Le bouillant colonel, qui avait 27 ans lorsqu’il avait renversé le vieux roi Idriss le 1er septembre 1969, a par la suite changé le calendrier, donnant aux mois des noms différents pour marquer le début d’une nouvelle ère, affirmant ne plus gouverner et avoir donné tout le pouvoir aux masses.
« Les ignorants, les gens superficiels et ceux qui sont animés par la haine demandent comment je me suis maintenu 34 ans au pouvoir. Mais c’est parce que je ne gouverne pas, c’est le peuple qui gouverne depuis 1977, et c’est pour cela que les États-Unis n’ont pas pu changer le régime libyen », avait-il affirmé dans un discours fleuve télévisé, à l’occasion du 34e anniversaire de la révolution libyenne le 1er septembre dernier.
Le dirigeant libyen a proclamé en 1977 la « Jamahiriya », qu’il définit comme un « État des masses » qui gouvernent par le biais de comités populaires élus. Sur le papier, le colonel Kadhafi n’assume plus aucune fonction officielle, hormis le titre de « guide de la révolution ».
Il a réaffirmé, fin août, que le Livre vert qu’il a publié en 1977 constituait la seule solution pour l’humanité. « Nous sommes fiers de présenter au monde une voie pour le salut, qui est le Livre vert, et la troisième théorie mondiale » entre le capitalisme et le socialisme, avait-il dit.
Mais celui qui se présentait comme le champion de la lutte contre Israël et multipliait les déclarations incendiaires contre l’État hébreu a publié récemment un nouveau Livre blanc pour une résolution du conflit arabo-israélien.
Ce Livre blanc préconise « l’instauration d’un État qui rassemblerait les Israéliens et les Palestiniens et qui serait nommé Isratine », amalgame entre Israël et la Palestine, a-t-il expliqué dans son discours.
Il a également affirmé que la Libye voulait ouvrir « une nouvelle page dans les relations avec l’Occident », avec la levée le 12 septembre dernier des sanctions de l’Onu imposées à son pays en 1992.
Les sanctions ont été levées après l’acceptation par la Libye de payer des compensations aux familles des victimes américaines et britanniques de l’attentat de Lockerbie en 1988 (270 morts) et les victimes du DC-10 français d’UTA (170 morts en 1989).
Le colonel Kadhafi, qui avait été accusé d’encourager à coups de dollars plusieurs mouvements de libération, notamment africains, et organisations extrémistes, tente aussi de se donner un rôle de conciliateur.
Fort de la manne pétrolière de son pays, il joue les médiateurs, obtenant la libération d’otages allemands détenus par des islamistes aux Philippines en 2000 et plus récemment aidant à l’élargissement des 14 otages européens enlevés dans le Sahara algérien.
Sur le plan arabe, après avoir tenté en vain de proclamer plusieurs unions entre son pays et d’autres États comme l’Égypte, le Soudan ou la Tunisie, il a annoncé l’an dernier son intention de se retirer de la Ligue arabe, désespéré de voir que ses propositions n’étaient jamais prises en compte.
Sur le plan économique, le dirigeant libyen a imposé un système inédit en Libye, affirmant que les Libyens sont « des partenaires et non des employés » au sein de toutes les entreprises.
Il a annoncé en juin dernier son intention de privatiser l’économie, notamment le secteur pétrolier qui constitue la base de l’économie libyenne, affirmant que le secteur public avait lamentablement échoué.

