L’Anglais était alors en tête quand la perte de ses trois spis lui avait coûté la victoire. Sa troisième place à Bahia l’avait rendu furieux : « Je ne suis pas là où je devrais être et je vais le prouver dans le Défi Atlantique », avait-il lancé, revanchard. Quand tous ses rivaux parlaient surtout de terminer ce Défi afin de se qualifier pour le prochain Vendée Globe (tour du monde sans escale et sans assistance dont le départ sera donné le 7 novembre 2004 des Sables d’Olonne), l’ancien pompier britannique rectifiait :
« Je pars moi aussi pour me qualifier, mais surtout pour gagner. Je veux démontrer que je suis le meilleur marin. » Chose promise, chose due. La marque des grands, à coup sûr. Ce ne fut certes pas simple. Longtemps en tête, Golding a été ralenti dans sa course après avoir heurté un Ofni (objet flottant non identifié).
Il a vu alors partir le Français Vincent Riou (PRB) puis son compatriote Alex Thomson (AT Racing) sans pouvoir réagir. Mais les deux leaders ont été bloqués dans une bulle au large du Cap Finisterre, et Mike Golding a refait son retard pour repasser en tête et ne plus la quitter. « Je suis fier et heureux de ce que je viens d’accomplir, a-t-il dit sitôt la ligne franchie. Pour moi, pour mon équipe. » Son bateau Ecover, dernier-né de la génération des 60 pieds, a confirmé les trois derniers jours ses qualités de navigation au près. Il a pris lentement mais sûrement un avantage sur ses suivants immédiats qui l’a mené à la victoire finale.
Objectif Vendée Globe
Le succès de Golding confirme un talent reconnu par ses pairs mais jamais vraiment exprimé. En Angleterre, ne disait-on pas de Mike qu’il est « toujours un presque vainqueur » ? Et de fait, Golding ne compte plus ses places sur les podiums, mais aucune victoire : 2e de la Transat Jacques Vabre 2001, de la Route du Rhum 2002 (derrière Ellen Mac Arthur), 3e de la Jacques Vabre 1999 et 2003, de l’Europe 1 New Man Star 2000, de l’EDS Atlantic Challenge 2001, de la Calais Round Britain Race 2003. De quoi se croire maudit. La force de Mike Golding, c’est précisément de ne jamais douter. Ni de ses capacités, encore moins de son nouveau bateau. « Il est excellent. Facile à manœuvrer. Je l’ai depuis quelques semaines seulement et déjà nous sommes en totale harmonie », expliquait-il avant de s’élancer de Salvador de Bahia. Et comme lui se sait excellent marin, l’attelage des deux a enfin décroché le gros lot dans une transat en solitaire.
Désormais, ses yeux se tournent vers le Vendée Globe, son objectif majeur pour 2004. Son rêve, sa raison de naviguer. Aujourd’hui, le voilà qualifié pour cet Everest de la voile, à la barre d’un des meilleurs monocoques de la flotte. Reste maintenant à conclure cette odyssée en apothéose. Dans un an. Après 40 000 kilomètres de solitude, de stress, de pièges.
Ses cinq tours du monde, dont trois en solitaire et deux contre vents et courants, lui donnent une expérience dont aucun de ses prochains rivaux ne peut se prévaloir.
Et cet atout, dans les 40e rugissants, n’aura pas de prix : « Pour moi, le Vendée commence aujourd’hui », prévient-il.


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