïl Abboudi.
La manifestation, la plus importante à Kirkouk depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril dernier, intervient au moment où des chefs kurdes clament leur volonté de vouloir assurer à leur communauté, formant environ 20 % de la population irakienne, une bonne représentation dans les instances du futur Irak fédéral.
La manifestation était scindée en deux parties, l’une dirigée par l’Union patriotique du Kurdistan (UPK de Jalal Talabani) et l’autre par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK de Massoud Barzani), les deux grandes formations kurdes.
M. Barzani avait affirmé dimanche que les Kurdes revendiquent Kirkouk en raison de « leurs droits historiques et non pour sa richesse pétrolière », qui se monte au tiers de celle du pays.
Un responsable kurde avait indiqué samedi que les cinq représentants kurdes au Conseil de gouvernement transitoire, dont M. Barzani, avaient remis à cette instance un projet de loi sur le fédéralisme, dans lequel la zone kurde inclurait Kirkouk.
Conformément à ce texte, la province du Kurdistan serait formée des zones à majorité kurde lors du recensement de 1957, soit avant la politique d’arabisation.


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